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Henri TISSEAU (1855-1881)

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    Nous n’avons pas voulu séparer dans ce nécrologe MM. Perreaux et Tisseau. Tous deux, après avoir exercé le même apostolat, partagé les mêmes souffrances et les mêmes périls, sont morts presque en même temps et dans le même lieu, et sont maintenant, nous en avons l’espoir, réunis dans la bienheureuse éternité.

    Nous transcrivons, d’ailleurs, la notice nécrologique que leur véné­rable Évêque a consacrée à la mémoire de ces deux Missionnaires dont il pleure la mort :

     

    « Le Seigneur, écrit Mgr Puginier, continue d’éprouver l’établis­sement du Qhiaous et du Laos et, par là même, la Mission du Tong­King occidental. Hier au soir, une lettre signée par douze catéchistes m’annonçait la mort de M. Perreaux et celle de M. Tisseau. Cette lettre est courte, mais touchante dans sa simplicité ; je vous en donne un extrait traduit en français. « Le « 24 juin, 2 heures après minuit. Le Père provicaire Doane (nom annamite de M. Perreaux) a « passé à une autre vie, après avoir reçu l’absolution et l’Extrême-Onction. Il a été privé de la « réception du Saint-Viatique, parce que les Pères Mignal et Tisseau, étant gravement « malades, n’ont pas pu dire la sainte Messe, et que le Père Thoral est allé à plusieurs journées « d’ici, visiter les chrétientés des sauvages Aïs.

    « Cinq jours avant sa mort, le Père provicaire comprenant qu’il ne lui restait plus d’espoir « de vivre et voyant les deux autres Pères dangereusement malades, nous ordonna d’écrire au « Père Thoral pour l’inviter à revenir à Bane-quiao (résidence centrale des Missionnaires), lui « administrer les derniers sacrements ; mais ce Père ne put arriver à temps. Le Père provicaire « voyant sa dernière heure arriver et éprouvant un grand désir de recevoir les sacrements de la « sainte Église, nous avons alors dû prendre et soutenir dans nos bras M. Tisseau, qui les lui a « administrés ; mais, étant très faible lui-même, il a été forcé d’interrompre et de faire la « cérémonie à deux reprises. Le malade a ensuite expiré doucement et d’une manière tout à « fait tranquille. »

    « M. Tisseau a suivi M. Perreaux de quatre jours seulement dans l’éternité.

    « Voilà encore un nouveau coup terrible pour le Laos, déjà si éprouvé. J’avais choisi M. Perreaux pour ce poste difficile, parce que je lui avais reconnu l’esprit de foi, le zèle, la science, et toutes les qualités nécessaires pour établir une nouvelle Mission ; et je n’avais pas hésité à m’en priver, malgré les services éminents qu’il rendait au Vicariat par la direction du Séminaire de théologie. Le voilà mort au bout de six mois, au moment où le Laos avait le plus besoin de ses soins ; mais nous ne comprenons pas les voies de Dieu ; adorons-les, et prions-le pour les deux chers défunts et pour cette nouvelle Mission en deuil.

    « Je vais essayer de vous esquisser une notice sur nos deux regrettés Confrères. Mais vous comprenez facilement qu’à l’heure présente je ne suis guère porté à écrire ; je sentirais plutôt le besoin de me recueillir, de demander à Dieu de m’éclairer et de venir en aide à nos pauvres néophytes du Chau et du Laos.

     

    « M. Louis-Charles Perreaux appartenait au diocèse de Séez qui a de tout temps fourni de nombreux Missionnaires à notre Congréga­tion ; en ce moment encore, un Évêque et treize Missionnaires enfants de ce diocèse, travaillent à la gloire de Dieu dans les différents Vica­riats de notre Société. Notre regretté Confrère m’a souvent parlé de l’esprit de religion de ses parents, et du consentement si désintéressé avec lequel ils lui permirent de se dévouer à la vie apostolique , alors qu’humainement parlant, ils étaient en droit d’espérer le voir devenir leur appui et leur consolation dans leurs vieux jours. Il m’a aussi plusieurs fois entretenu du petit Séminaire où il a fait ses études, des différents maîtres qui l’ont formé, entre autres du célèbre M. Maunoury qui le stimulait fortement au travail.

