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Alexis TESSIER (1841-1901)

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    Né le 4 juillet 1841, à Guédeniau, diocèse d’Angers (Maine-et-Loire), M.Alexis Tessier reçut une éducation très chrétienne au foyer paternel. Il avait seize ans lorsqu’il fut placé au petit séminaire de Combrée. M.Artif, fidèle ami du cher défunt, nous raconte la jeunesse studieuse d’Alexis dans les termes suivants.

    « À la rentrée d’octobre 1857, au collège de Combrée, nous vîmes parmi les nouveaux du cours de cinquième un grand et beau garçon de seize ans, dont la taille approchait de celle d’in homme. Il avait la poitrine large, les épaules robustes, le teint vermeil, les cheveux blonds, abondants et bouclés, la bouche fine et souriante. Dans ses yeux bien ouverts, on lisait facilement une tendance à la malice. Au joyeux accueil que nous lui fîmes, il répondit  avec une sincère cordialité.

    Ce nouveau était Alexis Tessier. Plus âgé que nous de trois ans, n’ayant point connu la dissipation à laquelle la plupart des collégiens se laissent aller jusque vers quatorze ou quinze ans, il était d’un sérieux qui nous étonnait : il observait strictement le silence, ne perdait jamais de temps en étude, écoutait bien en classe, savait toujours ses leçons, soignait ses devoirs : en un mot , il était un vrai modèle pour ses quarante camarades de cinquième qui aimaient tous plus ou moins à rire et à s’amuser. Cela , du reste, n’empêchait pas Alexis d’être à ses heures un gai compagnon. Il avait même le rire très communicatif, surtout lorsqu’il décochait une malice à Pierre ou à Paul. Au point de vue de ses études, il était un des meilleurs élèves, et, jusqu’à la fin de ses humanités, il soutint sa réputation bien méritée d’intelligence, de piété et de régularité.

    Pendant l’année de philosophie, il étudia très sérieusement sa vocation, et d’après les conseils de son directeur, le bon P.Piou, il résolut de se consacrer à l’évangélisation des infidèles. Au mois d’août 1863, il quitta le collège avec le premier accessit d’excellence et le diplôme de bachelier-ès-lettres. Deux mois plus tars, il entrait au séminaire des Missions Etrangères en compagnie de quatre de ses condisciples.

    Il fit des études théologiques et reçut tous les ordres à la rue du Bac. Ordonné prêtre le 26 mai 1866, par Mgr Theurel, coadjuteur du Tonkin occidental, il quitta Paris le 15 juillet suivant avec neuf autres missionnaires, parmi lesquels se trouvait M.Pineau, son compatriote et camarade de collège, destiné comme lui à la mission du Tonkin méridional, et aujourd’hui vicaire apostolique de cette mission.

    Partie de Marseille le 19 juillet, la bande apostolique arrivait à Hong-Kong le 24 du mois d’août. La traversée avait été bonne pour tous, excepté pour M.Tessier, qui eut beaucoup à souffrir du mal de mer. En outre, à peine débarqué à Hong-Kong, il tomba gravement malade de la fièvre typhoïde, et ses confrères durent le veiller la nuit pendant une semaine.

    Le 20 octobre, il quittait la Procure Générale avec Mgr Theurel, M.Frichot, M.Pineau et 4 jeunes confrères destinés au Tonkin occidental, pour se rendre à Macao, où une jonque chinoise attendait l’évêque et les missionnaires, et devait mettre le cap avec eux sur le Tonkin.

    Le voyage fut heureux. Le 18 novembre, Mgr Theurel et ses compagnons abordaient à Tra-ly , et descendaient à terre pendant la nuit. C’est à Tra-ly que l’évêque d’Acanthe apprit la mort de Mgr Jeantet, dont il était coadjuteur. Après deux jours de repos au presbytère de Tra-ly, les ouvriers apostoliques se rendirent tous ensemble à Ke-so, chef-lieu de la mission du Tonkin occidental, d’où M.M. Frichot, Pineau et Tessier ne tardèrent pas à se mettre en route pour Xa-doai, centre de la mission du Tonkin méridional.

