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Roger THOMMERET (1889-1985)

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    Enfance et jeunesse

     

    Roger Thommeret naquit à Argences (Calvados) diocèse de Bayeux, le 31 mai 1889. Ses études terminées au petit séminaire de Sées, il présenta sa demande d’entrée aux Missions Étrangères le 24 juin 1908. Admis le 3 août, il entra à Bièvres le 12 septembre et commença ses études pour se préparer au sacerdoce. Ordonné prêtre le 19 décembre 1914, il fut mobilisé presqu’aussitôt pour la durée de la guerre. C’est en septembre 1919 qu’il rentra au séminaire. Dans les mois qui suivirent il reçut sa destination pour la mission de Saïgon. Parti effectivement le 27 juin 1920, il arriva à Saïgon vers la fin du mois d’août.

     

     

    En mission

     

    Dès son arrivée, il se mit à l’étude de la langue dans la paroisse de Kim Ngoc où il resta jusqu’en 1924. Après deux années dans la paroisse de Bên Tre, il fut envoyé au petit séminaire pour trois ans. En 1930, nous le trouvons à la paroisse de Bai Xan pour un an, puis à la paroisse de Thu Dâu Môt, également pour un an. Après ces diverses expériences en campagne, c’est en 1932 qu’il fut nommé vicaire à la cathédrale de Saïgon pour seconder le P. Soulard d’illustre mémoire. C’est pendant son séjour à la cathédrale qu’eut lieu le Congrès eucharistique de Saïgon, du 12 au 15 décembre 1935. Comme le P. Soulard était malade et se reposait à Dalat, le plus gros de la tâche de la préparation de ce congrès revint au P. Thommeret qui s’en acquitta d’ailleurs de façon remarquable. On peut dire que c’est grâce à lui que le congrès se déroula de façon parfaite et eut un plein succès. Pendant des années de ministère à la cathédrale de Saïgon, le P. Thommeret œuvra de tout son cœur. En bon Normand, il sut manœuvrer avec le P. Soulard qui, de l’avis de tout le monde, n’était pas facile à vivre.

     

    À la fin de l’année 1937, le P. Thommeret fut nommé curé de la paroisse du Cap Saint-Jacques, à l’entrée de la rivière qui conduit à Saïgon. À son arrivée, il trouva une église en très mauvais état. Il décida donc d’en construire une autre qui fut achevée en 1942. Pour cette construction, le P. Thommeret manifesta des talents de constructeur et, de l’avis de tous, l’église du Cap Saint-Jacques est très belle et très fonctionnelle. En 1942, le calme régnait encore à peu près au Vietnam. Mais la tempête n’allait pas tarder à souffler avec violence. Au mois de mars 1945, les Japonais qui stationnaient déjà dans le pays depuis la fin de 1940, mirent la main sur tout le Vietnam et éliminèrent les autorités françaises. Les missionnaires français furent également inquiétés. Plusieurs furent mis en prison, accusés d’avoir empoisonné les puits Le P. Thommeret fut ramené du Cap Saint-Jacques à Saïgon pour plusieurs mois.

     

    Au mois d’août 1945, les Japonais s’avouèrent vaincus et déposèrent les armes. C’est alors que les communistes vietnamiens s’emparèrent de tout le pays en quelques jours. Toute l’organisation communiste était prête et, de fait, en quelques jours, du Nord au Sud, elle fut mise en place. Des troubles graves éclatèrent et de nombreux Européens furent massacrés. C’est dans ces circonstances que fut assassiné le P. Tricoire sur la place de la cathédrale, à Saïgon. Les excès furent tels que les Japonais durent intervenir. Peu de temps après arrivèrent les troupes anglaises, puis le corps expéditionnaire français. Le calme fut un peu rétabli jusqu’au coup de force viêtminh, le 19 décembre 1946. On entra alors dans une guerre qui ne prit fin pour les Français qu’avec les Accords de Genève, au mois de juillet 1954. Disons pour compléter que la guerre fut poursuivie par les Américains ; tout cela pour aboutir à la victoire des communistes et à la prise de Saïgon, le 30 avril 1975.

     

    Dès que possible, le P. Thommeret regagna sa paroisse du Cap Saint-Jacques, et reprit ses activités. En 1949, il avait fait le projet d’élever une statue monumentale de la Vierge Marie sur le rocher qui domine l’entrée de la rivière. La situation ne lui permit pas de réaliser ce projet.

     

    Au mois de mai 1954, il organisa un pèlerinage à l’occasion de l’année mariale. Arrivé à Paris le 14 mai 1954, avec tout un groupe de pèlerins, il les accompagna à Lourdes et à Fatima.

     

    À la suite de ce pèlerinage, il s’attarda quelques mois en France. C’est alors qu’il demanda et obtint de changer de mission, pour des raisons personnelles. Sa demande fut agréée et, le 15 novembre 1955, il reçut une nouvelle destination pour la mission de Quinhon. C’est le 24 novembre 1956 qu’il partit par avion pour sa nouvelle mission.

