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Henri TESSON (1865-1933)

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    Ce fut le 20 juillet 1865 à Saint-Julien-sur-Sarthe, diocèse de Séez en Normandie, que Henri-Victor Tesson vit le jour. Toujours humble et réservé, notre confrère ne nous a laissés aucun renseignement sur son enfance, sa vie de petit Séminariste, non plus que sur sa famille.

    Entré au Séminaire des Missions-Étrangères, l’aspirant fut dès son arrivée, ce qu’il devait rester sa vie entière, un séminariste accompli, cherchant à passer inaperçu, ponctuellement fidèle à son règlement, et en tout d’une assiduité qui ne se démentit jamais,

     

    Ordonné prêtre dans la chapelle du 128 de la rue du Bac, le 21 septembre 1889, il partait pour la Mission de Pondichéry le 11 décembre suivant. Dès son arrivée, le jeune missionnaire fut nommé professeur au Collège Colonial : ses anciens élèves n’ont pas oublié son aimable bonté, son dévouement, et gardent fidèlement et affectueusement le souvenir de leur ancien maître.

     

    Après une dizaine d’années, toutes consacrées à l’enseignement, notre confrère fut appelé à exercer son zèle dans divers districts de la Mission en particulier à Erayur, où il demeura de longues années comme vicaire ; partout il se dépensa sans compter. Vers la fin de sa vie, envoyé à Karikal comme Directeur de l’Ecole paroissiale, tout en formant la jeunesse aux vertus chrétiennes, il consacra ses loisirs au saint ministère, et devint ainsi un précieux auxiliaire pour le curé. A l’école, il s’était réservé la classe des tout petits, à qui il apprenait à lire et à prier. Sa bonté, sa condescendance pour ses bambins lui avaient attiré la sympathie, non moins que l’admiration des parents, et dans tout Karikal on connaissait et on aimait ce cher M. Tesson toujours prêt à rendre service à tout le monde, petits et grands

     

    Cet excellent missionnaire fut toute sa vie, et avec la ponctualité du séminariste, d’une régularité exemplaire dans tous ses exercices de piété. Il prenait un soin particulier à bien faire ses lectures spirituelles, et avoua un jour à l’un de ses confrères qu’il avait lu et relu la Perfection chrétienne de Rodriguez, au point de la savoir à peu près par cœur ; il ne se bornait pas d’ailleurs à la savoir, mais il la pratiquait. Et, comme Pie X l’a dit de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, sans rien faire de bien extraordinaire, M. Tesson, par une fidélité constante à son devoir, était arrivé à surnaturaliser tous ses actes les plus ordinaires.

     

    Modèle de régularité et d’une humilité qui lui faisait mettre en pratique le « Ama nesciri et pro nihilo reputari » de l’Imitation, il fut aussi un exemple de charité. Bon pour tous, il avait soin de se dévouer, de s’oublier lui-même, faisant surtout ses délices d’assister et de secourir les pauvres et les miséreux. Sans être précisément expansif, il était agréable dans ses conversations, mais jamais ne se permettait la moindre critique ou le plus léger blâme à l’égard du prochain.

     

    Pendant de longues années, M. Tesson eut beaucoup à souffrir de son estomac délicat, mieux vaut dire délabré : à cette affection chronique et douloureuse, vint s’ajouter la tuberculose des poumons. Un retour en France lui fut imposé, pour tâcher d’obtenir quelque soulagement, sinon la guérison complète ; il arriva donc au sanatorium de Montbeton en mai 1932. Escomptant un meilleur résultat en allant respirer le bon air de Normandie, où l’attendait sa sœur, dont il connaissait l’entier dévouement, il passa par Paris afin d’y voir et d’y consulter quelques bons docteurs ; ausculté et examiné par plusieurs médecins, tous furent unanimes à déclarer que sa tuberculose pulmonaire était trop avancée pour qu’il y eût quelque espoir de guérison.

     

    Son séjour au pays natal, les soins si dévoués dont il fut l’objet de la part de sa sœur, apportèrent une certaine amélioration à son état mais les fraîcheurs de septembre provoquèrent, chez notre malade des hémorragies qui l’obligèrent à regagner Montbeton. Là survinrent de nouvelles crises d’hémoptysie et notre confrère dut garder la chambre ; jusqu’au 15 décembre il eut la joie de célébrer la sainte Messe, mais à partir de ce jour-là, il fut obligé de s’aliter. Chaque jour on l’étendait sur une chaise longue durant quelques heures, et il en profitait pour faire ses dévotions et réciter son bréviaire. Jusqu’à l’extrême limite de ses forces il est resté fidèle à ses exercices de piété.

     

    Son état s’aggravant, le 25 janvier 1933, le malade reçut les­ derniers Sacrements, avec un profond esprit de foi et une entière résignation à la sainte volonté de Dieu. Il vécut deux mois encore, endurant son mal avec une patience des plus édifiante. Toujours couché sur le même côté, des plaies douloureuses se formèrent qui le faisaient bien souffrir et le jour et la nuit. « C’est mon purgatoire » répétait-il. Espérons que dans sa miséricorde infinie le Souverain Juge aura tenu compte de ce long martyre et de cette expiation si joyeusement acceptée, pour recevoir aussitôt dans son Paradis notre cher et regretté confrère qui, le 18 mars, sans secousse et presque sans agonie, rendit su belle âme à Dieu.

     

     

    • Numéro : 1875
    • Pays : Inde
    • Année : 1889