    Entre Thanh-hoa et Nghe-an, la barque des missionnaires dut s’arrêter, pendant huit jours, au milieu d’une foule d’autres barques, par suite du manque d’eau dans le canal. Ce temps parut très long aux trois voyageurs, qui étaient obligés de se tenir cachés toute la journée à fond de cale et ne pouvaient monter sur le pont qu’à la nuit. La difficulté était de franchir la douane de Cua-lo, port de mer situé à l’embouchure de la rivière de Xa-doai. Un douanier vient visiter la barque. Le catéchiste Ha lui offre vin de rie, bétel et tabac. Pendant la visite qu’ils trouvent plutôt longue, les trois missionnaires sont cachés au fond de la barque, derrière des ballots de coton. Mais le douanier a du flair : « Qui sait, dit-il, au catéchiste, si, derrière ces ballots, il n’y a pas d’Européens cachés ? – Bah ! riposte celui-ci, ils sont déjà bien assez nombreux dans le pays, ce n’est vraiment pas la peine d’en introduire d’autres . » Le douanier paraît convaincu ; il n’insiste pas et se retire.

    À Xa-doai, M.Croc, provicaire de la mission, et M.Michaud, prévenus de l’arrivée des trois nouveaux confrères, viennent au-devant d’eux et les conduisent à l’église, où élèves du séminaire et  chrétiens sont déjà réunis pour les recevoir.

    Après quelques semaines de repos, M.Tessier est envoyé avec M.Pineau à Trang-nua, village situé à une demi-heure de Xa-doai, pour y étudier la langue. Un peu plus tard, il est placé à Ké-dong dans la province de Ha-tinh. A peine arrivé là, le jeune missionnaire va trouver le mandarin du pays, et le prie de modérer le zèle d’un chef de canton trop ardent dans sa haine contre les chrétiens. Le mandarin fait droit à sa réclamation.

    Au moment même où commençait son ministère apostolique, on apprend la prise des trois dernières provinces de Basse-Cochinchine par l’amiral de la Grandière. Bientôt le Nghe-an est à feu et à sang ; 29 villages chrétiens sont livrés aux flammes. Déjà au Ha-tinh, on forge des lances, on lève des troupes, on ouvre des routes dans la région montagneuse ; les lettrés veulent à tout prix imiter leurs frères du Nghe-an. Les mandarins les retiennent et M.Tessier peut faire la visite de ses chrétientés. Mais partout où il va, les chrétiens se croient obligés d’avertir le mandarin de sa présence pour se mettre eux-mêmes à couvert : quelques villages n’osent même pas le recevoir. Notre confrère se rend alors à Trai-lé, où il passe le carême de 1868 et célèbre la fête de Pâques à Cu-lam. L’effervescence grandissant toujours, il est obligé de se réfugier à Xa-doai.

    Il y reste jusqu’au mois d’août de cette même année 1868, et assiste au sacre de Mgr Croc, nommé évêque de Laranda et coadjuteur de Mgr Gauthier. Il en repart  le 17 août, visite Trai-lé et s’établit à Du-loc au sud de la province de Ha-tinh. Toujours ardent, M.Tessier parcourt, l’une après l’autre, les différentes paroisses de cette sous-préfecture. Du 1er au 15 janvier 1870, il prêche à Qui-hoa, le jubilé extraordinaire accordé par Pie IX à l’occasion du Concile du Vatican ; il séjourne aussi quelques temps à Ho-cau.

    Le 2 octobre de la même année, Mgr Gauthier lui assigne le district de Ngan-ca, et il s’installe à Qui-chinh, d’où il rayonne de tous côtés répandant la divine semence, confessant, administrant les sacrements, visitant les moribonds et ramenant une foule d’égarés au bercail.

    Il était occupé à visiter le poste de Dua (Lang), quand le vicaire apostolique le désigna pour accompagner Mgr Croc au Binh-chinh. Là, il fut chargé d’abord de l’orphelinat de Saint-Nicolas situé près de Huong-phuong, mais la direction de cet établissement ne suffisait pas à absorber l’activité du missionnaire, qui suivit plus d’une fois le coadjuteur dans les tournées pastorales et fit même tout seul l’administration de certaines chrétientés.

    En 1873, l’orphelinat Saint-Nicolas fut transféré chez les religieuses Amantes de la Croix, et M.Tessier vint se fixer, avec Mgr Croc, à la résidence de Huong-phuong. Plus que jamais, alors, il reprit ses courses apostoliques, allant là où sa présence paraissait nécessaire ; il gouvernait aussi le district en l’absence de Mgr Croc.

    Sur ces entrefaites, l’expédition du commandant Garnier et la politique néfaste de l’homme qui lui succéda venaient de soulever une nouvelle tempête. Les établissements de la mission étaient menacés d’une ruine totale, et bon nombre de chrétiens avaient été massacrés. La situation s’aggravait de jour en jour : il n’y avait plus à hésiter, et il ,fallait envoyer quelqu’un à Saïgon  pour demander secours à l’amiral gouverneur. M.Tessier fut chargé de remplir cette délicate mission.