     

    De ce fait, lorsque le P. Thommeret partit par avion, le 24 novembre 1956, un événement était survenu depuis le 22 juillet. Un nouveau vicariat apostolique – celui de Nhatrang – avait été érigé avec Mgr Piquet à sa tête. À cette occasion, la province de Phan Thiêt, du vicariat de Saïgon, avait été rattachée à celui de Nhatrang. Cependant le P. Thommeret exerça son ministère dans divers postes de la mission de Quinhon, notamment comme aumônier de la léproserie de Qui Hoa tenue par les religieuses franciscaines missionnaires de Marie. C’est pendant son séjour à Qui Hoa que lui arriva un accident qui faillit lui coûter la vie. Voici comment cette aventure est racontée par le Bulletin de Hongkong : « C’était au mois de février 1957. Le P. Thommeret (qui était un peu casse-cou) s’avise de vouloir faire l’ascension d’une montagne voisine surmontée d’une grande croix de fer. La croix, pensait-il, lui servirait de guide. Mais la forêt la lui cacha et il erra parmi les rochers et les broussailles : un faux pas, et le Père roula dans un ravin. Étourdi par la chute et la chaleur, il resta cinq heures au fond de son trou, haletant et se préparant à paraître devant le Seigneur, car personne ne pouvait lui venir en aide dans ce lieu retiré. Comment parvint-il à sortir de cette situation critique ? Dieu seul le sait. Toujours est-il qu’il nous a fait peur ! Déjà les autorités militaires s’apprêtaient à envoyer une compagnie pour battre la campagne à sa recherche ».

     

    Quelque temps après, le P. Thommeret réintégra le vicariat de Nhatrang. Il fut affecté au poste de Cay Vong, à une quinzaine de kilomètres de Nhatrang. Et le Bulletin de Hongkong ajoute : « Lui qui a connu l’activité de la ville, il a peine maintenant à s’habituer à la tranquillité de la campagne. Il apporte dans ce poste son goût des belles constructions et s’ingénie à embellir sa petite église ».

     

    À Pâques 1958, il est nommé curé de Phanthiêt, une ville assez importante, située à environ 250 kilomètres au sud de Nhatrang. Dans cette ville se trouvait une maison qui avait été construite comme maison de repos pour les missionnaires et aussi comme cure pour la paroisse. Cette maison avait été brûlée par les Viêtcông et exigeait d’importantes réparations. Dès son arrivée, le P. Thommeret décida de construire une nouvelle cure moins grande et mieux aménagée, et il se mit à l’œuvre. D’autre part, les religieuses de Notre-Dame des Missions envisageaient de venir s’installer à Phanthiêt pour y ouvrir une école. Le P. Thommeret décida de tirer le meilleur parti possible de la vieille maison : il la répara, l’aménagea et ainsi les Sœurs de Notre-Dame des Missions purent venir s’y installer.

     

    Malgré les fatigues dues à l’âge, le P. Thommeret restait très actif, non seulement sur le plan matériel par ses constructions et ses aménagements, mais aussi sur le plan pastoral. La paroisse de Phanthiêt était très vivante. Aussi faut-il regretter que se produisit un petit incident. Comme le P. Thommeret était « très personnel » il ne voulut pas céder, donna sa démission et décida de rentrer en France. C’était au mois de février 1961.

     

     

    En France (1961-1985)

     

    Ce n’était pas dans le tempérament du P. Thommeret de rester inactif. Avec l’assentiment des supérieurs de la Société, il prit du ministère dans le diocèse de Nice. Il fut notamment chapelain au Sanctuaire de Notre-Dame de Laghet pendant plusieurs années. Ensuite la fatigue de l’âge survenant, il se retira à Lauris. Les Frères de Notre-Dame de La Blache, maison de retraite pour les Frères âgés, demandèrent un volontaire pour aider le P. Henri Valour qui n’était plus capable d’assurer le service, mais que les Frères voulaient absolument garder chez eux. Le P. Thommeret se présenta. Il resta dans cette maison jusqu’au mois de janvier 1975 : un intérim de 45 mois comme il l’écrit lui-même. C’est de là qu’il se retira à Montbeton : il avait 85 ans.

     

     

    À Montbeton

     

    À cette époque, il était encore assez valide pour faire quelques voyages, notamment à Lisieux. Mais au fil des années, il éprouva progressivement de la difficulté à se déplacer, jusqu’au jour où il fit une chute qui nécessita une intervention chirurgicale et le laissa définitivement infirme. Pendant plusieurs années, il frit assisté de jour et de nuit par le P. Beysselance, avec un dévouement qu’il savait reconnaître. Il lisait beaucoup, célébrait chaque jour la messe pieusement et se faisait conduire matin et soir à la chapelle, pour de longs moments de prière. En septembre 1984, il fêta son 70e anniversaire d’ordination en même temps que le P. Trincal qui, lui, célébrait ses 75 ans de sacerdoce.

     

    En juin 1985, sa santé se dégrada rapidement. Il tomba dans un état de torpeur, qui, avec de rares éclaircies, se prolongea pendant deux mois. Il s’éteignit le 31 août 1985, âgé de plus de 96 ans. Comme il l’avait demandé, ses obsèques furent célébrées en ornements blancs et on l’accompagna au cimetière au chant du cantique : « J’irai la voir un jour ». Dans son testament, il disait: « Pas de fleurs, des prières ». Et à tous ses parents et amis : « Ne pleurez pas. Priez plutôt ».

     

     

    • Numéro : 3198
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1920