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Eugène THOMAS (1876-1929)

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    M. Eugène Thomas naquit le 26 juillet 1876 à Cany, petite paroisse du diocèse de Rouen. Il était le treizième enfant d’une nombreuse famille. Il fit ses études secondaires à Yvetot, sa philosophie au Grand Séminaire de Rouen et sa théologie au Séminaire des Missions-Etrangères de Paris. Tout en s’appliquant à l’étude des sciences sacrées, il remplit la charge de sacristain ; dans l’exercice de cette fonction, il eut bien souvent l’occasion d’admirer le zèle du vénéré M. Delpech pour tout ce qui concernait la maison de Dieu : le Supérieur de notre Séminaire se réservait, en effet, le soin des choses saintes, et l’aspirant sacristain n’était guère que son agent d’exécution.

    M. Thomas arriva dans la Mission de Canton au mois d’août 1902. Son grand attrait pour les œuvres de jeunesse se manifesta dès son premier séjour à Canton, qui fut d’ailleurs assez court. M. Fleureau songea de suite à se l’assoçier dans la direction des deux Séminaires dont il avait la charge ; il fit même une démarche discrète dans ce sens auprès du Supérieur de la Mission, mais celui-ci voulut d’abord envoyer le jeune missionnaire en district, aux fins nécessaires de formation générale.

    À cette époque, M. Fourquet travaillait seul dans un vaste district récemment ouvert à la prédication évangélique et compre­nant quatre sous-préfectures : San-Oui, San-Ning, Hoi-Ping et Yang-Ping. C’est dans cette dernière localité que M. Thomas fit ses premières armes. Il fut reçu par M. Fourquet dans la résidence centrale de Lung-Hou-Ly, et celui-ci, enchanté de recevoir un nouveau confrère, se rendit compte, au bout de quelques jours passés en sa compagnie, qu’il avait désormais à côté de lui un homme vraiment apostolique, qui ne se laisserait pas détourner de son devoir de missionnaire par des préoccupations inutiles ou nuisibles.

    De Lung-Hou-Ly, le nouveau missionnaire fut conduit au chef-lieu de la sous-préfecture de Yang-Ping, désormais centre du district du même nom. Il y remplaçait M. Nicouleau, à qui le Préfet Apostolique avait confié quelques mois auparavant la direction de la Procure de la Mission. Il y eut à cette occasion un grand concours de chrétiens et de catéchumènes dans la résidence de Yang­-Ping; M. Fourquet leur présenta leur nouveau pasteur, et, chose à laquelle n’étaient pas habitués les anciens missionnaires, l’assemblée se livra à une vraie manifes-tation, aux acclamations enthousiastes de : Vive Jésus-Christ, vive l’Eglise Catholique ! Deux jours après, M. Thomas voyait M. Fourquet reprendre le chemin de sa résidence ; deux catéchistes sérieux étaient chargés de lui apprendre la langue du pays.

    En décembre 1902, M. Fourquet était rappelé à Canton, et de là envoyé à Hanoï pour obtenir du gouvernement de l’Indo-Chine une concession territoriale à Kouang-Tcheou-Ouan. A son retour du Tonkin, il dut remplacer à la Procure de la Mission M. Nicou­leau dont l’état de santé s’accommodait mal du séjour dans la grande ville, et M. Thomas resta seul dans la vaste région jusque-là desservie par M. Fourquet ; mais un peu plus tard, les PP. Lu et Shu lui étaient adjoints.

    Le missionnaire de San-Ning avait précédemment signalé au Vicaire Apostolique l’intérêt qu’il y aurait, au point de vue religieux, à organiser un pèlerinage annuel au tombeau de saint Fran­çois-Xavier. Les chrétiens de Canton, de Macao et de Hongkong y prendraient part, et leur zèle pour la propagation de la foi s’accroîtrait au souvenir de la prédication de l’Apôtre des Indes. Mgr Mérel entra dans cette vue, et le pèlerinage de Sancian fut décidé. M. Thomas, qui se trouvait dans le voisinage de Sancian, fut envoyé dans l’île pour tout organiser. Il se mit de tout son cœur à cette besogne ; il s’attacha même à Sancian, et son affection pour cette île était si manifeste que, lorsque les territoires de Yang-Ping passèrent sous une autre juridiction, le Préfet Aposto­lique de Canton, obligé de donner un nouveau champ d’action à M. Thomas, s’empressa de le fixer à Sancian.

