Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Albert THOUVENIN (1904-1984)

Add this

     

    Enfance et jeunesse

     

    Albert Thouvenin naquit à Nancy, paroisse de la cathédrale, le 28 avril 1904. Après ses études primaires à l’école de la paroisse, il entra au petit séminaire de Bosserville pour ses études secondaires, puis tout naturellement au grand séminaire de Nancy. Il y fit quatre années d’études et reçut la tonsure, le 10 juillet 1927. Il aurait bien voulu entrer alors aux Missions Etrangères. Mais l’évêque de Nancy lui imposa un temps de service dans le diocèse, avant de lui donner l’autorisation de faire sa demande d’entrée aux Missions Étrangères. C’est ainsi qu’il fut d’abord surveillant à l’institution Saint-Pierre-Fourier, à Lunéville, puis à l’école Saint-Sigisberg, à Nancy, jusqu’à la fin de l’année scolaire 1929. C’est le 3 juin 1929 qu’il fit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères. Au vu des bonnes notes qui furent données par le supérieur du grand séminaire de Nancy, il fut admis le 22 juin. Les vacances terminées, il entra à Paris le 10 septembre 1929. Comme ses études étaient déjà bien avancées, il fut ordonné prêtre le 20 décembre 1930. Quelques semaines plus tard, il recevait sa destination pour la Mission de Pakhoi dans le sud de la Chine, limitrophe du Vietnam.

     

     

    En mission à Pakhoi (1 931-1952)

     

    Cette Mission avait été créée en 1924, par division de la Mission de Canton. Parti le 20 avril 1931, le P. Thouvenin fut envoyé dans la presqu’île de Lei Chow, dans la paroisse de la Sainte-Trinité, pour se former sous la direction du P. Poulhazan. Cette presqu’île s’avance loin dans la mer, presque jusqu’à l’île de Hainan ; elle est habitée par des Chinois, mais des Chinois qui parlent un dialecte particulier, le lai, qui n’est ni le mandarin, ni le cantonais, et que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : ce qui fait que les habitants de cette presqu’île sont isolés du reste de la Chine. Région malsaine où sévit le paludisme, région aussi souvent troublée par les incursions de bandes de pirates. C’est là que le P. Thouvenin travaillera pendant presque vingt ans.

     

    Il se consacra d’abord à l’étude de la langue. Ses progrès furent rapides. Le Bulletin de janvier 1932 signale qu’il entend les confessions depuis déjà longtemps et qu’il vient de rentrer d’une tournée d’administration dans divers postes. Par administration, il faut comprendre une petite mission dans chaque poste.

     

    Au bout de trois ans, l’évêque lui confia la paroisse de Topi, fondée par le P. Jégo. Il travailla dans cette paroisse pendant onze ans, de 1934 à 1945. Topi n’est pas une ville bien importante, mais l’ensemble de la paroisse comprenait un grand nombre de petites communautés chrétiennes disséminées sur une vaste étendue. La difficulté des communications rendait l’exercice du ministère très pénible.

     

    Le P. Thouvenin a fait à Topi et autour de Topi un travail apostolique remarquable, mais toujours sans bruit, sans éclat. Il comptait environ 600 baptisés, quand il prit en charge la chrétienté, et 1.500, après onze ans de présence. Avec les tournées d’administration dans les divers postes, la préparation des catéchumènes au baptême, la visite des malades pour leur donner les sacrements, les journées du Père étaient bien remplies. Il était heureusement secondé par de dévoués catéchistes, spécialement pour l’instruction des enfants.

     

    Malgré cette vie épuisante, le P. Thouvenin eut la joie de mener à bien la construction à Topi d’une belle église, ouvrant généreusement son propre porte-monnaie ! Elle fut bénie le 19 avril 1936 par le P. Jégo, délégué de l’évêque. Ce fut Notre-Dame du Lac. En 1940, l’église et la résidence de Topi furent détruites par les bombardements de l’aviation japonaise qui jetait la terreur dans le pays. Le P. Thouvenin était en tournée ; il échappa donc au danger, mais son vicaire, le jeune P. Devos, fut blessé au pied. Les deux Pères se remirent courageusement à l’œuvre pour réparer les dégâts dans toute la mesure du possible et continuèrent leur travail apostolique.

     

    En 1945, le P. Thouvenin quitta Topi pour Lei Chow, chef-lieu de la préfecture. Il y exerça son ministère pendant plus de trois ans, jusqu’au mois d’avril 1948. Il était alors en mission depuis dix-sept ans. Il demanda donc un congé bien mérité. À son retour, en mars 1949, il fut nommé procureur de la Mission. Les ennuis n’allaient pas lui manquer avec l’arrivée des communistes : interrogatoires, perquisitions, etc. Il fut accusé avec les religieuses d’avoir fait mourir quantité d’enfants de l’orphelinat ! Il fut donc obligé, pendant des jours et des jours, de creuser les tombes de ces enfants pour exhumer leurs ossements et cela sous les huées de témoins dûment stylés pour l’insulter, lui et les religieuses.

