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Etienne TERRAT (1853-1913)

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    Etienne Terrat naquit en 1853, à Longe, petite commune du canton de Condrieu (Lyon, Rhône). Sa famille, qui vivait de la culture de la terre, était foncièrement chrétienne. Une de ses sœurs se fit religieuse servante des pauvres, et un de ses cousins est encore missionnaire en Chine.

    D’abord adonné aux travaux des champs avec ses parents, ce n’est qu’assez tard qu’il entendit l’appel de Dieu. Il reçut alors les premières leçons de latin de son curé, et entra en troisième au séminaire de Montbrison.

    Dans cet établissement, M. Terrat fut un élève sérieux et pieux, sinon brillant ; il avait gardé de son supérieur et de ses maîtres un touchant souvenir. Les sentiments généreux, dont son cœur était rempli, lui inspirèrent une grande pitié pour les peuples infidèles : il résolut de les secourir dans la mesure du possible et de leur consacrer sa vie. Dans ce dessein, il demanda son admission au Séminaire des Missions-Étrangères, où il frit reçu après sa rhétorique.

    Comme à Montbrison, on ne remarqua rien de bien saillant, pendant son séjour à Paris, dans le futur missionnaire, sinon sa parfaite aménité. Il y reçut successivement tous les ordres, et, en 1880, la mission du Coïmbatour lui fut assignée pour champ de ses travaux.

    À cette époque, le Coïmbatour avait à relever bien des ruines, causées par la famine de 1878. Le travail abondait, et nous pouvons aisément nous faire une idée de la joie, avec laquelle le bon Mgr Bardou accueillit le nouvel ouvrier que le Ciel lui envoyait. M. Terrat, en effet, avec sa taille avantageuse, sa charpente athlétique et sa florissante santé, promettait de longues années de labeur. Le tiers de siècle qu’a duré son ministère dans les Indes, a justifié ces espérances.

    Selon l’usage à cette époque, le jeune missionnaire resta d’abord au centre de la mission, pour y apprendre quelque peu d’anglais et de tamoul. Quand notre confrère posséda suffisamment cette dernière langue, son évêque l’envoya faire ses premières armes à Atticodoo, sous la direction de M. Pottier. Doué d’une constitution plus que robuste et d’un tempérament de fer, M. Pottier se souciait fort peu des commodités de la vie. Le presbytère était étroit et sombre, miné par les fourmis blanches, rempli de rats, et servait de refuge aux maranaïs, espèce de civette. La nourriture était à l’avenant : un bol de riz cuit à l’eau, et copieusement arrosé d’une sauce au piment, en faisait le fond ; parfois, un œuf ou deux, une poule étique, un gigot de chèvre venaient en relever l’ordinaire. M. Terrat était donc on ne peut mieux placé pour faire, à une semblable école, l’apprentissage de la vie apostolique !

    Il ne resta que peu de temps à Atticodoo ; bientôt, Mgr Bardou lui confia le district de Karur et de Dharapuram. A la suite d’une forte attaque de choléra qui faillit l’emporter, il fut envoyé à Kotagiri, poste récemment fondé à l’extrémité orientale des Nilgiris. C’est là qu’il lui arriva une aventure héroï-comique : son presbytère était d’une solidité douteuse ; pendant une forte averse, voilà que, tout à coup, une gouttière se déclare, l’eau s’infiltre peu à peu dans le mur, qui se bombe et menace de crouler. M. Terrat eut alors une idée ingénieuse : les pieds solidement fixés dans une ornière du sol et l’épaule arc-boutée au point faible, il étaie la muraille. Longtemps, il tient bon, mais peu à peu le mur s’incline, le poids augmente, et le missionnaire, malgré sa force peu commune, est obligé de céder. M. Terrat s’éloigne alors d’un bond, et le mur s’écroule à l’instant.

    Sur ces entrefaites, M. Terrat fut nommé aumônier du couvent européen à Ootacamund, charge qu’il remplit avec succès, partageant son temps entre ses devoirs de chapelain et l’instruction des catéchumènes de la paroisse. Bientôt, Mgr Bardou le rappela à Coïmbatore, pour lui confier la direction de la procure. Il obéit sans murmurer, mais non sans faire un pénible sacrifice. M. Terrat dit adieu à la campagne et quitta la vie en plein air, pour aller s’enfermer entre les quatre murs d’un bureau. Il devint, en même temps, aumônier du couvent européen de Coïmbatore. Mais cet homme de la campagne s’étiola bientôt dans sa nouvelle fonction, sa santé fut compromise, et ses supérieurs jugèrent prudent de le renvoyer sur les Montagnes Bleues, où un climat plus sain sembla lui donner un regain de santé.

