Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

François TERRIEN (1861-1914)

Add this

    François-Émile Terrien naquit à Liré (Angers, Maine-et-Loire), le 5 décembre 1861. Entré sous-diacre au Séminaire des Missions-Etran­gères le 11 octobre 1884, il fut ordonné prêtre le 27 septembre 1885 et partit pour la mission de Malacca  le 18 novembre suivant.

    Pendant plus d’un quart de siècle, écrit Mgr Barillon, M. Terrien a été un des missionnaires les plus actifs de la mission de Malacca, et son ministère a  produit d’excellents fruits. Doué d’une robuste constitution, il pouvait fournir une somme considérable de travail. Néanmoins, il se trouva plus d’une fois à deux doigts de la mort. Chez lui, la maladie pre­nait vite un caractère alarmant, parce qu’il souffrait d’une entérite chro­nique et d’une affection cardiaque ; mais grâce à son tempérament excep­tionnellement fort, il finissait par triompher du mal et, le danger passé, il se remettait joyeusement à l’ouvrage jusqu’à ce qu’il se vît arrêté par une nouvelle crise. Nous étions tellement habitués à ces guérisons suc­cessives, que la rechute survenue au mois de septembre 1914 ne nous causa pour ainsi dire aucune inquiétude. Cette fois, hélas ! notre cher confrère allait nous être enlevé. Le tube digestif, profondément détérioré, ne put reprendreses fonctions normales et le malade mourut d’épuisement.

     

    Arrivé en mission au mois de décembre 1885, M. Terrien fut placé comme vicaire auprès de M. Vignol, curé de la paroisse chinoise de Sin­gapore. Il se mit avec ardeur à l’étude du chinois, et il aimait à accompagner son curé dans les visites qu’il faisait aux chrétiens et aux caté­chumènes. Le jeune missionnaire profitait de ces occasions pour réaliser quelque progrès dans la connaissance de la langue qu’il apprenait avec tant de zèle.

    Au mois de janvier 1887, Mgr Gasnier le donna pour vicaire à M. Sorin, qui était chargé des deux postes de Bukit-Mertajam et de Machang-Buboh. Cette dernière chrétienté ayant pris un grand développement, M. Terrien en fut nommé titulaire. Il dut, en outre, s’occuper du poste de Matong-Tinghy, après le départ du P. Lô. Alors il se sentit tout à fait dans son élément ; on le vit parcourir son district dans tous les sens, visitant les Chinois de la plaine et des montagnes et ne reculant jamais devant la fatigue. Il fut bientôt connu et apprécié de tous.

    D’ailleurs, les heureux résultats de son activité ne tardèrent pas à se manifester dans les nombreuses conversions qu’il eut le bonheur d’enregistrer chaque année. A cette époque, la chrétienté de Machang-Buboh s’accrut si rapidement que la petite église en planches, construite par M. Sorin, se trouva insuffisante et qu’il fallut songer à la remplacer par un édifice plus solide et surtout plus spacieux. M. Terrien se mit à l’œuvre et dota le poste d’une vaste église en briques, qui reste encore une des plus belles de la mission.

    Le missionnaire devait aussi chercher de nouveaux. terrains pour y établir ses néophytes. Or, Machang-Buboh se trouve à l’extrémité orientale de la province Wellesten, qui était déjà toute entière mise en cul­ture. Le district de Kulim, appartenant à l’Etat malais de Kedah, était le seul endroit où l’on pouvait s’étendre. M. Terrien se fit l’ami du chef malais de Kulim et, par ce moyen, réussit à obtenir pour ses chrétiens plusieurs concessions de terrains sur les collines du Thaï-San, à quelques milles de l’église de Machang-Buboh. Mais Dieu seul sait  ce qu’il lui en coûta de démarches et d’ennuis pour  arriver à un résultat si impor­tant.

    Après dix années de labeur incessant, notre confrère tomba danse­reusement malade, et fut obligé de retourner en France. Il ne dut sa gué­rison qu’aux soins assidus de sa bonne mère et à l’habileté d’un excel­lent docteur, son ami et son ancien camarade de collège.