    Avec le concours d’un jeune prêtre chinois, le P. Boniface Yeung, M. Thomas remua cette terre réputée stérile. On n’y comptait que quelques rares chrétiens ; un an après l’arrivée du missionnaire, douze cents adultes avaient été régénérés dans les eaux du baptême. Et pourtant l’instruction de ces insulaires n’était pas chose facile ; M. Thomas réussit à se les attacher, et dès lors ils furent capables d’effort : aimés du missionnaire, aimant le mis­sionnaire, ils apprirent convenablement les prières et le catéchisme; plusieurs chapelles furent construites sur le territoire de l’île, matin et soir les fidèles s’y pressaient, et de ce sol que l’on disait si ingrat et réprouvé de Dieu, la louange divine s’élevait sans cesse vers le ciel ; tous les jours le saint sacrifice était célébré en deux endroits différents et des foules nombreuses s’associaient au prêtre dans la prière et l’action de grâces. Notons encore à l’actif de notre confrère la fondation des écoles : chaque village eut la sienne, et il voulut que toutes fussent bien tenues.

    M. Thomas était l’homme de Sancian, Sancian était comme son fief ; il lui fallut pourtant s’en séparer ; rappelé à Canton, il fut chargé de la Procure qu’il géra durant plusieurs années. Plus tard, il parut évident à Mgr de Guébriant que le bien de Sancian réclamait la présence de M. Thomas. Pour la seconde fois, notre confrère retourna dans son île, mais son séjour y fut de courte durée : le vieux M. Laurent Yang faisait face péniblement aux exigences de la paroisse de la cathédrale ; M. Thomas fut appelé à lui succéder, et à déployer sur ce nouveau théâtre le zèle dont il avait donné de si belles preuves à Sancian. Aux occupations du ministère, il joignit quelque temps la charge de Supérieur du Séminaire ; en même temps le Vicaire Apostolique le choisissait comme Provicaire.

    Cependant le bon ouvrier commençait à plier sous le poids des travaux : fatigué, il prit quelque repos dans la petite chrétienté de Sainte-Anne, puis il demanda un congé de six mois  passer en France. Il revit sa famille au Havre. Entre temps, oubliant qu’il s’agissait de prendre du repos en vue du travail futur, il ne résiste point aux invitations de ses anciens condisciples qui lui demandent de prêcher dans leurs paroisses. Au Carmel de Rouen, sa parole soulève l’enthousiasme des religieuses, comme aussi celui des fidèles réunis dans la chapelle du couvent.

    M. Thomas rentrait à Canton sur la fin de 1928, incomplètement guéri. La fatigue revint rapidement, et au mois d’août 1929, il se rendait à notre Sanatorium de Hongkong, et de là, le même jour, vu l’urgence du cas, à l’hôpital des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Deux jours après son départ de Canton, un télégramme nous annonçait sa mort : sans plus tarder, Dieu avait rappelé à Lui son fidèle serviteur. Il avait été assisté à ses derniers moments par MM. Jarreau et Favreau, qui se trouvaient de passage à Hongkong. Mgr Fourquet eut le temps d’arriver pour assis­ter aux funérailles de son Provicaire. M. Thomas dort son dernier sommeil dans notre cimetière de Béthanie, aux côtés de MM. Laurent et Pradel, l’un et l’autre de la Mission de Canton, retournés à Dieu un an avant lui.

    Notre confrère souffrait depuis longtemps d’une affection du foie ; les religieuses qui l’ont soigné à Hongkong pensent qu’un abcès s’était formé dans cet organe et que le mal était trop avancé pour qu’il fût possible d’escompter la guérison. Pour lui, il se jugeait atteint de malaria, et c’est pourquoi, huit jours avant son départ pour Hongkong, il prenait des injections de quinine à l’hôpital Doumer.

    M. Thomas comptait à Canton, parmi les Chinois même païens, de nombreux amis. Et l’on vit même des païens prier le curé de la cathédrale de célébrer un service funèbre pour le repos de son âme. Daigne le souverain Dispensateur de la grâce incliner sa miséricorde vers ces âmes ignorantes et récompenser cet acte de piété à l’égard de son serviteur !

     

     

     

    • Numéro : 2627
    • Pays : Chine
    • Année : 1902