Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Théophile THOCKLER (1872-1907)

Add this

    M. Théophile Thockler vint au monde le 26 août 1872 à Cernay, petite ville du Haut-Rhin, diocèse de Strasbourg, dans cette partie de la Haute-Alsace qui a été longtemps une pépinière d’aspirants pour les Missions-Étrangères. Il était encore en bas âge (nous tenons ces notes biographiques de M. l’abbé Voneau, curé de Wuenheim), quand il perdit son père. Sa mère, restée veuve, établit son domicile à Wattwiller, village voisin de Cernay, où elle avait une belle-sœur. Mais la mort devait bientôt la frapper elle-même. En mourant, elle recommande son enfant à M. l’abbé Sigrist, curé de Wattwiller, et laisse le petit orphelin, âgé de quatre ans, aux soins de sa parente.

    « M. l’abbé Sigrist accepta la recommandation comme une dette sacrée. Il surveilla l’enfant et l’entoura de toute sa sollicitude. Dès avant sa première communion, il avait découvert en lui les signes d’une vocation sacerdotale et le prit définitivement à la cure, pour lui donner des leçons de latin et s’occuper de plus près de sa formation. Après les premières étapes dans l’étude de la littérature, il l’envoya au petit séminaire de Zielisheim, où il resta jusqu’en seconde. L’établis­sement venait de perdre le droit d’enseigner les classes supérieures.

     

    « M. Thockler s’y lia d’amitié avec un élève de sa classe, M. Auguste Billing. Les vacances venues, les deux amis se retrouvèrent ensemble à Wuenheim, dans la famille de M. Billing. Théophile, doué d’une nature candide et éveillée, eut bientôt gagné tous les cœurs et devint l’enfant de la maison.

    « Après les vacances, les deux amis se séparèrent. Théophile part pour l’école bénédictine de Sarnen, en Suisse, et Auguste au gymnase voisin, de Guebwiller. » La première année s’écoule, et M. Billing, qui depuis longtemps avait entendu la voix de Dieu qui l’appelait à se dévouer au salut des infidèles, est admis au Séminaire des Missions-Étrangères. Quand Théophile l’apprend, il accourt à Wuenheim pour voir son ami une dernière fois, mais celui-ci avait déjà quitté l’Alsace. Il était depuis quelques jours entré au Séminaire de Bièvres.

    Théophile, brisé de douleur par cette séparation subite, mais sans être étonné de la vocation d’Auguste, « voit au même moment un éclair divin passer par son âme :  Pourquoi ne serait-il « pas missionnaire lui aussi ? — Peu à peu la vie apostolique se dessine radieuse devant ses « yeux, avec le mérite du dévouement » et la gloire future, promise à ceux qui travaillent au salut des âmes les plus abandonnées.

    Malgré le départ de son ami, il n’était pas seul et sans appui. Il trouvait dans le vénéré M. Voneau, curé de la paroisse et oncle de M. Ambiehl, notre jeune confrère mort prématurément en Birmanie, le conseiller le plus sage et le plus dévoué aux Missions-Étrangères. Dans l’espace d’une quinzaine d’années, cet homme au cœur vraiment apostolique a trouvé, dans une paroisse d’un millier d’habitants, plus de vingt vocations apostoliques, dont treize furent dirigées vers le Séminaire de la rue du Bac.

    « M. Thockler n’osa pas manifester cette première impression à son vénérable bienfaiteur qui voyait en lui le bâton de sa vieillesse. Il retourna à Sarnen ; l’année était longue. Pendant ce temps, l’appel de Dieu se fit entendre plus clair, plus impérieux, plus irrésistible. Les vacances arrivèrent, il ne pouvait plus retenir le secret et il le com­muniqua à son vénérable curé.

    « Quel missionnaire ne se souvient pas de ces moments indescrip­tibles, où l’aspirant se trouve dans l’alternative anxieuse, ou de résis­ter à la voix de Dieu, ou de rompre avec l’affection et la reconnais­sance dues aux parents, au sang, aux bienfaiteurs ? Dieu triomphe toujours de la nature, mais à quel prix ! »

    Les premières difficultés sont vaincues. Théophile fait sa lettre de demande pour entrer aux Missions-Étrangères. Elle est accueillie favorablement et, le 16 octobre 1891, il retrouvait son ami Auguste Billing à Bièvres.

    M. Thockler fut un aspirant pieux, travailleur et tout à sa règle. Nature simple et douce, il avait la sympathie de ses confrères et de ses directeurs.

    Ordonné prêtre le 30 juin 1895, il reçut sa destination pour le Siam. Le 31 juillet suivant il quittait le Séminaire pour se rendre dans sa mission. Le voyage fut assez pénible pour notre jeune missionnaire ; car, dès son arrivée, il se trouva malade. L’hôpital Saint-Louis n’exis­tait pas encore. Sa Grandeur Mgr Vey confia M. Thockler à M. Sal­mon, chargé du poste de Bang-xang, dans la certitude que ce confrère ferait son possible pour guérir avant tout notre malade. À cette époque, Bang-xang était aussi le meilleur endroit de la mission pour l’étude des langues chinoise et siamoise.

