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Léon TINTET (1860-1920)

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    M. Tintet était né en 1860 à Ger, canton de Pontac (Basses-Pyrénées). Les détails manquent sur son enfance et sa jeunesse. Nous savons seulement qu’il fit ses études au Petit Séminaire de Béthanie, où il eut pour maîtres de saint prêtres dont il se plaisait à faire l’éloge. Il entra aux Missions-Etrangères le 27 mai 1884 et, le 2 novembre 1887, il partit pour la Mission du Thibet.

    Nous étions alors chassés de presque tous nos postes de là-bas et les autorités chinoises ne se montraient pas disposées à permettre notre retour. Afin de ne pas aggraver leurs soupçons par l’arrivée de nouveaux missionnaires, Mgr Biet pria Mgr Chatagnon, Vicaire Apostolique du Setchoan Méridional, de vouloir bien donner l’hospitalité, pendant quelque temps, à M. Tintet et à son compagnon de voyage M. Grandjean. Après un stage d’un peu plus d’un an dans les districts les plus rapprochés du Thibet, — stage qu’ils employèrent à étudier la langue chinoise, — les deux missionnaires reçurent l’ordre d’entrer clandestinement dans leur Mission et de se rendre à la chrétienté de Chapa, près de Loutinkiao.

    À la fin de l’année 1890, il fut décidé que M. Bénigne Courroux essaierait de rentrer dans son ancienne chrétienté de Yerkalo, dont la persécution l’avait chassé trois ans auparavant. Le seul moyen d’y parvenir était de faire le grand tour par le Kientchang, le Yunnan et, une fois arrivé dans la sous-préfecture de Weisi, de tenter la fortune en se lançant vers Yerkalo, où les esprits semblaient un peu calmés. M. Tintet fut adjoint à M. Courroux jusqu’au Yunnan ; quand il eut atteint cette région, Mgr Fenouil le chargea d’un district où il resta pendant près de deux ans. Puis on lui confia le nouveau district de Siaoweisi, dont le titulaire, M. Léard, était devenu le compagnon du vénérable M. Goutelle, toujours en instance à Taly pour récupérer son poste d’Atentsé.

    La résidence de Siaoweisi consistait en une très modeste maison indigène et un petit oratoire assez sombre du même style. Cependant on s’était procuré, à l’extrémité du village, un emplacement destiné à recevoir une résidence plus confortable et un oratoire moins indigne du culte. M. Tintet fut chargé des constructions nouvelles et s’en acquitta avec succès. Il jouissait là de son travail matériel et spirituel quand, en 1904, il dut revenir à Chapa, son point de départ. Mais il ne s’y réhabitua que difficilement. Aussi, quand, après la grande persécution de 1905, il fallut remplir les vides en pays thibétain, M. Tintet fut très satisfait d’être chargé de Yerkalo. Il n’y restait plus que de ruines ; les persécuteurs avaient déterré les morts et arraché les fondations de nos établissements, voulant marquer par là que les missionnaires et leur œuvre étaient à jamais détruits. Néanmoins avec du temps et, malgré force difficultés pour se procurer les matériaux,  M. Tintet remit tout sur pied.

     

    En 1912, invasion des gens de Lhassa ; guerre entre les Chinois aidés des indigènes et les envahisseurs. Les chrétiens, croyant qu’il seraient encore les victimes d’une nouvelle persécution, s’enfuirent sur le territoire du Yunnan. M. Tintet les suivit à regret et s’arrêta à  Atentsé, à cinq jours de marche de son poste. De là, par des intermédiaires, il se rendit compte que, cette fois, — et c’était bien la première, — les hostilités n’étaient pas dirigées contre la Mission. Les Thibétainsde Lhassa n’avaient pas détruit sa résidence, mais, obligés de fuir devant les Chinois revenus sur leurs pas après avoir battu en retraite, ils incendièrent toutes les maisons des indigènes, celles des chrétiens, comme celles des païens. C’était derechef une grande misère. Le missionnaire ranima peu à peu le courage de ses ouailles, et toutes revinrent se construire un abri de fortune à la place de leurs anciennes demeures.

