Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Fabien TAPIE (1824-1889)

Add this

    « Le 3 du mois de mai 1849, écrit Mgr Pinchon, arrivait au Su-tchuen Occidental, M. Fabien Tapie, missionnaire apostolique, jeune prêtre originaire du diocèse de Tarbes, où il avait fait ses études. Il appartenait à la même famille que M. R. Tapie, directeur du petit séminaire de Notre-Dame des Champs : « Il était mon  parent, écrit  ce dernier, mais je ne le « connaissais point : j’étais encore enfant quand il partit pour les missions. Maintes et maintes « fois, à Saint-Pé, j’ai entendu M. Burosse faire l’éloge de la piété et de la délicatesse de « conscience de mon cousin.»

    « Après avoir fait ses cours de théologie au Séminaire des Missions-Étrangères, M.Tapie fut ordonné prêtre en 1848, et partit pour la Chine. Aussitôt arrivé au Su-tchuen, il se mit à l’étude de la langue chinoise, et y fit des progrès remarquables, signalés par les personnes de son entourage. Ce premier succès, joint au besoin de la mission, le fit mettre, sans beaucoup de retard, à la tête d’un vaste district, qu’il dirigea fort bien pendant quelques années. Partout il montrait un zèle ardent, et une sagesse où il n’y avait de jeune que son âge . Ainsi en a-t-il été partout où M.Tapie a exercé le ministère, pendant quarante ans. On a toujours remarqué  en lui une piété au-dessus du commun, une régularité de religieux cloîtré. « A table, me disait « un de ses confrères, en apprenant sa mort, M.Tapie ne paraissait jamais avoir appétit, tant il mangeait peu.» Sa mortification était exemplaire, en tout temps et partout ; du reste, il jouissait toujours d’une très bonne santé, était robuste, de bonne humeur, et nous promettait une carrière de quatre-vingt-dix ans. Ses confrères, en riant, l’en félicitaient, et l’on aurait pu y croire, vu l’état habituel de sa santé. Hélas ! cette espérance s’est évanouie en quelques heures !

    « M.Tapie était en cours de visite, lorsque, le 18 mai, à six heures et demie du soir, après avoir entendu les confessions durant toute la jounée, pour préparer ses chrétiens à la communion du lendemain dimanche, il fut pris subitement d’une attaque foudroyante d’apoplexie. Instantanément, il perdit la parole et toute connaissance. Ce triste état  a persévéré jusqu’à sa mort, qui est arrivée le lendemain, à trois heures du soir. En apprenant l’état déplorable où il se trouvait, ses deux confrères voisins, MM.Arnal et Carton, étaient accourus pendant la nuit, et lui avaient administré les derniers sacrements. Le corps du regretté défunt a été porté à l’oratoire de Ou-mien-chan, lieu de sa résidence, et  centre du district confié à ses soins. Durant trois jours, les chrétiens ont récité les prières, présidées par MM.Durand, notre provicaire , Arnal et Carton. Enfin, l’enterrement a eu lieu, et M.Tapie a été enseveli à côté de M.Papin, notre ancien provicaire.

    « Sa perte est bien sensible pour la mission du Su- tchuen Occidental, car ce cher confrère était un saint missionnaire; il avait  une longue expérience du saint ministère. On trouvait chez lui les plus grandes vertus de l’apostolat : le zèle, la sainteté, l’expérience. Il était laborieux, veillait à tous les besoins de son troupeau. On aurait dit une mère pieuse, intelligente, au milieu de ses enfants ; veillant à tout, s’occupant de tout, il était toujours prêt à voler au secours de tous, même au détriment de sa santé et de ses ressources les plus nécessaires.

    « Ce bon prêtre était d’une modestie angélique, d’un laisser-aller tout patriarcal, d’une vie simple et mortifiée. Il a fait le bien dans tous les districts où il a exercé le saint ministère. Nous ne pouvons passer sous silence la grande dévotion de M.Tapie pour Notre-Dame de Lourdes et pour sainte Rose de Lima. Il ne faisait rien d’important, sans invoquer préalablement le secours de Marie-Immaculée et de la grande sainte Rose d’Amérique. Son âme, je l’espère, aura été accompagnée, au jugement de Dieu, par ses deux grandes patronnes, et présentée par elles.

    « Après une vie si régulière, si édifiante, si remplie de bonnes œuvres, M. Tapie est mort les armes à la main, sur le champ de bataille, après quarante années d’un ministère fructueux. Il faisait la visite d’un station de chrétiens, qu’il voulait préparer à la sainte communion pour le lendemain. Durant toute la journée du samedi, le matin et dans l’après-midi, il resta au saint tribunal de la pénitence, d’où il ne sortit que vers six heures moins le quart. Alors on lui offrit une tasse de thé. Il le trouva froid, et dit à son domestique de mettre un instant sa tasse sur le feu, le domestique obéit, sortit de la chambre, pour rentrer peu après. Hélas ! que voit-il à son retour ? Il trouve son maître sans parole et sans connaissance, renversé sur une chaise ! Le bon et pieux prêtre, après vingt-quatre heures d’agonie, a rendu son âme à Dieu. Daigne la divine miséricorde l’admettre dans la gloire des saints, et procurer à notre belle mission du Su-tchuen Occidental, un successeur à M. Tapie, aussi digne que le bon et vertueux missionnaire que nous venons de perdre ! »

     

     

    • Numéro : 567
    • Pays : Chine
    • Année : 1848