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Georges THIOLLIÈRE (1878-1935)

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    C’est au sud-est de Saint-Etienne et à l’ouest du Mont Pilat, à Tarentaise, que le 29 janvier 1878 naquit M. Georges-Joseph Thiollière. Surtout depuis la guerre de 1914, dans le voisinage de la grande ville, les exigences de l’urbanisme ont modifié l’aspect des lieux, et le moulin familial a disparu. A quelque mille mètres d’altitude, montagnes et forêts avoisinantes forment un cadre grandiose, qui, comme à son insu, inculquèrent au futur mission­naire un amour profond de la nature, mais aussi une répulsion instinctive pour tout ce qui était factice.

    À Tarentaise, les Thiollière, propriétaires terriens, possédaient de belles forêts ; au dire de notre confrère, son grand-père avait fourni les bois de construction au Bienheureux Champagnat, qui à quelques kilomètres au sud-est de la Valla, avait inauguré son Institut des Petits Frères de Marie. Georges était l’aîné d’une famille nombreuse et aussi très chrétienne : à Tarentaise, pour rien au monde, on n’eût omis la prière en commun. Sa parenté compte plusieurs prêtres et religieuses. La mère de notre mission­naire, née Planchet, était proche parente d’un Lazariste du même nom, bien connu des Missionnaires de Chine. Avant la naissance de son aîné, la pieuse mère s’était spécialement recom­mandée à Saint-Jean-François Régis. En reconnaissance de la protection obtenue, quand Georges eut 9 ans, la mère et le fils firent le pèlerinage de la Louvesc ; événement en des temps où on voya­geait peu, mais évènement plus grand encore pour l’enfant qui dûment endimanché, effectuait sa première sortie loin du  foyer paternel.

    Encore jeune, Georges entra dans une des nombreuses écoles cléricales, ces fertiles pourvoyeuses en vocations sacerdotales pour le diocèse de Lyon et les Missions. Deux années durant, il eut là pour condisciple André Massardier, aujourd’hui missionnaire à Vinh. Au sortir de l’école cléricale, ce fut le petit séminaire de Saint-Gildas. Des condisciples de Georges, un autre aussi se con­sacra aux Missions : M. Fressenon, mort à Fukuoka au début de 1936. Après Saint-Gildas, ce fut Alix, d’où notre séminariste sortit bachelier en philosophie scolastique. Sa philosophie achevée le 16 septembre 1898, Georges entra tonsuré au Séminaire des Mis­sions-Etrangères. Prêtre le 21 septembre 1901, il partit de Paris le 13 novembre suivant pour la Mission du Kouang-Tong, en Chine.

    Le Kouang-Tong : à chaque départ, quelques missionnaires y étaient alors envoyés : car jusqu’en 1914, la Mission se confondait ou presque avec la province civile du même nom. Aujourd’hui, 10 Missions s’y partagent un terrain vaste comme la moitié de la France. En ce temps-là, si les jeunes missionnaires pouvaient rester aux environs même de Canton, ils risquaient aussi d’être envoyés vers les frontières du Kouang-Si ou du Fou-Kien, vers le Hou-Nan ou le Kiang-si ou encore vers les limites du Tonkin. Ce fut là , dit-on, qu’on songeait à  envoyer M. Thiollière faire ses premières armes. Mais de fait, il fut désigné pour le Liouc-Foung « dans l’est », comme on appelait alors Swatow et les régions qui aboutissent à ce port. C’était un nouveau voyage de 10 à  15 jours..

    Content de sa destination, M. Thiollière jette un dernier regard sur les nombreuses barques de tous systèmes où grouille la four­millière humaine qu’est à ses yeux Canton ! Tout à la joie de quitter cette atmosphère, disent ses notes, il regagne Hongkong et de là Swatow. Observateur, il remarque que, des diverses nations présentes à Swatow, seule la France par ses fils y répand une influence spirituelle ; ses confrères, il les voit unis entre eux, et tout à leurs ouailles. Vapeur, barques, chaise à porteurs, enfin cheval conduisent notre voyageur de Swatow à Liouc-Foung.

    Là, une réception chinoise l’enthousiasme : « Braves vieux, braves gens, bons monta-gnards » note-t-il, et le 16 janvier 1902, à P’ac-Chac, il signe son premier baptême, comme vicaire du futur Mgr Rayssac. La force des choses sépare curé et vicaire. Séparation nécessaire, car la sous-préfecture est grande ; les stations qui comptent un total de 2.800 chrétiens sont très nombreuses et dans la partie échue à M. Thiollière les montagnes accroissent encore les difficultés. Et pourtant, en 1903-1904, nos deux missionnaires baptisent 70 adultes. Peu après, au soir du 7 septembre 1904, arrivait à la résidence de M. Thiollière, son successeur. La poste était loin d’être régulière, c’est pourquoi Mgr Mérel avait préféré le  courrier qui apportait au missionnaire l’annonce de son changement.

