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Augustin TARDIEU (1872-1942)

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    Né le 16 octobre 1872 à Montrodat, au diocèse de Mende, dans une famille vraiment chrétienne, Augustin-Marie Tardieu, le quatorzième enfant, n’eut pas le bonheur de connaître sa mère, car moins de deux ans après sa naissance, elle partait pour le ciel, à la suite de la naissance de son quinzième enfant ; ce dernier ne devait pas survivre à sa mère. Le petit Augustin trouve alors au foyer paternel une sœur aînée qui sera l’éducatrice de l’orphelin.

     

    Connaissant la religion, la piété, la fidélité à la loi de Dieu de ces familles de la montagne, surtout à cette époque, nous pouvons présumer que Augustin reçut au foyer paternel une bonne éducation chrétienne, puisque, au mois d’octobre 1886, âgé de quatorze ans, après avoir étudié les rudiments de la langue latine au presbytère, il entrait en cinquième, au collège catholique de Marvejols.

     

    De 1886 à 1891, il suivit régulièrement le cours des études secondaires, et au mois d’octobre 1891, notre petit séminariste est admis au grand séminaire de Mende où il fut cochambriste de celui qui devait devenir, en 1930, Mgr Chabanon ! Sa philosophie terminée, il demanda et obtint de l’autorité ecclésiastique la permission de se rendre au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. A la fin des vacances de septembre 1893, en compagnie de son condisciple et             ami Alexandre Chabanon, il arriva à la rue du Bac d’où le Supérieur le dirigea vers le séminaire de philosophie, à Bièvres. Atteint par la loi militaire, il fit son année de service à Lyon. Les années 1894-1897 sont les années d’études et de préparation à sa future vie de missionnaire. Le 27 juin 1897, il est ordonné prêtre et reçoit sa destination pour la Mission de Cochinchine orientale, actuellement Mission de Quinhon, où il arriva fin août de la même année. M. Tardieu se mit à l’étude de la langue et s’accoutuma peu à peu aux us et coutumes et à la mentalité de son nouveau pays d’adoption. Envoyé d’abord à Quinhon, puis à Nhon-Nghia, chrétienté du district de Kimchâu, il devint vicaire de M. Villaume, dans le sud de la Mission, en 1897. Douze mois plus tard, il fut nommé professeur au petit séminaire. En novembre 1901, Mgr Van Camelbeke venait de mourir, et peu de jours après son provicaire, M. Fourmond, le suivait dans la tombe. M. Geffroy, doyen et curé de l’important district de Giahuu, devenu Supérieur de la Mission, s’installa à l’évêché. M. Tardieu alla le remplacer à Giahuu, tout heureux de pouvoir travailler au milieu des chrétiens.

     

    Dès la nomination du nouveau Vicaire apostolique, Mgr Grangeon, M. Geffroy retourna à Giahuu et M. Tardieu est appelé à prendre la direction du district de Bau-Gôc, au sud de la province de Quang-Ngai, mais pour peu de temps, car en 1903, Mgr Grangeon le chargea de travailler au procès de nos martyrs de 1859-1860.

     

    Ce procès était à peine terminé, que voilà M. Tardieu revenu de nouveau au petit séminaire. Tout en donnant une dernière main à son travail sur les martyrs, il professa pendant cinq ans les classes de deuxième et de troisième et ses anciens élèves se souviendront longtemps de la valeur, de la patience et de la bonté de leur professeur. M. Tardieu préférait la « brousse » à la vie sédentaire ; aussi demanda-t-il plusieurs fois à être envoyé en district où il lui sera possible de s’adonner à la conversion des païens. Son Supérieur, bien qu’à regret, confia à son missionnaire un poste qui n’était pas de tout repos, car les apostasies de 1906 avaient diminué beaucoup le nombre des chrétiens, et ceux qui restaient étaient éparpillés un peu partout ; il fallait donc les regrouper. Le vaillant apôtre, loin de perdre courage, commença par ouvrir une école, et afin que les enfants viennent nombreux, il nourrissait ceux des chrétientés trop éloignées pour lui permettre de les garder plus longtemps. Il demanda et obtint des parents que chaque dimanche, il y eût à la sainte table, au moins une personne représentant chaque chrétienté, leur faisant comprendre qu’ils avaient besoin du secours de Dieu pour affermir leur foi et la faire revivre en ceux qui l’ont perdue. Aussi, lorsque sept ans plus tard il quitta ce poste, avait-il doublé le nombre de ses chrétiens.

