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Henri THOBOIS (1828-1889)

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    Encore un deuil, et un grand deuil dans la mission de Pondichéry . Un mois, jour pour jour, après la mort du vénéré P. Ligeon, nous avons à pleurer celle du bon P. Thobois .

    Né à Rieux-en-Cambrésis (Nord), le 22 février 1828, M. Henri-Auguste-Joseph Thobois était déjà prêtre quand il arriva au séminaire des Missions-Étrangères, le 8 septembre 1862. L’année suivante il fut destiné à la mission de Pondichéry .

    Depuis son arrivée en mission, il occupa des postes bien  divers, mais  partout  il sut s’attirer la profonde estime de ses supérieurs et la vénération de ceux qui lui étaient confiés. À Tolourpatty, à Karikal, au Grand-Séminaire, dont il fut supérieur pendant plusieurs années, à Prattacoudy enfin, où s’écoula la plus grande partie de sa vie de mission, nous l’avons toujours vu rempli d’un zèle admirable, entièrement dévoué aux devoirs de sa charge, austère envers lui-même , plein de condescendance pour les autres, d’une régularité exemplaire dans tous ses exercices : c’était vraiment pour tous le modèle du prêtre. Aussi sa perte a-t-elle été vivement ressentie par tous ses confrères, et par tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître. »

    Ce témoignage est confirmé par le vénérable Archevêque de Pondichéry, qui écrit : « Avec le P. Ligeon, le P. Thobois était une des colonnes de cette mission : toujours attentif et appliqué à son devoir, ne prenant aucun repos, malgré les infirmités dont il souffrait, pieux, zélé, prudent et intelligent, ferme et souple à la fois, il avait réussi dans tous les postes qui lui avaient été confiés, et plus particulièrement dans  le district de Prattacoudy.

    La population de ce district, orgueilleuse et turbulente, entachée de protestantisme, faisait mon désespoir. J’y appelai le P. Thobois, et bientôt le calme et la tranquillité se rétablirent. De temps en temps, pour les motifs les plus futiles parfois, la paix se troublait de nouveau, des partis hostiles se formaient, il semblait tout d’abord que tout allait se brouiller et se perdre ; mais le bon Père veillait ; sans prendre parti pour les uns ou pour les autres, il patientait, donnait à tous de bons avis, priait et faisait prier, et tout finissait par s’arranger. Dans ces occasions, il s’adressait particulièrement à sainte Thérèse, pour laquelle il professait une dévotion spéciale ; et il aimait à attribuer à sa protection les succès qu’il obtenait.

    Enfin, il acquit sur son peuple une influence assez grande, pour oser entreprendre de compléter l’église de Prattacoudy. C’était un monument singulier et curieux, le seul, à ma connaissance, qui reste de l’ancien système des premiers Pères jésuites du Maduré ; les Parias et  les  Pallars n’y avaient point accès, elle était réservée aux  seules castes nobles. Nous cherchions depuis longtemps le moyen d’y introduire les chrétiens des castes réputées viles; nous avions formé toutes sortes de plans ; mais il fallait un homme apte, et assez influent, pour en entreprendre l’exécution . Le P. Thobois fut cet homme ; aidé du P. Welter, il a pu mener à bonne fin la partie essentielle du travail; ce qui reste à faire n’est que du détail. C’est en ce moment que Dieu l’a appelé à Lui. Rien ne faisait prévoir cette catastrophe … »

    « La nouvelle de sa mort est arrivée à Pondichéry, presque en même temps que celle de sa maladie. Pendant la semaine sainte, il avait un commencement de fièvre, et se sentait très fatigué. Deux confrères du voisinage vinrent l’aider dans son travail. Le Jeudi Saint, il se confessa et voulut encore célébrer la sainte messe : ce fut pour la dernière fois. Après avoir achevé, avec peine, le saint Sacrifice, il écrivit quelques lignes à Mgr l’Archevêque, pour lui faire connaître son état et le prévenir que, le lundi suivant, il partirait pour Pondichéry. »