    En 1914, au mois de juin, M. Théodore Monbeig ayant quitté momentanément sa résidence de Bathang pour visiter Lythang, fut massacré en chemin avec ses serviteurs, par des brigands thibétains. M. Tintet fut désigné pour le remplacer. Il mit tout en œuvre pour découvrir les coupables ainsi que pour éclaircir les circonstances mystérieuses de la mort de M. Behr ; malheureusement ses enquêtes restèrent sans résultats.

    Le 31 décembre 1914, nouvelle calamité. La résidence de Bathang, ancien palais du deuxième roitelet, devient la proie des flammes. La garnison chinoise, au lieu de contribuer à éteindre l’incendie, opère le déménagement pour son compte et fait le cercle pour empêcher les Thibétains d’apporter de l’eau. Le lendemain, il ne restait plus que des pans de murs calcinés. Ce désastre accabla notre pauvre confrère : il attribua à la malveillance, mais sans preuves suffisantes ; d’autres en accusèrent la négligence de son entourage. Dès l’année suivante, M. Tintet se mit à préparer les matériaux pour relever les ruines. En 1918, résidence, chapelle, écoles, tout était reconstruit, mais sur un plan moins vaste qu’auparavant.

    Pendant ces travaux de restauration matérielle, il déployait son zèle pour attirer à la Mission Chinois et Thihétains. Sachant que la grâce de Dieu a son heure, il ne s’autorisa pas de la formule « rien à faire » parce que des efforts répétés étaient restés stériles jadis. Ses initiatives soutenues ne furent pas sans succès : sa chapelle était bien fréquentée le dimanche et 25 enfants étudièrent dans ses deux écoles. Depuis deux ans, il avait baptisé une trentaine d’adultes.

     

    Trop peu soucieux de son ordinaire et de sa santé, notre confrère commençait à s’apercevoir de la diminution de ses forces. Les troubles qui éclatèrent à Bathang au mois de juin 1920 l’abattirent complètement. La princesse thibétaine, veuve du premier roitelet de Bathang exécuté en 1905 par le généralissime du Setchoan, avait racheté à prix d’argent son ancien palais et une partie de ses propriétés ; mais les mandarins chinois, quoique ayant depuis longtemps touché une partie de la somme, ne livraient rien du tout. Les Thibétains finirent par réclamer fortement, la querelle s’envenima, on échangea des coups de fusil et il y eut des victimes des deux côtés. La population effrayée se réfugia à la Misson Catholique et pria M. Tintet de négocier la paix, de concert avec le Supérieur de la lamaserie. Le mandarin chinois, heureux de voir le missionnaire s’interposer, accorda une armistice et les conditions de paix furent signées de part et d’autre ; mais les Thibétains, qui s’étaient retirés de la ville, ne tinrent pas leurs promesses. Ils revinrent en armes pendant la nuit, tuèrent le mandarin civil et sa suite et incendièrent sa demeure. Les soldats chinois reprirent aussitôt l’offensive, assiégèrent les ­thibétains barricadés dans  la ville et s’emaparèrent de 86 maisons auxquelles ils mirent le feu. Prévoyant que la ville allait être détruite sans que l’on distinguât les innocents des coupables, M. Tintet intervint encore et le général ordonna immédiatement de cesser le carnage.

    Notre confrère s’était excessivement fatigué pour préserver nos établissements de l’incendie ; il ressentit alors  les premières atteintes du mal qui, huit jours plus tard, l’emporta. Il s’éteignit le 30 juillet, à trois heures du matin, muni de tous les secours de notre sainte religion et assisté jusqu’à la fin par M. Nussbaum. Aux obsèques, qui eurent lieu le lendemain, la population manifesta ses sentiments de reconnaissance envers son sauveur, chefs et peuple l’accompagnèrent jusqu’à sa dernière demeure. Notre confrère repose auprès de MM. Brieux,­ Mussot, Soulier et Behr. Les trois premiers ont versé leur sang pour la cause du Christ, M. Tintet est mort victime de sa charité.

    Quand les chrétiens de Yerkalo apprirent la mort de leur ancien pasteur, ils firent célébrer un service solennel. Les autorités des cinq villages païens des Salines auxquels M. Tintet avait rendu les plus grands services en 1911-1912, manifestèrent aussi leur reconnaissance à l’égard de leur bienfaiteur en assistant à la cérémonie religieuse et en faisant célébrer des messes à son intention.

    • Numéro : 1753
    • Pays : Chine
    • Année : 1887