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Jean TERRASSE (1848-1883)

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    Jean-Antoine-Louis Terrasse, qui a eu l’honneur de verser son sang en haine de la religion, était originaire du diocèse du Puy. Il vit le jour à Lantriac, canton de Saint-Julien en Chapteuil, le 23 mars 1848.

    La carrière apostolique et la mort glorieuse de cet intrépide Missionnaire ont été  résumées sommairement par son vicaire apostolique, Mgr Fenouil, ainsi qu’il suit :

    « La vie du P. Terrasse en Mission a été courte (huit ans environ), mais bien remplie. Ce cher confrère a toujours travaillé avec zèle et dévouement ; presque partout de brillants succès ont couronné ses efforts.

    « Pendant les premières années de son ministère, il avait  eu le soin de chrétientés déjà formées ; partout  il a ramené la vie et réchauffé le zèle.

    « Plus tard, il se lança résolûment au milieu des païens, fit des conversions en plusieurs lieux, et sut toujours se faire donner ou prendre le droit de bourgeoisie.

    « En 1881 et 1882, il consolida définitivement la grande station de Yang-Py ; ouvrit celles de Mé-Ty, Siao Hô-Tong, Kan-Tchouan et Tchang-Yn . Quand, à la fin de l’an passé, j’arrivai sur les lieux, les néophytes étaient déjà nombreux, pleins d’entrain, et surtout d’un grand zèle pour s’instruire. D’ailleurs, notre cher confrère savait parfaitement seconder ce premier élan de la piété naissante chez les nouveaux convertis.

    « C’est ainsi qu’en peu de temps il est parvenu à ouvrir trois districts, dans un pays naguère tout païen : Kiou-Tong, qu’il céda  de bonne heure à M. Vial ; Yang-Ty , où en dernier lieu je lui avais donné un vicaire, et Tchang-Yn, où  le 28 mars dernier, entre sept et huit heures du matin, il est tombé victime de la haine des ennemis de Dieu et de son Christ.

    « Commencé entre 9 et 10 heures du soir, le siège dure jusqu’au matin. La défense fut pénible, bien que d’ailleurs elle se soit bornée à barricader les portes et à réparer les brêches. Pendant cette terrible nuit, M. Terrasse avait fait une telle dépense de forces physiques et morales, qu’au lever du jour, quand il fallut se rendre, il crachait le sang à pleine bouche. Dans ce moment suprême, à bout de forces et de moyens, M. Terrasse réunit les siens à la chapelle, les exhorte au dernier sacrifice pour l’amour et la gloire de Dieu, et leur donne une absolution générale. Tout pénétré alors des sentiments du bon pasteur, il se livre lui-même  pour le salut de tous. Il ouvre les portes, et, entièrement désarmé, il se présente aux assassins et leur dit : « Ne tuez pas ces enfants et ces femmes qui ne vous ont fait aucun mal : me voici pour répondre pour tous. » – C’est alors qu’un affreux borgne, du nom de Ou-ta-fa, lui plongea sa lance dans le ventre. M. Terrasse s’affaissa et mourut presque aussitôt, accablé de coups et couvert de blessures.

    « Sa vertu dominante était l’amour de ses chrétiens et un dévouement sans bornes à tous leurs intérêts.

    « Après avoir exterminé Tchang-Yn et ses environs, nos ennemis se sont rués sur les chrétientés voisines. Ainsi Siao-Hô-Tong, Mé-Ty, Kan-Thouan, Mong-Yûn, et Yang-Py ont été  dévastés, pillés et détruits. Partout nos chapelles et nos maisons sont brûlées ou démolies. Le pillage a été général et les meurtres nombreux. »

    Ces scènes de sauvagerie furent loin de recevoir l’approbation du vice-roi ; celui-ci, malgré sa haine contre la religion chrétienne, redouta qu’elles ne fussent l’occasion de complications compromettantes pour sa dignité, et se hâta de faire accorder une indemnité, en réparation des désastres commis, comme nous l’avons indiqué (page 41).

    À l’occasion de l’enquête qui fut ouverte à cette occasion, le P. Le Guilcher put, le 14 mai, accompagné de deux mandarins, se rendre sur le théâtre du massacre, et reconnaître le corps de notre bien-aimé confrère,

    « Le 14 de ce mois, écrivait-il ensuite, assisté de deux mandarins délégués par leurs supérieurs respectifs de Ta-Ly-fou et Sang-Kong-hien, j’ai fait ouvrir le cercueil de M. Terrasse, mort depuis quarante-huit jours. Le corps était resté une semaine sans sépulture. Les loups et les sangliers l’avaient respecté, mais les hommes l’avaient mis dans un état déplorable. Voici le triste tableau qu’il m’a été  donné de contempler : les yeux arrachés, la tête coupée, puis rajustée de travers, la poitrine béante et presque vide ; car le cœur et le foie ont été  arrachés et mangés par les assassins. Ce corps horriblement mutilé, abandonné dans une nudité complète, jeté dans une bière trop courte, a souffert bien d’autres ignominies ; mais je ne trouve pas de mots pour les raconter. Avant de refermer le cercueil, je me suis dépouillé d’un habit pour en couvrir ces tristes, jusqu’au jour où il nous sera permis de leur rendre des honneurs bien mérités. »

    Pour mieux faire connaìtre l’esprit de générosité et de zèle qui animait le P. Terrasse, nous emprunterons deux extraits de lettres qu’il adressait à sa famille :

    « Cette année, écrivait-il en 1881, le bon Dieu a béni mes faibles efforts. Plusieurs centaines de païens sont venus se faire chrétiens : avec la grâce de Dieu ils persévéreront et nous en amèneront bien d’autres.

    « Les pays que j’évangélise pour le moment sont étendus comme trois ou quatre départements français. Jusqu’ici on n’y avait  vu aucun apôtre de la vérité. Ce sont des pays  tout nouveaux qui, n’ayant pas trop abusé de la grâce, donnent de belles espérances. Mais que d’obstacles à surmonter ! Que de sacrifices à faire !

    « Bien chers parents, vous me demanderez peut-être si je souffre beaucoup en de pareils pays…A dire vrai, je dois répondre : oui, le Missionnaire souffre ; mais c’est pour cela qu’il est venu en ces plages inhospitalières. Sans souffrance, où serait le mérite ?…..Soyez tranquilles sur votre Louis : il est heureux, plus heureux mille fois que les heureux du siècle !…Quel bonheur, quelle consolation de pouvoir se dire : oui, nous avons fait et nous faisons encore de grands sacrifices ; mais Dieu les connaît ; notre bon ange marque tout sur son livre de vie !… »

    « Cette année-ci encore, écrivait-il en 1882, j’ai pu baptiser plus de cent nouveaux chrétiens… Vous allez me dire : cent chrétiens dans un an, c’est bien peu de chose ! Hélas ! l’œuvre de Dieu va lentement. Tout y met obstacle. Ce n’est qu’à force de travaux et de fatigues qu’on peut convertir un petit nombre d’âmes… Le désir d’en convertir beaucoup ne me manque pas, je vous l’assure ; mais pour y réussir, il me faudrait être un apôtre selon le cœur de Dieu, et je vois bien clairement que je ne le suis pas… Oh ! que je veux être un saint, un apôtre dans toute la force du terme ! Je vous en conjure, priez et faites prier pour moi toutes les personnes qui me portent quelque intérêt. »

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1219
    • Pays : Chine
    • Année : 1874