    Notre confrère attendait une occasion favorable pour prendre la mer à Cua-gianh, quand M.Felix Marie y arriva avec 80 de ses chrétiens, que la persécution avait forcés de quitter  Manh-son pour chercher un refuge à Saïgon. M.Tessier monta sur la jonque de M.Marie. Partis de Cua-gianh le 18 mai 1874, les deux confrères, après avoir échappé aux pirates chinois qui les poursuivaient, atteignirent Saïgon le 27. Ils furent reçus à bras ouverts par Mgr Colombert et les missionnaires de Cochinchine occidentale.

    Cependant la situation ne tardait pas à devenir intenable au Tonkin méridional ;: le fer et le feu dévastaient la mision, et Mgr Gauthier, craignant une destruction complète, se hâtait d’envoyer à Saïgon la plupart de ses missionnaires avec des prêtres indigènes et des élèves du collège. Le vicaire apostolique et son coadjuteur restaient sur la brèche pour défendre le troupeau, l’un au Noed, l’autre au Sud, disposés tous deux à donner leur vie pour leurs brebis. Mgr Gauthier n’avait gardé auprès de lui, au Nghe-an, que MM.Reyssac, Hermabessière et Blanchard.

    Tout à coup les choses changèrent de face. Nos chrétiens, qui acceptent volontiers le martyre, n’étaient pas tenus de se laisser égorger par de vulgaires brigands. Ils organisèrent la résistance et dispersèrent les rebelles, après leur avoir infligé de nombreuses et sanglantes défaites. La Propagande elle-même félicitera les deux évêques et les missionnaires d’avoir appris à leurs chrétiens, par la parole et par l’exemple, à combattre les combats du Christ : « exemplo et verbo optima pro Christo praelia certare christianos ducuerunt »

    De son côté M.Tessier ne restait pas inactif à Saïgon. A peine arrivé, il était allé trouver l’amiral Krantz et lui avait présenté un rapport sur la situation. Quelques jours après, sur la demande du gouverneur, M.Tessier montait à bord du Montcalm qui devait faire une croisière le long des côtes d’Annam. Le missionnaire eut ainsi l’occasion de revoir Mgr Croc au Bo-chinh. Rentré à Saïgon au mois de mai, il présenta un nouveau rapport à l’amiral sur l’état de la mission. Dans cette seconde pièce, M.Tessier s’appliquait à réfuter les calomnies des mandarins et des lettrés contre les chrétiens, qui étaient accusés d’avoir provoqué eux-mêmes les troubles au Nghe-an et au Bo-chinh.

    Notre confrère ne put revenir au Tonkin méridional qu’au printemps de 1875. Vers la fin de cette même année, il prêcha le Jubilé dans les paroisses de Van-loc, Quichinh, Hoi-yen et Ke-tran. De 1876 à 1880, il administra successivement les districts de Hoi-yen, de Quinh-luu et de Binh-chinh.

    Depuis longtemps  déjà, la santé de M.Tessier donnait des inquiétudes, et la dysenterie, qu’il avait contractée en Cochinchine, épuisait insensiblement ses forces. Il dut se rendre au sanatorium de Hong-kong où il séjourna pendant un an sans éprouver aucun soulagement. Les médecins prescrivirent alors un voyage en France : c’était en 1881. La traversée fut très pénible, et le cher malade, en arrivant à Suez, se trouva si affaibli que le commandant du paquebot jugea prudent de le débarquer. Admis à l’hôpital dirigé par les Reeligieuses du Bon Pasteur d’Angers, il y reçut les soins les plus dévoués pendant 42 jours, après lesquels il put reprendre la mer pour gagner Marseille.

    L’air du pays natal lui rendit bientôt les forces nécessaires pour suivre l’avis du médecin qui lui conseillait les voyages. Il se mit donc en route, parcourut l’Anjou, visita Paris, Bolognano et Rome, où il eut le bonheur d’obtenir une audience du Saint-Père : « Retournerez-vous au Tonkin ? » lui demanda Léon XIII. – « Certainement ; très Saint- Père ! » répondit M.Tessier, et le Souverain Pontife parut heureux de cette réponse.