     

    Mais voici la guerre 1914-1918, les plus jeunes missionnaires sont mobilisés, d’abord sur place dans la colonie, puis en avril 1916, ils partent pour la France, laissant leurs districts sans titulaires. Mgr Grangeon demande à M. Tardieu d’aller occuper celui de Tra-Kiêu, un des plus importants du Vicariat. Là, il n’eut qu’à continuer et parfaire le travail de ses prédécesseurs. Ses nouveaux paroissiens étaient bien un peu tracassiers, mais ils savaient entendre raison et marcher sous la direction de leur curé. Les enfants étaient très nombreux, aussi M. Tardieu s’intéressa-t-il particulièrement à eux comme à ceux de Hôi-Duc. Les religieuses Amantes-de-la-Croix et un orphelinat qui étaient sous sa juridiction furent l’objet d’une grande sollicitude de la part de leur zélé pasteur. Le district était pauvre, et la majorité des chrétiens vivait au jour le jour et souvent manquait de travail. Le nouveau curé s’ingénia donc à augmenter peu à peu l’étendue des rizières. Pour cela il profite de toutes les occasions favorables, ce qui permit à ses ouailles de vivre moins pauvrement et de créer quelques revenus supplémentaires, qui lui facilitèrent l’instruction des catéchumènes dont le nombre augmentait progressivement.

     

    M. Tardieu resta six ans chef du district de Tra-Kiêu. En 1922, survint la mort de M. Mugnier, supérieur du grand séminaire. Le curé de Tra-Kiêu dut, une fois de plus, abandonner sa vie active pour succéder à notre confrère défunt. Conscient de ses responsabilités, il voulait que les futurs prêtres fussent dignes de leur tâche ; il établit les dominicales. Le dimanche soir il enseignait à ses séminaristes la manière de bien prêcher : il avait à cœur qu’ils annonçassent la parole de Dieu clairement et substantiellement, n’admettant ni les phrases creuses ni les longueurs; il apprenait à composer et à mettre en évidence l’idée qu’ils devaient développer.

     

    Malheureusement en 1926, son mauvais état de santé l’obligea à rentrer en France. Il y resta deux ans. A peine était-il de retour au séminaire, que Mgr Grangeon annonça à ses missionnaires que le Saint-Père avait accepté sa démission et les invitait à envoyer leurs bulletins de vote à Paris en vue de l’élection du nouveau supérieur. Fin décembre 1929, un câblogramme leur faisait connaître que le Saint-Siège nommait M. Tardieu Vicaire apostolique de Quinhon.

     

    Le nouvel élu fixa son sacre au 1er mai 1930, car il lui fallait se hâter afin d’arriver à Paris pour la réunion décennale des Supérieurs de la Société. Parti pour la France au mois de juin, il nous revint en janvier tout heureux de se retrouver au milieu de ses missionnaires.

     

    Dès son retour il s’installa à Quinhon dans une maison annamite, abandonnant l’évêché de Làng-Sông, afin d’être plus au centre de sa Mission et faciliter ainsi ses rapports avec les prêtres et les autorités du pays. Mgr Tardieu décida de bâtir le grand séminaire, l’évêché et sa pro-cathédrale. Sans plus tarder, il confia à M. Dorgeville le soin de construire d’abord le séminaire sur un terrain au bord de la mer et un peu à l’écart de la ville. Notre architecte mena rondement le travail et séminaristes et professeurs purent prendre possession de l’immeuble au mois de septembre 1932 : beau bâtiment à deux étages avec les chambres et les salles communes nécessaires et cinquante-deux cellules pour les élèves. Monseigneur se préparait déjà à construire de nouveau, quand deux typhons, l’un en octobre 1932, l’autre en novembre 1933 vinrent bouleverser les plans du Vicaire apostolique. Les dégâts furent considérables ; les œuvres vitales de la Mission ont grandement souffert : heureusement des secours lui arrivèrent de tous côtés et il put alors entreprendre les réparations les plus urgentes et d’intérêt général.