     

    Après de tels « forfaits », il fallait évidemment qu’il quitte la Chine : ce qui arriva le 28 novembre 1952.

     

    Il aurait pu rentrer définitivement en France. Il n’en fut rien, car il voulait rester fidèle à sa vocation. Mais ne parlant que le dialecte lai, il dut chercher un apostolat qu’il pourrait exercer en français.

     

    Après quelques semaines de repos à Hongkong, il fut affecté au petit séminaire de Saïgon, comme professeur de français. Il y resta environ trois ans (1953-1956). C’est alors que survint un changement au petit séminaire. L’évêque de Saïgon confia le petit séminaire au clergé vietnamien et l’enseignement fut dès lors donné en vietnamien. Par conséquent, la présence du P. Thouvenin n’était plus nécessaire. Il en profita pour prendre quelques mois de congé en France.

     

     

    Phnom Penh

     

    On est toujours plus ou moins à court de professeurs dans les petits séminaires. Le P. Thouvenin fut donc accueilli avec joie à Phnom Penh. Au petit séminaire, il enseigna pendant environ treize ans. Il était chargé de cours de latin, de français et de géographie. Il fut apprécié, non seulement comme professeur, mais aussi comme directeur spirituel, et nombreux étaient les élèves qui s’adressaient à lui. En dehors de ses cours, il était toujours disponible pour rendre service en assurant la messe ici ou là. Pendant les vacances, il aimait rendre visite aux confrères plus ou moins éloignés de la capitale. Tous étaient heureux de le voir arriver pour quelques heures ou même quelques jours, car tous le disaient, c’était un excellent confrère.

     

     

    France

     

    La situation politique et militaire se dégrada très sérieusement au Cambodge, en 1970. De nombreux Vietnamiens furent massacrés. Tous ceux qui le purent regagnèrent le Vietnam et quelques Pères suivirent leurs chrétiens pour les aider à se réinstaller. Le petit séminaire fut fermé et le P. Thouvenin n’avait plus d’autre solution que de rentrer en France. Il y arriva le 15 juin 1970.

     

    Le P. Thouvenin se sentait en bonne santé et ne demandait qu’à travailler. Il trouva une place à l’institution Saint-Paul, de Roanne : surveillances, catéchèse. Il assuma cette tâche jusqu’à la fin de l’année scolaire 1973-1974. Se sentant fatigué, il demanda à se retirer à Lauris, où il arriva au mois de septembre 1974. C’est peu de temps après qu’apparurent les premiers symptômes d’un cancer à la gorge. Il reçut les soins nécessaires à Paris. Son mal se stabilisa pendant quelques années, puis sournoisement envahit tout le système sanguin : c’était la leucémie. On le soutint pendant quelques temps par des transfusions de sang. Malgré cet apport de sang neuf, son organisme s’affaiblissait de jour en jour ; aucune médication n’était plus possible. Hospitalisé une dernière fois à la clinique Saint-Roch, à Cavaillon. il expira le 11 avril 1984. Il lui a manqué quelques jours pour fêter ses 80 ans ! C’est le 13 avril qu’il fut inhumé en présence de sa famille et des confrères.

     

    Comme on le voit par cette brève évocation, la vie sacerdotale et missionnaire du P. Thouvenin a été assez mouvementée, par suite des événements politiques aussi bien en Chine qu’au Cambodge. Ce que l’on peut d’abord remarquer dans la vie du P. Thouvenin, c’est la persévérance à vivre sa vocation missionnaire, malgré les circonstances défavorables ; persévérance aussi à travailler aussi longtemps que ses forces le lui permirent au service des jeunes, à Roanne. La bonté de cœur fut aussi une des qualités du P. Thouvenin, malgré les apparences extérieures et des réparties parfois vives : bonté de cœur qui se manifestait discrètement par des dons en faveur des pauvres. Il faut aussi souligner son courage et son esprit surnaturel, tout d’abord dans son ministère en Chine, notamment dans son poste de Topi : il fut « le deuxième classe » fidèle au poste envers et contre tout. Seul le Seigneur sait toutes les fatigues et les épreuves qu’il eut à endurer ! Courage et esprit surnaturel tout au long de sa maladie qui dura plusieurs années. Il fut hospitalisé à plusieurs reprises pour être soutenu par des transfusions. Ce fut pour lui l’occasion de montrer beaucoup de délicatesse et de discrétion à l’égard du personnel hospitalier.

     

    Il eut à affronter beaucoup d’ennuis, beaucoup de souffrances physiques et morales, en un mot, beaucoup de croix. « Celui qui veut me suivre doit porter sa croix. » Le P. Thouvenin a porté courageusement la sienne jusqu’à la porte du ciel. Nous ne doutons pas qu’il a été bien accueilli par le Seigneur.

     

     

    • Numéro : 3429
    • Pays : Chine Vietnam Cambodge
    • Année : 1931