    Il était déjà atteint d’un mal incurable. Depuis longtemps, il souffrait de violentes douleurs d’entrailles, mais comme il n’était point délicat, il souffrait sans se plaindre. Il avait, dès cette époque, l’intuition qu’un jour il serait emporté par le mal, qui commençait à l’incommoder. Ses prévisions devaient se réaliser de tous points. Une diarrhée opiniâtre s’étant déclarée, Mgr Roy jugea utile de le changer de climat. Il quitta donc les hauteurs des Nilgiris, trop froides, pour descendre dans la plaine, où il prit la direction du district de Podanur. Hélas ! il était déjà trop tard. Le mal fit des progrès rapides. Notre confrère souffrait atrocement ; mais il restait si aimable, si joyeux au milieu des souffrances, qu’aucun des nombreux confrères qui le visitaient, ne soupçonnait la gravité de son état. Vaincu enfin par la douleur, le vaillant missionnaire dut s’adresser à un médecin, qui reconnut de suite la présence d’un cancer à l’intestin, mais ne parla que de tumeur, mot moins brutal pour un malade ; néanmoins, il conseilla fortement un retour en France.

    Le cher M. Terrat dit adieu à sa mission et à ses confrères, et, entièrement soumis à la volonté de Dieu, s’embarqua pour Marseille. A peine débarqué, il vint à Paris, où une opération fut pratiquée, avec tout le succès qu’on pouvait en attendre. Au sortir de l’hôpital, il se rendit à notre sanatorium de Montbeton, où il vécut encore trois ans ; bien plus, par conséquent, que ne l’avait espéré le docteur, qui lui donnait seulement une année de vie après l’opération : ce fut une grâce précieuse, car notre confrère put ainsi, tout à son aise, se préparer au grand passage.

    Une seconde intervention chirurgicale ; jugée indispensable, ne put prolonger davantage cette existence, que minait de plus en plus le mal implacable, et notre cher confrère succombait, le 4 octobre 1913, après avoir donné, au cours de sa longue maladie, le bel exemple d’une soumission confiante à la volonté de Dieu, d’une patience, d’une bonté, d’une piété, qui firent l’admiration de tous ceux qui en furent les témoins.

    C’est l’un des meilleurs missionnaires du Coïmbatour qui disparaît avec lui, et nous garderons longtemps le souvenir de sa douceur, de son affabilité et de son humilité.

    Humble, M. Terrat l’était dans toute l’acception du mot : il n’aimait pas à se produire, car il savait que son éducation première avait eu des lacunes, et il l’avouait simplement, en toute franchise. Il avait un jugement parfait, qui le désigna à Mgr Bardou pour prendre place dans le conseil diocésain, où son grand bon sens fut toujours apprécié.

    Charitable, M. Terrat le fut d’autant plus, qu’il était très bon par nature ; c’est sous cet aspect surtout, qu’il restera dans le souvenir de tous ceux qui l’ont approché. Toujours disposé à rendre service, il ne goûtait pas de joie plus suave que celle de faire plaisir à quelqu’un. Compatissant pour les affligés, il savait trouver le mot qui allait au cœur, pour les consoler. Quels soins, quelles attentions délicates pour les malades ! Il avait pour la réputation du prochain une attention et un respect, qui ne se démentirent jamais, de même qu’il avait, vis-à-vis de l’autorité, une remarquable déférence et une soumission respectueuse, qui sortaient vraiment de l’ordinaire !

    Il était très fidèle à faire ses exercices de piété, et montrait une grande dévotion envers la très sainte Vierge. Rien ne l’intéressait autant, que d’entendre parler de la basilique de Fourvière.

    M. Terrat nous a laissé de nombreux exemples d’édification ; puissions-nous tous les mettre en pratique !

     

     

    • Numéro : 1483
    • Pays : Inde
    • Année : 1880