    Après un séjour de trois ans en France, M.Tessier repartait, le 9 novembre 1884, pour le Tonkin et , le 5 février suivant, il arrivait à Xa-doai. Mgr Croc le chargea alors du procès de nos Martyrs qu’il s’agissait d’introduire en Cour de Rome. Certes, M.Tessier, par ses talents et sa connaissance  de la langue et des mœurs des Annamites, était capabel de mener ce travail à bonne fin, mais il eut à peine le temps d’y mettre la main. En effet, c’est alors, à la suite de la prise de Hué par les troupes françaises, qu’éclata la formidable tempête dans laquelle faillit sombrer l’église d’Annam. Le 10 août 1885, Vinh, citadelle du Nghe-an, fut occupée par nos soldats. Les officiers ne connaissaient point le pays ; ils ignoraient la langue et n’avaient à leur service aucun interprète sérieux. Mgr Croc mit à leur disposition M.Tessier, qui s’installa à Cau-ram, faubourg de Vinh, et Dieu seul sait tous les services qu’il rendit à nos braves compatriotes.

    Ayant occupé presque tous les postes de la mission, et sachant le chinois aussi bien que l’annamite, M.Tessier était un auxiliaire précieux dont messieurs les officiers usèrent et abusèrent sans qu’il se plaignît jamais. Il fut toujours respecté, quoique pas toujours écouté, à cause des fluctuations de la politique. C’est lui qui exerça l’office de commandant de commandant de recrutement quand l s’agit d’organiser la garde civile du résident installé à Vinh ; c’est lui qui, en négociant un emprunt avec le gouvernement annamite, réussit à préserver de la mort des milliers de chrétiens réfugiés à Xa-doai ; c’est lui enfin qui remplit auprès des soldats français les fonctions d’aumônier militaire. D’un autre côté, il est certain que sa présence à Vinh, auprès des autorités françaises, a préservé du massacre un grand nombre de chrétiens et contribué à épargner bien des vies parmi les soldats. Si ses conseils avaient été constamment écoutés, on eût encore eu moins de pertes à déplorer.

    Aujourd’hui, quand les nouveaux missionnaires, après avoir débarqué à Ben-thuy, arrivent à Cau-ram, ils aperçoivent une coquette et blanche église, où ils entrent pour remercier Dieu de leur avoir accordé une heureuse traversée, et, à côté de l’église, un presbytère  convenable où ils reçoivent une première et cordiale hospitalité. M.Tessier n’a construit ni l’église ni la résidence, mais c’est lui qui a obtenu du gouvernement le terrain où elles s’élèvent, avec un enclos séparé pour la Sainte-Enfance.

    Peu à peu, le calme revint dans la mission. Les pirates ayant été refoulés, nous pûmes songer à relever nos ruines et à reconstituer nos œuvres. Il fallait d’abord rétablir le séminaire. Le nouveau vicaire apostolique, Mgr Pineau, en confia la direction à M.Tessier qui vint s’installer à Xa-doai, dans les bâtiments de la mission, le 4 février 1888, en attendant que le nouveau local destiné aux élèves fût convenablement aménagé.

    Notre confrère resta 6 ans à la tête du séminaire et eut la joie de voir monter au saint autel 35 de ses élèves. Energique, la main même un peu lourde, M.Tessier avait les qualités voulues pour faire observer la règle à ses séminaristes qui, depuis 2 ou 3 ans, avaient vécu en dehors de leur élément. Il aimait d’ailleurs sa nouvelle position et s’acquittait de ses devoirs de professeur et de directeur avec une facilité et une fidélité remarquables.

    Deux classes de théologie chaque jour, le soin de l’économat, les confessions, les instructions, les retraites d’ordination, telle était la besogne qui lui incombait. Sa santé ne pouvait résister très longtemps à ce véritable surmenage. Le 19 septembre 1894, il dut se rendre au sanatorium de Hong-kong. Il en revint soi-disant guéri, le 13 février 1895, mais il fut obligé d’y retourner, le 30 juin suivant.

     

    Voici comment parle de lui et de son séjour à Hong-kong, M.Guéneau, son compatriote, membre de la communauté de Nazareth : « Je ne connu M.Tessier que sur la fin de 1884, à son retour de France, lorsqu’il eut la charité de venir à Pinang  donner au cher M.Laigre et à moi-même des nouvelles de nos familles, qu’il avait tenu à visiter avant de quitter Angers. Il passa quelques jours avec nous.

