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Jules TEURTRIE (1850-1892)

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    M. Jules Teurtrie, du diocèse de Coutances, naquit à Cérisy-la-­Forêt, le 28 mai 1850. Il fit ses humanités au petit séminaire et collège diocésain de Saint-Lô, sous la direction des Pères de l’Ora­toire. Il entra ensuite au grand séminaire de Coutances, mais n’y demeura guère qu’une année. Le bon Dieu l’appelait aux Missions ; il dit adieu à sa pieuse mère, partit pour Paris et continua ses études théologiques à la rue du Bac : c’est là qu’il reçut tous les ordres.

    Nommé professeur au Collège général de Pinang, il s’embarqua à Marseille, le 14 juillet 1875. On ne tarda pas à s’apercevoir que l’en­seignement était pour lui sans attraits, et que la vie active répondrait mieux  à l’ardeur de son caractère. Il fut donc envoyé dans la Mission du Kouang-tong, en 1882. Il y a travaillé avec zèle pendant 10 ans, et y est mort le 15 février 1892, assisté par le Père Wong, son vicaire, ancien élève de Pinang. Voici en quels termes cet excellent prêtre indigène racontait à Mgr Chausse, la maladie et les derniers moments de notre confrère :

    Le 12 février, le Père Teurtrie me fit appeler. Je me rendis en hâte auprès de lui : la pâleur de la mort était déjà sur son visage. Il faut que je parte le plus tôt possible pour le Sanatorium de Hong-­kong, me dit-il, car je suis sérieusement atteint, cette fois. Hélas, il ne fallait pas songer à partir ; la faiblesse du bon Père était trop grande... Je lui fis prendre quelques remèdes du pays, mais nous nous aperçûmes bientôt que tout espoir était perdu : les signes avant-coureurs de la mort s’accentuaient d’heure en heure. J’envoyai chercher le Père Laurent, le plus proche voisin du Père Teur­trie : on ne le trouva pas chez lui, des affaires importantes l’ayant appelé à 25 lieues de sa résidence. Je dus alors prendre sur moi de déclarer au cher malade la gravité de son état et de l’inviter à se préparer au grand passage de ce monde à l’éternité. J’entendis sa confession dans la matinée du 13 ; le 14, il voulut faire un nouvel aveu de ses fautes. Dès lors, ses souffrances devinrent insuppor­tables et ne cessèrent pas de toute la nuit. Le 15, après lui avoir donné l’Extrême-Onction, je l’exhortai de mon mieux à faire le sacrifice de sa vie et lui donnai l’indulgence plénière in « articulo mortis. À 10 heures du matin, il rendit son âme à Dieu, pendant que les chrétiens, rassemblés autour de son lit, récitaient avec moi les prières des agonisants. C’est ainsi que notre très bon Père a quitté la terre pour aller au ciel, après avoir travaillé de toutes ses forces au bien des âmes qui lui étaient confiées et qu’il aimait de tout son cœur. Le corps du défunt est demeuré exposé, pendant trois jours, dans la chapelle de la résidence, et les chrétiens n’ont pas cessé de prier auprès de la dépouille mortelle de leur regretté Père en Dieu.

    Mgr de Capse écrit de son côté : Le P. Teurtrie était miné, depuis longtemps, par une maladie d’estomac qui lui inspirait du dégoût pour toute nourriture, Il allait retourner au sanatorium de Hong­-kong, où il avait fait un court séjour, l’an passé, et où il avait retrouvé une partie de ses forces, quand la mort est venue nous l’enlever, à Tai-ha-tsia, district du Loc-fung. À plusieurs reprises, j’avais eu la pensée de changer notre cher confrère de district, pour adoucir sa situation et lui permettre de soigner un peu sa santé, mais le Loc-fung avec ses montagnes abruptes, avec ses habitants, simples et travailleurs, avait tellement captivé son cœur que je lui aurais causé une peine très vive en exigeant qu’il le quittât. D’un caractère enjoué, parfois même enfantin, il aimait dans les jours de repos à grimper sur les plus hauts sommets, et, là, de toute la force de ses poumons, à jeter aux échos des vallées les cantiques et les chants de sa Normandie. Il redescendait toujours de la mon­tagne content et soulagé.

    Ces élans d’expansion étaient un besoin pour son cœur trop souvent assombri par la maladie et les soucis que la persécution de 1884 lui avait créés. Au Loc-fung, plus que partout ailleurs peut-être, les chrétiens avaient subi le contre-coup de la guerre franco-chinoise. Les conversions si nombreuses avant la guerre, devinrent bientôt très rares ; des chrétiens encore jeunes dans la foi, se voyant poursuivis et pillés à cause de leur religion, perdirent leur première ferveur et abandonnèrent la pratique de leurs devoirs. Il fallait les ramener, ce qui n’était pas chose facile. Que dire, en effet, à ces pauvres gens, quand ils vous montraient les ruines amoncelées autour d’eux ? Où trouver des accents capables de consoler ces cœurs  profondément affligés de la perte de leurs biens temporels ? Le P. Teurtrie, grâce au zèle qui le dévorait, réussit à les ramener à Jésus-Christ.

    Cependant une famille était restée sourde à toutes ses exhortations ; Dieu lui-même se chargea de la convertir. La maladie frappa successivement tous les membres de cette famille à moitié apostate : le châtiment de Dieu parut si évident que le maître de maison s’empressa d’envoyer au missionnaire un courrier chargé de lui dire : Père spirituel, nous avons péché, le bon Dieu nous a punis : venez nous réconcilier avec Lui. Le P.Teurtrie tressaillit de joie, à cette nouvelle. J’avais tout fait pour ramener cette famille, me disait-il à son dernier  voyage ; le bon Dieu ne l’a rendue. Je suis content.

    Depuis son arrivée dans la Mission, ajoute Mgr Chausse, le P. Teurtrie n’avait pas quitté le Loc-fung : c’est là que son zèle s’est exercé, pendant dix ans. Ardent, pieux, affable et confiant envers ceux qui savaient le comprendre, il se montra toujours l’enfant docile de ses supérieurs. Il a succombé inopinément, au cours d’une administration : on peut dire qu’il a travaillé jusqu’au dernier moment et qu’il est mort sur la brèche. Je perds en lui un ouvrier dévoué et charitable. Que Dieu lui accorde la récompense éternelle !

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1257
    • Pays : Malaisie Chine
    • Année : 1875