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René THOMANN (1922-1972)

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    THOMANN René, est né le 31 décembre 1922 à Senones, dans le diocèse de Saint Dié (Vosges). Il fréquent l'école publique, mais sans doute à cause de ses réelles dispositions intellectuelles et de sa piété, il entre au Petit Séminaire de Saulcey-sur-Moselotte. Il y reste deux années puis achève ses études secondaires au deuxième Petit Séminaire d'Autrey. Il est doué et laborieux, et, sans difficulté, il réussit ses deux bacs.

     

    En octobre 1939, c'est le Grand Séminaire de Saint Dié. Mais ses pensées profondes le portent déjà vers les missions. Il est acolyte quand il rentre aux M.E.P, en septembre 1942. Il doit interrompre ses études de théologie car il est requis comme S.T.O. En Allemagne, pendant plus d'un an, il est "ferblantier". Le 29 juin 1946, il est ordonné prêtre et reçoit son affectation à la mission de Kontum (Hauts Plateaux du Viêt Nam). L'insurrection communiste qui a commencé en août 1945 sème l'insécurité jusque dans les régions reculées des Hauts Plateaux. Le Père Thomann doit rester en France; rien de surprenant : il est nommé professeur au Petit Séminaire M.E.P de Ménil-Flin (diocèse de Nancy). La paix revenant peu à peu à Kontum, il faut s'embarquer pour sa mission en septembre 1942.

     

    Les débuts : comme les autres missions d'Indochine, celle de Kontum "se remet en route". Dès son arrivée à Kontum, le Père Thomann ne perd pas de temps. Mgr. Sion, vicaire apostolique, lui demande d'être professeur au Petit et au Grand Séminaire. Il faut "redémarrer" avec quelques élèves. Parmi les grands séminaristes, une dizaine, certains ne sont pas restés indifférents à la propagande nationaliste orchestrée en sous-main par les communistes. Le Père Thomann sait manoeuvrer avec doigté. Sa jeunesse, ses qualités intellectuelles, son ouverture, son sérieux souriant aplanissent les bosses. En même temps qu'il mène bien sa barque de professeur, le Père Thomann tient la procure et veille aux travaux de la petite imprimerie de la mission. Les deux confrères responsables de ces deux rouages de la mission sont entrés en France pour se refaire une santé. Dans ces diverses fonctions qu'il a assumées de but en blanc, le Père Thomann se donna à fond et donna la preuve de ses capacités, de ses moyens qui sont grands. Travailleur qui n'aime pas perdre de temps, organisateur calme et réfléchi.

     

    La haute mer : Après deux années de ce lourd et harassant labeur, le Père Thomann commence à reprendre souffle. Des confrères anciens rentrés en France pour se soigner et reprendre des forces sont revenus à Kontum, et quelques "jeunes barbes" ont été envoyés en renfort... Aussi dès 1950, il se met à l'étude de la langue vietnamienne et des dialectes Sedang et Bahmar (la mission de Kontum compte plusieurs groupes ethniques avec chacun un dialecte propre). En mai 1952, il s'installe à Dak Mot avec le Père Beysselance, en pays Sedang. Il s'applique à la formation religieuse de paroissiens. Il est exigeant et ferme mais sans dureté. Lui même paie d'exemple. René Thomann ne fait pas de discours, mais il agit, cherchant toujours à bien faire ce qu'il fait. Il ne s'embarrasse pas de multiples considérations. Il voit vite les problèmes et leur solution.

     

    À nouveau professeur : Après un séjour de dix années bien remplies, le Père Thomann prend un congé. Il devra demeurer en France, car les supérieurs lui demandent d'assurer des cours dans les deux Petits Séminaires M.E.P (Ménil-Flin et Beaupréau). Il y travaille pendant trois ans, et, sur sa demande, il revient à Kontum pour être supérieur du Petit Séminaire jusqu'à ce qu'un père vietnamien le remplace en 1965. Avec joie, il redevient responsable de district, avec deux centres : Kon Boban et Kon Rolang.

