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Jean-Louis THORAL (1845-1881)

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    « Le Seigneur, écrivait Mgr Puginier, le 18 décembre 1881, semble vouloir nous faire payer bien cher les grâces de conversion qu’il accorde à nos sauvages Laotiens, autrefois inconnus pour ainsi dire. Voilà quatre Missionnaires et un prêtre indigène qui ont suc­combé au Laos dans l’espace d’un an. Cependant, nous ne devons pas nous plaindre puisque Jésus-Christ a racheté ces âmes au prix de son sang. Je venais d’apprendre la conversion d’une tribu tout entière, lorsque la nouvelle de la mort de M. Thoral est arrivée comme un coup de foudre, changer notre joie en douleur. Fiat voluntas Dei !...

    M. Jean-Louis Thoral, né à Naudax (diocèse de Lyon), le 5 dé­cembre 1845, était tonsuré lorsque, le 13 octobre 1867, il entra au séminaire des Missions Étrangères. Ordonné prêtre le 28 oc­tobre 1860, il partit le 18 janvier de l’année suivante pour le Tong-King occidental.

    Pendant les douze ans qu’il passa en Mission, M. Thoral justifia l’éloge que fait de lui son Évêque et que nous allons rapporter. Dieu souvent accorda à son zèle de magnifiques succès. En mai 1879 il écrivait : « Il s’est manifesté chez les païens du Tong-King occi­dental, et particulièrement de Ninh-Binh qui m’est confiée, un grand mouvement de conversions. J’aurai cette année, à moi seul, de 1,000 à 1,500 baptêmes de païens, sans compter les enfants baptisés in articula mortis ou nourris dans les orphelinats. »

    C’est au moment où M. Thoral recueillait cette précieuse moisson qu’il fut appelé à coopérer à la fondation de la Mission naissante, mais déjà prospère, du Laos. Il dut en coûter à son coeur de faire le sacrifice de ses espérances et de quitter les milliers de néophytes qu’il avait gagnés à Jésus-Christ et dont il était tendrement aimé ! Néanmoins, à la voix de son Évêque, il accepte de grand cœur le poste de dévouement qui lui est offert et se met en route avec M. Pinabel. C’était au commencement de 1880. Arrivé à Naham au mois de mars, il se livra avec ardeur à l’étude de la langue et fut bientôt à même de partager les travaux de M. Fiot, le fondateur de la Mission. Dieu bénit le dévouement des apôtres du Laos : de tous côtés les populations accouraient pour les voir, les entendre, et demandaient à se convertir.

    Mais au milieu de succès inespérés, les épreuves commencèrent ; tandis que M. Fiot mourait d’épuisement, une invasion de bar­bares faillit ruiner l’œuvre naissante. Pendant les troubles qui éclatèrent, M. Thoral courut les plus grands dangers. La paix était à peine rétablie que le mouvement de conversions continua comme par le passé, mais la maladie, hélas ! elle aussi faisait son œuvre ; tous les Missionnaires, furent successivement atteints de la fièvre, deux d’entre eux, MM. Perraux et Tisseau, succombèrent, tandis que les autres, très gravement malades, étaient hors d’état de travailler; un d’eux, M. Rigouin, fut rappelé au Tong-King, et M. Mignal, resté au Laos, ne se rétablit qu’après plusieurs mois.

    « Toute la besogne retombait donc sur M. Thoral, écrit Mgr Pu­ginier, sans qu’il y eût moyen de le soulager par l’envoi de Mission­naires, car c’était en plein été, et en cette saison on ne pénètrerait pas impunément dans ces montagnes malsaines. Cependant M. Tho­ral, ne consultant que son énergie et son zèle, ne doutait de rien et savait se multiplier. Il visitait les nouvelles chrétientés séparées par des distances considérables, fortifiait les néophytes dans la foi et leur administrait les sacrements de la sainte Église. Dans ses voyages, il travaillait aussi avec ardeur à la conversion des infidèles, et augmentait toujours le nombre des catéchumènes.

    « À la fin de novembre 1881, il fut pris, dans sa dernière tournée, de plusieurs accès de fièvre assez graves, mais sans danger prochain. Le Père envoya chercher de la quinine, car il n’en avait pas avec lui. Quand on la lui remit, il devait se trouver en proie à un accès mêlé de délire et, probablement, il ne savait pas ce qu’il faisait ; il absorba donc en une seule dose toute sa provision de quinine qui allait à 5 à 6 grammes. Quelques instants après, il fut pris de dou­leurs très vives et de vomissements de sang. On s’empressa de pré­venir M. Mignal, éloigné alors d’une journée et demie de marche, et qui ne put arriver à temps pour soigner le cher mourant. M. Tho­ral, homme d’une foi simple et vive comme les grands saints, et plein de confiance en Celui pour lequel il travaillait, était parfaite­ment tranquille, parce qu’il sentait son âme en paix avec Dieu.

    « La quinine et l’accès de fièvre lui occasionnèrent une surexci­tation qui lui donnait assez de force pour se promener dans sa chambre. C’était le dernier effort de sa vie. Le cher malade n’avait plus de délire et son esprit était parfaitement lucide. Dans un de ces moments de communications intimes, qui échappent parfois aux hommes de grande vertu, il dit à son catéchiste : « C’en est fait, je vais mourir. » Et il ajouta : « Il serait bien consolant pour moi  « d’avoir un prêtre pour m’assister, et je serais bien heureux de re­cevoir les Sacrements, mais « j’en ai fait le sacrifice au bon Dieu, et j’ai eu soin de garder mon âme pure du péché. »

    « Un moment après, sentant ses forces épuisées, il se coucha, s’étendit de tout son long, passa les mains dans sa barbe pour l’ar­ranger, fit un grand signe de croix, expression d’une foi vive, d’une espérance ferme, d’une charité ardente, croisa les bras sur sa poi­trine et expira doucement en fermant les yeux.

    « Soyez rassurés, Messieurs et vénérés Directeurs, le cher et re­gretté défunt était un saint. Jel’estimais et l’aimais. Sa mort m’a fait beaucoup de peine, mais la manière dont il a quitté ce monde ne m’a nullement surpris. J’avais dit plusieurs fois, sans cependant vouloir prophétiser, que le Père Thoral ne mourrait pas comme les autres Missionnaires, mais qu’il mourrait d’une manière extraordi­naire. Maintenant qu’il a passé à la vie éternelle, je puis répéter, sans blesser son humilité, ce qu’il m’a dit à différentes reprises dans des conversations intimes, en me parlant de la conversion des infi­dèles, pour laquelle il avait certainement une grâce particulière : « Pour mon compte, disait-il, je ne serais pas effrayé de « mourir sans sacrements, et je consentirais volontiers à être privé d’un prêtre à mes derniers « moments, si cela doit être utile au salut des âmes. »

    « Ce n’était certainement en lui ni jactance ni mépris des choses saintes, mais il se sentait dans l’amitié de Dieu, et il était pénétré d’un zèle immense pour le salut de ses semblables. À ce sujet je dois ajouter que sa pureté virginale fut à l’abri de tout péché. Jelui ai entendu dire en confidence intime, et en dehors de toute direction, que dans son enfance il avait essuyé une très forte tentation de la chair, mais que, par une assistance spéciale de la sainte Vierge, il avait résisté, quoiqu’avec grand’peine, et que depuis lors il  n’éprouvait plus de révolte.

    « Le Laos a fait en lui une très grande perte, car il était un véri­table apôtre, plein de dévouement pour ses sauvages qui de leur côté l’aimaient et le regrettent comme un père. »

    • Numéro : 1042
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1870