    « À la fin de ses cours de philosophie, M. Perreaux se sentit appelé à la vie apostolique dans les missions. C’était, en effet, la carrière qui convenait le plus à son âme ardente, animée d’un grand esprit d’abnégation et de dévouement, Il obtint de son Évêque la per­mission d’aller à Paris, au Séminaire des Missions Étrangères, où, pendant trois ans, il suivit avec succès les cours de théologie.

    « En 1867, M. Perreaux fut destiné à la Mission du Tong-King occidental. Dès son arrivée, Mgr Theurel, mon vénérable prédéces­seur, reconnut en lui un sujet capable de rendre de grands services à la Religion. Le nouveau venu étudia sérieusement la langue annamite et employa un grand soin à se mettre au courant des usages et coutumes du pays. Lorsqu’il fut en état d’exercer le ministère apos­tolique, je l’appelai près de moi et je l’envoyai faire l’administration des chrétientés voisines de ma résidence.

    « Quelque temps après, M. Perreaux fut chargé du vaste district du Thagne-Hoa qui n’avait pas eu de Missionnaires depuis la persécution. Dans les deux ans qu’il y passa, il visita les six paroisses de son district, se mit rapidement au courant des affaires religieuses et acquit un grand ascendant sur les prêtres indigènes dont il avait la direction. Le soin des fidèles ne suffisait pas à son zèle ; il s’occupait aussi activement de la propagation de la foi parmi les païens. Sans rien négliger des fonctions importantes dont il a toujours été chargé, il a ardemment travaillé à cette œuvre pendant tout le cours de sa carrière apostolique, et il a contribué pour une grande part à établir et à favoriser le mouvement de conversion d’infidèles, qui s’est manifesté dans la Mission, surtout depuis une dizaine d’années. Ce n’est pas seulement l’augmentation du troupeau de Jésus-Christ qu’il avait à cœur, il mettait aussi un soin assidu à former les néophytes à la pratique de la Religion, les faisant instruire et leur procurant régulièrement, plusieurs fois l’année, la facilité de s’approcher des sacrements.

    « Au bout de deux ans de travail dans son district, reconnaissant en lui un Missionnaire déjà formé et capable d’aider à préparer les élèves du grand Séminaire à la vie cléricale, je l’adjoignis en 1872 comme auxiliaire à mon provicaire, M. Mathevon, dans la direction des élèves de théologie.

    « À l’époque des désastres que nous eûmes à subir de la part des lettrés en 1874, et surtout pendant les huit mois où je dus m’absenter de la Mission pour aller traiter les intérêts de nos chrétiens persécutés et ruinés, M. Perreaux aida puissamment à la direction des affaires difficiles ; son esprit pratique, une connaissance profonde des per­sonnes et des choses, joints à une activité rare et à un grand ascendant sur les esprits, lui permirent de rendre d’importants services au Vicariat apostolique du Tong-King occidental, dans les circonstances critiques qu’il eut alors à traverser. Ses conseils étaient marqués au coin de la prudence et n’étaient pas d’un léger poids dans les décisions de l’administration de la Mission.

     

    « Depuis plusieurs années, M. Perreaux avait été nommé supérieur du grand Séminaire, et les nombreux prêtres qui ont été dirigés par lui, forment aujourd’hui une bonne partie de notre clergé indigène. Pendant le temps qu’il a professé la théologie, il a revu avec soin et complété les divers traités de morale à l’usage de nos clercs et de nos prêtres annamites. Il était aussi d’un puissant secours pour les retraites ecclésiastiques et celles des catéchistes ; sa sage direction était justement appréciée. Les prêtres avaient souvent recours à ses décisions dans les difficultés ordinaires du ministère, et il savait leur tracer une ligne de conduite sage et sûre.

    « À la fin de l’année dernière, M. Fiot étant mort, je voulus donner à l’établissement de Chau et du Laos un développement qu’exigeait le mouvement de conversions; et je me décidai, non sans regret, à nommer M. Perreaux provicaire pour cette nouvelle partie de la Mis­sion. Je n’ignorais pas que je me privais d’un secours très utile ; mais la fondation d’une nouvelle Mission, où tout était à établir, demandait un sacrifice. L’ensemble des qualités de ce cher et regretté Confrère le rendait apte à remplir dignement le poste difficile qui lui était confié.