    « Il fut résolu, écrit le P. Grosborne, que le P. Ambroise l’accompagnerait. Le saint jour de Pâques, le cher malade communia encore à ma messe. Ce jour-là et le lendemain, il fut presque toujours levé. Il mangeait peu, il est vrai, mais la fièvre semblait tombée, il s’entre-tint même quelque temps avec les chrétiens. Le lundi soir, vers six heures, le P. Thobois, impatient de partir, se rendit à sa voiture le premier. Le P. Ambroise le suivit aussitôt, et ils partirent ensemble pour aller prendre le train de nuit. Pendant le trajet de Prattacoudy à Trichinopoly, rien qui pût faire redouter une complication. La fièvre l’avait repris, assez forte, il est vrai. Toutefois, arrivé à la gare (10 heures du soir), le P.Thobois préféra rester dans sa voiture, pour se reposer à l’aise jusqu’à l’arrivée du train. Alors le P. Ambroise le laissa seul ; l’heure du départ approchant, il vint l’appeler. Il trouva notre cher malade dans la position où il l’avait laissé, mais sans connaissance : l’agonie avait commencé. Aussitôt il se rendit chez les PP. Jésuites ; il était 1 h. ½ du matin. On s’empressa de descendre le malade, que l’on déposa sur le canapé du parloir. Le P. de Ribains accouru, donna une dernière absolution et l’extrême-onction. À 2 heures, le cher malade avait rendu le dernier soupir, sans reprendre connaissance. Le bon Dieu a voulu lui épargner les angoisses et les appréhensions du dernier moment, ce qu’il semblait redouter ; Il l’appela presque subitement. Mais le cher malade était préparé depuis longtemps à répondre à l’appel du Maître. Aussi peut-on dire que sa mort est précieuse devant Dieu. On croit qu’il a succombé à une congestion cérébrale.

    « Son corps fut aussitôt ramené à Prattacoudy. Dès qu’il fut préparé et revêtu des habits sacerdotaux, on le porta à l’église ; une messe des morts fut chantée à 8 heures, et le corps resta exposé dans la nef. Dès que la nouvelle se fut répandue, les chrétiens accoururent de tous les coins du district ; les funérailles ont eu lieu le mardi soir à 5 heures. La désolation est générale ! »

    Le lendemain 24 avril, les chrétiens envoyaient à Mgr l’Archevêque de Pondichéry, une supplique qui est encore le plus bel éloge du défunt :

    « Les chrétiens de Prattacoudy baisent humblement les pieds de Sa Grandeur Mgr Laouënan, archevêque de Pondichéry, implorent sa bénédiction, et lui adressent la supplique suivante :

    « Le Très Révérend Père Thobois (en tamoul Soucénader) a été chargé du soin de nos âmes pendant près de 15 ans. Grâce à son zèle, nos âmes n’ont jamais manqué de rien ; bien plus, il a aussi soigné nos corps, et a secouru, avec grande générosité, les chrétiens pendant les horreurs de la famine.

    « Il nous est impossible de dire tous les secours que les nouveaux chrétiens, les malades et les pauvres en général ont reçus de sa charité.

    « Notre église lui est redevable de nombreux objets, tels que statues, tableaux.

    « Ce bon Père, voyant combien notre église était petite pour la population, a pris des peines incroyables, et dépensé des sommes considérables pour la rendre grande et belle. Hélas! ce Père vénéré vient de nous quitter. Il est mort hier, 23 avril, et hier même nous l’avons enterré, devant une foule immense de chrétiens, et le plus solonnellement qu’il nous a été possible.

    « Le P. Legoust a laissé parmi nous le souvenir de tant de bienfaits, que sa mémoire vit toujours, et est impérissable. Ainsi en sera-t-il du Père bien-aimé que nous venons de perdre.

    « Monseigneur, ayez pitié de vos pauvres enfants : daignez nous envoyer bientôt un prêtre dans lequel nous retrouvions celui que nous avons perdu ; qui, comme lui, soit plein de zèle pour le salut de nos âmes, et qui continue les travaux entrepris par le R. P. Thobois. »

     

    • Numéro : 839
    • Pays : Inde
    • Année : 1863