    Pour propager la religion dans les grands centres, disait S. Excellence, M. Thiollière devrait se rendre au Foui-Lai aider M. Becmeur. Après le Hac-ka, c’était pour notre confrère une nouvelle langue à apprendre, le Hoc-lo. Il y avait au Foui-Lai moins de chrétiens qu’au Liouc-Foung sans doute ; mais l’exercice précédent, M. Becmeur venait d’y baptiser 225 adultes. Dans ce nouveau champ d’apostolat, M. Thiollière ayant donné les preuves qu’il pouvait travailler seul, on lui confiait en 1909 le dis­trict de Tchac-Pou, près de Kityang.

    En 1920, nouveau déplacement : il quittait Tchac-Pou pour le district limitrophe de T’aé-Yong, et devait y rester treize ans. Aussitôt arrivé, il édifie une nouvelle résidence spacieuse ; bien exposée, et surtout grandement appréciée des confrères de la plaine, qui en font chaque année leur station d’altitude préférée. Pendant quelques semaines, M. Thiollière jouissait ainsi de la compagnie de ses visiteurs.

    En 1928, Mgr Rayssac réduisit son district à la seule partie montagneuse, avantage qui donnait au missionnaire un voisin à 2 h ½  de chez lui. Vers 1930, notre confrère vécut des mois d’anxiété : les derniers communistes voulurent profiter des avan­tages géographiques de T’aé-Young pour s’y établir. Le missionnaire n’était plus en sûreté. La prudence exigeait de lui qu’il changeât souvent de domicile pour éviter de tomber entre leurs mains.

    Fatigué par ces déplacements continuels, un retour en France s’imposait ; il y arriva en octobre 1933. La joie de revoir les siens et les bons soins que lui prodigua sa famille eurent vite fait de le remettre sur pied. Quand il parla de retour, d’instantes et multi­ples sollicitations lui furent faites de rester en France ; ce fut en vain. Se sentant suffisamment rétabli, il décida de s’embarquer à Marseille en décembre 1934 ; et, en janvier 1935 il arriva à Swa­tow avec M. Coiffard, son compagnon de traversée. Chacun le trouva vieilli, sans pour autant y attacher plus d’importance.

    Mgr Rayssac lui causa une grande joie en le nommant à Shong San, à quelques kilomètres de P’ac-Chac, le berceau de sa vie apostolique. Ce nouveau poste lui donnait la possibilité de suivre un régime favorable à sa santé. De tout cœur, il se donne à la besogne ; chaque famille reçoit la visite du pasteur ; certains traînards reprennent le chemin de l’église, et, chaque dimanche les enfants ont leur instruction catéchistique. Toutefois il éprouve bientôt une grande difficulté pour absorber le Précieux-Sang. Peu après il eut des faiblesses que les chaleurs ne firent qu’accroître ; son état général devint si faible qu’un matin en retournant à la sacristie, il s’effondra sur une chaise : c’était le 31 juillet 1935. Sans s’en douter, il venait de célébrer sa dernière messe. M. Thiollière ayant conscience de la gravité de sa maladie, écri­vit lui-même une dernière lettre aux siens, donna l’adresse de ceux à qui on devait annoncer son décès ; et le 17 août, après avoir reçu l’Extrême-Onction il attendit la mort.

    Au dire de Bergson, la joie est le signe certain qu’un homme a accompli sa destinée. Cette paraphrase de 1’« inquietum cor » de saint Augustin pouvait revenir à l’esprit de ceux qui entou­raient M. Thiollière : les ayant remarqués affectés, le moribond lui-même les consola en disant : « On ne devrait pas être triste pour mourir. » Notre confrère se réjouissait d’aller à Dieu, revoir son « bon papa », sa « bonne maman », ceux aussi de la Mission de Swatow, morts comme lui au champ d’honneur ; car sa fidé­lité à sa vocation lui fut alors un sujet de consolation. Mais Dieu lui en ménageait encore d’autres. Le 20 août, il recevait de sa famille la lettre coutumière qu’il n’avait osé espérer lire, et le soir du même jour, c’était la visite de son évêque, Mgr Vogel, accompagné de MM. Veaux, Favre et Le Page. À marches forcées, Monseigneur arrivait de l’extrême limite de sa Mission pour bénir le mourant. Son Excellence tenait à faire ses adieux à son confrère et ancien condisciple de Paris ; elle voulait aussi témoigner sa reconnaissance à son infirmier bénévole, M. Marie. Celui-ci était venu à Shong-San pour se reposer, mais voyant M. Thiollière très gravement malade, il renonça à ses vacances pour se fixer au che­vet du moribond avec le dévouement que connaissent bien ceux qui sont passés à Béthanie. Obligé de regagner Swatow, Son Excellence était déjà partie, quand le mardi 27 août à 13 h. ½  , entouré de MM. Marie, Rivière et Guesdon, M. Georges-Joseph Thiollière rendait son âme à Dieu, après avoir passé moins d’une journée dans le coma. Il avait souhaité une maladie à évolution rapide. Dieu semble l’avoir exaucé. Du moins quand la mort se présenta, il ne lui fit pas grise mine ; comme on accueille une visite attendue, il reçut cette envoyée de Dieu, simplement, comme il avait vécu.

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2608
    • Pays : Chine
    • Année : 1901