    Tout en refaisant sa santé, M. Thockler s’initia aux principes du chinois. Il avait fait des progrès assez sensibles, lorsque Mgr Vey, qui avait besoin d’un missionnaire pour le poste de Nakhon-xaisi, l’envoya exercer son zèle dans ce district. Son état de santé, d’ailleurs, s’était considérablement amélioré. A Nakhon-xaisi, les Chinois sont en somme peu nombreux. La chrétienté est composée surtout de descendants de Chinois, qui ont oublié pour la plupart la langue de leurs pères et ne parlent plus guère que le siamois. Force fut donc à M Thockler de l’apprendre lui-même. Il se mit à cette étude avec le zèle et l’ardeur qui le caractérisaient. Pendant plusieurs années, le jeune mission­naire se dépensa au salut de ses chrétiens sans compter avec la fatigue. Mais ce poste, avec toutes ses succursales si éloignées les unes des autres, était devenu trop pénible pour lui. Sa santé s’était d’ailleurs très affaiblie, et il avait dû venir à Bangkok demander une consultation au docteur de l’hôpital Saint-Louis.

    Ce fut avec un vrai plaisir qu’il se vit de nouveau nommé à Bang-­xang. M. Salmon lui procura de nouveau tous les soins que nécessi­tait la gravité de son état. Il put ainsi se rétablir suffisamment et travailler encore à la vigne du Seigneur. Justement M. Salmon voulait relever le poste de Me-klong, quelque peu abandonné pendant la cons­truction de son église. Il demanda à M. Thockler de s’y établir à demeure. Celui-ci y consentit d’autant plus volontiers que l’air de la mer paraissait lui faire du bien. Il travailla beaucoup dans ce poste, au point de vue spirituel surtout : les chrétiens devinrent plus fer­vents et plus zélés pour la gloire de Dieu. M. Jacques, comme ils l’appelaient, était devenu très populaire auprès d’eux. Ils l’aimaient, ou plutôt ils lui rendaient l’amour qu’il leur témoignait.

    Sou séjour à Me-klong eût sans doute porté de nombreux fruits s’il avait pu se prolonger plus longtemps, mais Mgr Vey, ayant besoin d’un professeur au séminaire, ne trouva personne plus digue de travailler à la formation des futurs prêtres du Siam que M. Thockler.

    C’est donc au séminaire que notre confrère passa les dernières an­nées de sa vie. Là, il déploya le même zèle et le même dévouement que dans tous les autres postes. Voyant que les ressources du séminaire lui permettaient à peine de vivre, il se fit relieur ; il apprit ensuite cet art aux plus grands élèves et ainsi, tout en procurant quelques res­sources au séminaire, il trouva un moyen pratique d’occuper très agréablement les loisirs des séminaristes, car beaucoup prirent goût à ce travail.

    Charmant confrère, aimant assez la plaisanterie, toujours prêt à rendre service, M. Thockler n’avait que des amis parmi les mission­naires du Siam : aussi sa mort fut-elle un deuil pour tous.

    Depuis quelques mois déjà sa santé déclinait à vue d’œil , lui seul ne s’en apercevait pas ; aussi fut-il grandement surpris, lorsqu’au commencement du mois de juin, Mgr Vey nomma M. Besrest pour le remplacer au séminaire. Jusque-là il avait fait régulièrement sa classe et il se croyait encore assez vigoureux pour continuer. Il fut quelque peu affecté par cette décision de l’autorité, mais il en prit vite son parti, d’autant plus que Sa Grandeur le laissait libre de rester au séminaire, où il se plaisait beaucoup. « Je continuerai mon petit travail. dit-il, je m’occuperai encore des élèves ; malgré tout je suis content. »

    Pauvre M. Thockler ! il ne se croyait pas si près de sa fin. Vers le 10 juillet 1907, il venait à Bangkok ; il y passa plusieurs jours et vou­lut retourner à Bang-xang, mais le docteur veillait. Sous un prétexte assez futile, il l’engagea à rester encore quelques jours avant de reprendre le chemin de son poste ; M. Thockler y consentit. Il se décida même à aller passer un certain temps à l’hôpital : il ne devait plus en sortir.

    Malgré les soins les plus éclairés et les plus dévoués, l’état du malade ne fit qu’empirer et, le 31 juillet, à 4 heures du soir, il rendait sa belle âme à Celui pour qui seul il avait vécu et tant travaillé.

    À ce moment suprême, il eut la douce consolation de voir autour de lui ses nombreux collaborateurs et amis. Les missionnaires de Bang­kok et des environs étaient accourus aussi à son chevet et purent dire un dernier adieu à leur ami qui partait pour un monde meilleur. Il reçut les derniers sacrements dans les sentiments de la plus grande piété et en parfaite conformité de volonté avec celle de Dieu. Le moribond avait conservé l’usage de toutes ses facultés jusqu’au der­nier instant. « Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur. »

    Les funérailles de M. Thockler eurent lieu le lendemain à l’église du Saint-Rosaire, en présence d’un immense concours de prêtres et de fidèles. Sa Grandeur Mgr Vey était en ce moment en tournée de confir­mation ; les obsèques furent présidées par M. Colombet, provicaire apostolique ; MM. Louis et Eugène Lætscher, compatriotes du défunt, faisaient diacre et sous-diacre ; les élèves du séminaire remplissaient les autres fonctions du service religieux. Les missionnaires présents étaient MM. D’Hondt, Guignard, Besrest, Krempf, Fouillat, Durand, Carrié, Bayle, Béchet et Houille. Le clergé indigène était représenté par MM. Mathias, Guillaume, Dominique et Etienne.

    La cérémonie fut très impressionnante et le chœur  a interprété les chants avec sentiment et avec une justesse remarquable. À la fin de la cérémonie, les restes furent inhumés au pied d’un petit autel de l’église du Saint-Rosaire. Beaucoup de couronnes furent déposées sur la tombe, puis la foule silencieuse et attristée se dispersa.

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2164
    • Pays : Thailande
    • Année : 1895