     

    Les épreuves : La guerre, arrêtée en 1954 par les accords de Genève, reprend (gouvernement nationaliste de Saigon soutenu par les USA contre Front de Libération du Sud... émanation du parti communiste du Nord, téléguidé et aidé par l'URSS). Circuler devient périlleux. Il est des endroits où les guérilleros communistes ne veulent pas de témoins. Aussi, font-ils disparaître ceux qu'ils jugent tels... les Pères Bonnet de Minh sont-ils assassinés. Le 13 mai 1968, le Père Thomann, en compagnie du Père Sanier va porter un peu de ravitaillement au Père Brice (un vosgien), à 35 km au nord de Kontum. Au km 15, la voiture saute sur une mine. Le Père Sanier est tué, et, le Père Thomann projeté à plusieurs mètres. Des militaires américains, avertis par le bruit de l'explosion, pourront le sauver et le ramener à l'hôpital de Kontum, fortement commotionné.

     

    Au retour de son deuxième congé, en plus de ses deux paroisses, il est économe de la Maison M.E.P à Kontum. Mais la situation militaire se dégrade. En avril 1971, l'armée communiste attaque et occupe toute la région nord de la mission jusqu'aux abords de Kontum. Le Père Thomann, "descendu" à Saigon pour les comptes financiers, ne peut rejoindre Kontum. Il s'installe à Ban Mê Thuot pour assister les nombreux réfugiés de Kontum qui ont fui l'avance des communistes. C'est à Ban Mê Thuot que le dimanche 14 mai, il est grièvement blessé dans un accident de voiture avec les Pères Romeuf et Chastenet qui fut, lui aussi, sérieusement atteint. Le Père Thomann meurt dans la soirée à l'hôpital de Ban Mê Thuot.

     

    Ses obsèques se déroulèrent à la cathédrale et furent un témoignage de la gratitude de la population chrétienne et non chrétienne envers les missionnaires français. "Mon pays doit beaucoup à ces prêtres qui ont tout quitté pour venir nous aider d'une manière totalement désintéressée. Il est juste que nous leur montrions de la gratitude." déclara le chef de province au supérieur régional venu le remercier pour tout ce que les autorités et la population avaient fait à l'occasion du décès du Père Thomann.

     

    À travers les divers événements brièvement rapportés dans les paragraphes précédents, on peut discerner les grands traits de la personnalité du Père Thomann. Très doué intellectuellement, il aurait pu faire des études supérieures, mais le Père Thomann voulait être missionnaire en "rase campagne". Il le fut en bon "2ème classe" qui a une idée élevée de son devoir. Il pouvait mener plusieurs tâches de front sans se départir de son calme, et d'une grande simplicité. Il vivait sobrement, se contentant du strict nécessaire dans la fidélité à l'esprit de l'Évangile. Il cernait rapidement les problèmes et n'aimait pas les longues discussions qui n'apportent pas grand chose... sinon des pertes de temps.

     

    En paroisse, son souci était de former des chrétiens solides, par l'instruction religieuse et la vie intérieure. Combien il voyait juste, car ils eurent à affronter la propagande athée du régime communiste.

     

    Le Père Thomann n'était pas expansif, sans être renfermé, mais sa foi était vivante, sans ostentation, dans l'accomplissement fidèle de son devoir d'état, si lourd fut-il, et dans l'amour vrai qu'il portait aux baptisés qui lui furent confiés.

     

     

     

    Références biographiques

    CR 1947 p. 127. 1948 p. 103. 104. 1949 p. 110. 1953 p. 53. 1954 p. 49. 1955 p. 43. 45. 1962 p. 62. 1963 p. 75. 1964 p. 38. 1965 p. 712. 1966 p. 82. 84. 1967 p. 63. 65. 66. 1969 p. 73.

    BME 1948 p. 110. 1949 p. 55. 1951 p. 700. 1953 p. 202. 1954 p. 380. 491. 702. 791. 1053. 1955 p. 49. 50. 1956 p. 397. 1957 p. 562. 781. 1959 p. 889. 1960 p. 732.

    EPI 1962 p. 403. 1964 p. 235.

    Enc. PdM 13P4.

    EC1 N° 432. 446. 456. 458. 553. 564. 618. 623. 664. 681. 692.

    NS. 2P51. 10P295. 12P379. 15P15. 16P54. 19P151. 20P177. 19/C2. 23/C2. 25P338. 28P81. 44P240. 241. 45P265. 53P177. 178. 54/C2 p. 196. 54P208. 56P279.

     

     

    • Numéro : 3752
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1947