     

    Lorsque M. Terrien regagna Singapore en 1899, Mgr Fée lui assigna un nouveau champ d’action.. La ligne de chemin de fer, qui va de Sin­gapore à Pinang, à travers toute la presqu’île, a été construite par sec­tions, et la section menant de Seramban, capitale des Negri-Sembilan, à Kuala-Lumpur, capitale de Selangore, était alors achevée. Il devenait donc utile, pour ne pas dire nécessaire, de créer un nouveau centre chrétien entre ces deux villes, au gros bourg de Kajang. C’est là que le mis­sionnaire s’établit. Avec l’aide d’un riche chrétien chinois, il acheta un terrain juste en face de la gare, et y bâtit une jolie petite église, dédiée à la Sainte Famille, un presbytère et une belle salle de prédication. qui servait aussi de local scolaire. Il avait à peine terminé toutes ces constructions que Mgr Fée faisait de nouveau appel à son inépuisable dévoue­ment pour une entreprise encore plus difficile et plus importante.

    Nous sommes en 1903. Jusque-là, la ville de Kuala-Lumpur, dont la population augmentait d’année en année, n’avait qu’une seule église, celle de Saint-Jean-l’Evangéliste, pour les catholiques européens et eura­siens. Or, chacun sait que le mélange des races et des idiomes cons­titue un sérieux obstacle au développement des centres chrétiens. M. Ter­rien fut donc chargé de la chrétienté chinoise de Kuala-Lumpur ; il avait mission de lui donner son autonomie et de lui bâtir une église.

    A la campagne, l’achat d’un terrain est chose relativement facile. En ville, c’est une tout autre affaire, principalement quand on veut cons­truire une église dans un endroit bien central. En dépit de toutes les difficultés, le terrain qu’il fallait fut acheté. Aussitôt M. Lambert, assis­tant de M. Terrien, dressa en véritable architecte le plan d’une grande église gothique, et, après 18 mois d’un travail ininterrompu, le nouveau sanctuaire, dédié à Notre-Dame du Rosaire, fut bénit par l’évêque, le 18 décembre 1904.

    En 1911, M. Terrien bâtit encore une petite chapelle pour les lépreux, auprès de l’hôpital où ces malheureux sont internés et soignés. A la même époque, il avait commencé la construction de son presbytère, quand l’état de sa santé le contraignit à retourner une seconde fois en France. Le presbytère fut achevé par M. Brossard.

    A son retour en mission, M. Terrien travailla à  organiser la chré­tienté de Klang, composée en majeure partie de nouveaux convertis. Il y établit un catéchuménat et voulait y bâtir une petite église. Mais sa santé laissait de plus en plus à désirer. Les crises d’entérite se multi­pliaient : elles étaient parfois si terribles qu’elles lui arrachaient des cris de douleur. Le 3 novembre 1914, elles le conduisaient au tombeau.

    Après avoir passé en revue les différentes phases de la carrière apos­tolique de M. Terrien, on se demandera sans doute où notre confrère trouvait toutes les ressources nécessaires pour ces constructions d’égli­ses, de presbytères, de catéchuménats, d’écoles à Machang-Buboh, à Kajang, à Kuala-Lumpur, etc... La réponse est facile : M. Terrien aimait les Chinois, se dévouait pour eux et ne reculait devant aucune fatigue, devant aucune difficulté quand il s’agissait de leur rendre service. Or, quoi qu’on en dise, le Chinois sait être reconnaissant envers un bienfai­teur, et il donne largement à celui qui a acquis des droits à sa généro­sité.

    Terminons par ces lignes d’un confrère écrites à la première nouvelle de la mort de M. Terrien : « Je prie beaucoup pour le cher défunt. Nous n’avions pas toujours la même façon de « voir ou d’agir ; mais ce que je puis certifier, c’est qu’il avait une grande foi, très vive. J’ai « eu l’occasion de l’assister deux fois dans un moment où je croyais qu’il allait rendre le « dernier soupir, et il m’a prouvé là cette foi forte, qui lui faisait envisager la mort comme un « bon missionnaire doit l’envisager. »

    • Numéro : 1675
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1885