    « Parti avec les trois Missionnaires que je lui avais adjoints et une suite nombreuse de catéchistes, il arriva au Laos au moment où les populations accouraient en foule, demandant à se convertir. Il désigna aux Confrères le poste que chacun d’eux devait occuper, et il alla lui-même faire, une tournée pour visiter les différents villages qui embrassaient la foi. Peu de jours après, une bande d’ennemis de la Religion pillait et brûlait huit chrétientés. Au milieu de ces difficultés, M. Perreaux ne se laissa pas abattre ; et, malgré les dangers qu’ils couraient, lui et les Missionnaires, il décida avec eux qu’on resterait au poste. Par sa fermeté et son savoir-faire, il réussit à convaincre les autorités locales que la continuation des désordres ferait peser sur elles une grande responsabilité ; et celles-ci se décidèrent enfin à empêcher la bande hostile de s’attaquer aux Missionnaires.

    « Jusqu’au 20 mai, M. Perreaux n’avait pas encore ressenti les inconvénients de l’acclimatement dans ce pays malsain ; mais alors il fut atteint de la fièvre des bois. Les circonstances dans lesquelles il a subi cette maladie, n’auront pas peu contribué à la rendre plus grave. La douleur que lui occasionnaient les malheurs récemment arrivés aux nouveaux chrétiens, les menaces continuelles auxquelles les Missionnaires et les néophytes étaient en butte, la famine qui désolait le pays et dont les Confrères eux-mêmes ont eu à souffrir, car ils ont manqué de riz et ils ont dû se nourrir pendant plusieurs jours des tubercules qu’on allait chercher dans la forêt : toutes ces choses, malgré la fermeté de caractère dont le Père était doué, n’auront pas manqué de donner à la maladie d’autant plus de gravité que c’était l’époque la plus malsaine de l’année.

    « Le bon Dieu voulait imposer à cette Mission naissante une nou­velle épreuve et exiger de moi un double sacrifice : il est le Maître et ses desseins nous sont cachés ; que sa sainte volonté soit faite ! M. Perreaux est un des Missionnaires qui, depuis la persécution, ont rendu les services les plus éminents au Vicariat apostolique du Tong­-King occidental.

     

    « M. Henri Tisseau, du diocèse de Poitiers, fit ses humanités au petit Séminaire de Montmorillon. Le bon Dieu l’appelait à une vie de dévouement ; et il l’avait doué pour cela d’une âme généreuse. Entré en 1879 au Séminaire des Missions Étrangères de Paris, il y compléta ses études en théologie, et au bout d’un an il fut envoyé dans la Mission du Tong-King occidental, que deux de ses compa­triotes, le Vén. Cornay et le Vén. Vénard, ont fécondée de leur sang.

     

    « Arrivé au Tong-King en avril de l’année dernière, M. Tisseau eut à passer par une épreuve, petite en soi, mais qui a pu être bien pénible pour un jeune Missionnaire, plein d’ardeur et ne désirant que d’étudier promptement la langue, afin de se rendre utile aux âmes. Il eut à la jambe une plaie qui s’envenima gravement au point de le tenir pendant un mois sur son lit de douleur. C’était à l’époque de la procession du Saint-Sacrement et, à son grand regret, ne pouvant assister à la cérémonie, il se dédommagea en chantant dans sa chambre les belles hymnes que saint Thomas a composées pour cette fête.

    « Lorsqu’il apprit que je me proposais d’envoyer plusieurs Missionnaires au Laos, il brûlait du sésir d’être du nombre des élus ; mais sa réserve l’empêcha de m’en faire la demande formelle. Au mois de novembre, il fut destiné à ce poste peu agréable pour la nature ; il en ressentit une grande joie, et ne songea plus qu’à ses futurs néophytes. Il y avait alors à ma résidence une quinzaine de Laociens qui avaient suivi M. Fiot et qui n’attendaient que leurs nouveaux Pères pour rentrer dans leur pays. M. Tisseau se plaisait à les rencontrer journellement et à étudier auprès d’eux la langue qu’il était désormais appelé à parler.

    M. Tisseau partit le 10 décembre pour le Laos avec M. Perreaux et deux autres Missionnaires, ses compagnons de voyage. Arrivés à leur destination, le Père provicaire le garda auprès de lui, et ce fut lui-même qui, le 24 mai, m’annonçait la maladie de son supérieur. Un mois après , le 24 juin, c’était encore lui qui, bien que gravement atteint à son tour de la fièvre des bois, administrait à M. Perreaux les derniers sacrements, soutenu dans les bras des catéchistes, car il n’avait plus la force de se lever lui-même .

    M. Tisseau avait un profond respect et une grande affection pour son provicaire, et il l’a suivi de quatre jours dans la tombe :

    Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1447
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1880