     

    L’imprimerie de Làng-Sông était à peu près démolie ; Monseigneur Tardieu profite de l’occasion pour la faire reconstruire à Quinhon, mais aux frais de l’œuvre. En avril 1935, elle y était installée et reprenait son travail normalement. Cette bâtisse à peine terminée, les ouvriers travaillèrent à l’érection de l’évêché et la bénédiction eut lieu fin décembre 1935. Cet édifice devait servir au Vicaire apostolique et aux confrères fatigués ou de passage. Enfin restait le gros œuvre : l’église pro-cathédrale. L’équipe qui avait construit l’évêché s’attela à la besogne, et le dimanche, fête de l’Immaculée-Conception 1939, Mgr Tardieu l’ouvrait au culte par une bénédiction solennelle.

     

    Malgré les nombreux soucis que lui donnaient toutes ces constructions, Son Excellence ne perdait pas de vue la vie spirituelle de la Mission ; à son retour de France, elle avait amené une petite automobile. Elle s’en servit pour aller encourager les ouvriers du Seigneur dans leurs postes respectifs ; ses catéchistes avaient aussi sa visite et les catéchumènes très nombreux n’étaient pas oubliés. Les conversions augmentaient considérablement ; il fallait donc pourvoir à l’installation de nouveaux postes avec un prêtre pour les administrer. Monseigneur réussit à acheter des terrains pour y établir ces nouvelles chrétientés et leur permettre d’entretenir leurs prêtres et leurs catéchistes. Mais, survinrent les tragiques événe-ments de 1939 ; les plus jeunes confrères furent mobilisés, puis démobilisés quelque temps après, puis en 1940 appelés de nouveau, ce qui ne manqua pas de causer au Supérieur de la Mission de gros soucis. Il fallait, malgré les circonstances, assurer la vie spirituelle du Vicariat. Les restrictions commencèrent : légères au début, elles augmentèrent au fur et à mesure de la suppression des communications avec l’extérieur, d’où grandes difficultés pour Son Excellence de continuer ses tournées pastorales.

     

    Comme nous l’avons dit plus haut, la santé de Mgr Tardieu n’était pas brillante. D’autre part, dur pour lui-même, il ne voulait pas qu’on s’occupât de lui. Les missionnaires présents à l’évêché furent surpris et émus quand, le 11 décembre 1942, le domestique vint les avertir qu’il venait de trouver Monseigneur affalé à son bureau, le parquet tout rouge de sang. On le déposa sur son lit, et malgré les soins empressés des médecins de l’hôpital, il rendit le dernier soupir le 12 décembre. Mgr Tardieu est mort d’une attaque foudroyante d’urémie. La dernière personne qui s’entretint avec lui, environ un quart d’heure avant l’accident, fut le procureur ; c’est au sortir de la procure que sans rien dire à personne de la fatigue qu’il ressentait, notre très regretté Supérieur put arriver jusqu’à son bureau.

     

    Les funérailles eurent lieu le mercredi sous la présidence de Son Exc. Mgr le Délégué apostolique, auquel étaient venus se joindre les Vicaires apostoliques du groupe et plusieurs confrères de leur Mission. Les Représentants de l’Administration française et annamite, voulurent eux aussi, prendre part à notre deuil. La cérémonie terminée à Quinhon, le corps fut conduit à l’embarcadère, d’où une jonque le transporta à Làng-Sông, près du petit séminaire ; et c’est là, à côté des évêques et des missionnaires qui ont travaillé dans la Mission de Quinhon, que repose Mgr Tardieu, en attendant le jour de la résurrection.

    • Numéro : 2304
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1897