    Plus amples devaient être nos rapports, lorsque, à deux reprises successives, notre cher confrère vint refaire sa santé à Béthanie. Il mit au service de M.Rousseille sa parfaite connaissance de la langue annamite dès qu’il put travailler ; et c’est alors qu’il rendit à l’imprimerie de Nazareth de précieux services pour la correction des ouvrages qui se publiaient ici. Il était assidu au travail autant qu’il le pouvait, et la besogne lui plaisait, tout en regrettant (il me l’a dit maintes fois) que, dans cette langue annamite l’influence du chinois se fît trop sentir.

    Au point de vue de la piété, permettez-moi de vous citer une pratique , à laquelle je l’ai vu fidèle tous les jours. Il avait une dévotion spéciale et profonde à l’autel même où il venait de célébrer. C’est pourquoi je ne crois pas qu’il ait manqué un seul jour, en sortant de la sacristie, après avoir déposé les ornements sacerdotaux, d’aller faire à genoux une petite prière, première action de grâces, au coin de l’autel d’où il était descendu deux minutes auparavant. »

     

    M.Tessier rentra au Tonkin le 9 novembre 1899, mais le mal dont il souffrait depuis de longues années, la diarrhée chronique, l’avait repris pendant la traversée . Mgr Pineau, voyant qu’il n’allait pas mieux, le laissa libre de se fixer où bon lui semblerait : il choisit Vinh,  et c’est là qu’il devait terminer sa carrière. Sa santé sembla se raffermir jusqu’au commencement de 1901, mais à partir de cette époque, elle déclina rapidement. Le 1er janvier, il vint à Xa-doai où ses confrères se trouvaient réunis pour la retraite. M.Tessier, qui se sentait moins fatigué, la fit avec eux et retourna à Cau-ram. Trois semaines plus tard, M.Abgrall, provicaire et supérieur de la mission en l’absence de Mgr Pineau, l’invita à présider l’examen de théologie des prêtres indigènes. M.Tessier fut très content de revoir ses anciens élèves et chanta la messe de clôture de leur retraite.

    Il repartit pour Vinh encore plus fatigué qu’après la retraite des missionnaires. Quinze jours après, le 20 février, le vent du nord se mit à souffler et beaucoup de personnes tombèrent malades. M.Tessier éprouva une nouvelle crise. Notre cher confrère craignait beaucoup de mourir subitement , mais il avait demandé tant de fois à la sainte Vierge de prier pour lui, à l’heure de la mort, que cette bonne Mère lui fit la grâce de se rendre un compte exact de son état et d’entrevoir sa fin prochaine malgré toutes les assurances de guérison qui lui donnaient les confrères et le médecin lui-même.

    Déjà les missionnaires qui étaient accourus d’abord auprès de lui , l’avaient quitté, le docteur était parti en tournée à Ha-tinh, lorsque l’état du cher malade empira soudain. Les confrères furent rappelés : le médecin, mandé par télégramme de M. le résident de Vinh, arriva, mais hélas ! pour constater qu’il n’avait rein à faire. La mort allait achever son œuvre.

    On s’empressa de donner au malade les derniers sacrements et, le 3 mars, à 2H.10 du matin, après avoir beaucoup souffert et fait preuve d’une grande résignation à la volonté de Dieu, notre cher confrère rendait son âme à son Créateur. Il était dans sa soixantième année et comptait trente-cinq ans de mission.

     

    M.Tessier avait manifesté le désir d’être enterré à Xa-doai, près des autres missionnaires. Une première messe solennelle fut chantée à Vinh pour le repos de son âme. Toute la colonie européenne assistait aux funérailles, ainsi que les trois grands mandarins de la Province. Un piquet de miliciens porta le corps du défunt de la maison à l’église, et de l’église à l’embarcadère. A la fin de la cérémonie le résident prononça un discours, dans lequel, après avoir rappelé que M.Tessier était entré en Annam caché sous des ballots de coton, il dit cette phrase qui résume bien le rôle de notre confrère vis-à-vis de nos compatriotes : «  Au commencement de l’occupation française, M.Tessier fur notre premier interprète, notre ami, notre conseiller. »

     

    Ensuite le corps fut transporté à Xa-doai, où le lendemain, 5 mars, une deuxième messe fut chantée solennellement par M.le provicaire  après laquelle missionnaires, prêtres indigènes, élèves du grand et du petit séminaire et chrétiens conduisirent la dépouille mortelle de M.Tessier au cimetière de la mission., situé à un quart d’heure de l’église.

    En songeant à la vie et à la mort de celui que nous pleurons, on se fait naturellement cette réflexion : S’il est parfois pénible de vivre en mission, il fait toujours bon d’y mourir.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 913
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1866