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Amédée SUEUR (1913-2005)

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    Le Père Amédée Sueur.  Notice nécrologique.

     

    Notre confrère, le Père Amédée Sueur, rappelé à Dieu le 12 Juin 2005, est un parfait représentant, de la génération venue au monde juste avant la guerre de 1914, qui, une trentaine d’années après, sera encore en première place dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.

    Il écrit dans ses « Souvenirs » que ses parents étaient établis commerçants, à Desvres (Pas de Calais).  Ils avaient un magasin « Le Printemps », de quincaillerie et d’étoffes, et ils allaient aussi sur les marchés.

    Ils eurent quatre garçons, Amédée était le deuxième.

    Accaparés par leur commerce ils étaient assez indifférents en ce qui concerne la religion.  Ils étaient sans doute un peu moins qu’il ne le prétend, puisque, né le 23 Avril 1913 il reçut le baptême le 4 Mai suivant, dans la paroisse de sa famille, Desvres, du diocèse d’Arras.

    Juillet-Août 1914, début de la Grande Guerre.  Le Papa est mobilisé.  Vue la proximité du port de Boulogne, on décide d’évacuer le petit Amédée à Saint Omer, chez les grands parents maternels, par sécurité.  Il passera ainsi sa plus tendre enfance, 1914-1918 éloigné de sa famille.  Souvent, la nuit, l’enfant sera emmené dans l’abri du quartier pour le protéger contre les bombardements de l’artillerie allemande, postée sur la frontière belge.  Trois des oncles maternels étaient aussi mobilisés.

    Amédée gardera le souvenir de Saint Omer comme d’une ville pleine de militaires de tous pays, alors que sa ville natale Desvres ne sera jamais bombardée.  Près de la fin de la guerre, la zone de Saint Omer devenant trop dangereuse, l’enfant fut ramené chez sa Maman.

    Il était temps, peu après la maison des grands parents fut complètement détruite dans un bombardement.  Par la suite Amédée aimera revenir chez ses grands parents à Saint Omer.

    A Desvres la maison était située près de l’église, mais la famille étant peu pratiquante, personne ne se donna la peine de lui enseigner les prières.  C’est un compagnon de jeu qui l’amena au catéchisme.

    Il s’y trouva avec des enfants de son âge et y prit intérêt.  Le jour de sa Première Communion il fut heureux de voir toute la famille à la messe.

    Au cours de ses études c’est une rencontre avec le P. Depierre, de notre société, qui lui fit connaître les Missions Etrangères et avec qui il resta en relation.  En Octobre 1926 il entre an Petit Séminaire de Boulogne sur mer.  Le 19 Juillet 1931 y eut lieu la prise de soutane et il entra au Séminaire de Bièvres.

    D’Octobre 1934 à Octobre 1935 service militaire à Cambrai au 1er régiment d’Infanterie.  Après cette année passée sans histoire, il entre au Séminaire de la Rue du Bac.

    Ses parents moururent pendant ses années de séminaire.

    Se préparant à l’Ordination il se demandait comment se procurer un calice, quand il apprit qu’il y avait la liquidation du matériel de l’aumônerie militaire de la guerre.  Il y trouva un magnifique calice en argent massif et une belle aube brodée, pour une somme dérisoire.

    Il fut ordonné le 29 Juin 1938 et fut désigné pour la mission de Fukuoka, au Japon.  Il alla à Desvres pour célébrer sa Première messe dans une église comble et faire ses adieux.

    Il ne dit rien de son voyage par bateau pour rejoindre sa mission.  Au Diocèse de Fukuoka, l’Evêque était Mgr Breton, lui aussi d’Arras, qui l’accueillit paternellement.  Le jeune Père Amédée se mit aussitôt à l’étude de la langue.  Il n’avait encore qu’un maigre bagage de langue japonaise, quand on lui demanda d’aller faire des remplacements écrit-il dans ses « Souvenirs ».

    Les événements vinrent bouleverser la vie du nouveau missionnaire.

    Le 23 Avril 1940 il reçut l’ordre de se mettre à la disposition des autorités militaires françaises.  Avec deux autres confrères, dont le P. Fonteneau, il embarqua sur le bateau le « Maréchal Foch ».  Leur voyage se termina à Haïphong, la veille du jour de la Pentecôte.

    Intégré comme caporal au 1er Tirailleur Tonkinois, il utilisa ses loisirs à l’étude du japonais.  Il s’était muni du cours anglo-japonais de Vaccari et fit si bien qu’il fut capable de rédiger lui-même, peu après, un cours franco-japonais qu’il fit imprimer.  Il eut l’occasion de l’enseigner.  Nous avons eu nous-mêmes ce cours entre les mains, ce n’était pas mal du tout.  Envoyé ensuite à Hué il servit comme interprète au bureau de liaison Franco-japonais et devint professeur au collège de la Providence.

    Après le coup de force des Japonais, le 9 Mars 1945, à Tourane, d’interprète il devint prisonnier des Japonais.  Mais le 15 Août 1945 on lui ouvrit la porte, la Guerre du Pacifique étant finie après la destruction des villes de Hiroshima et Nagasaki par les bombes atomiques.

    Ce n’était que changer de maîtres, les Viets ayant enfin les mains libres traitent durement les Français.

    Ramené à Hué, Amédée est interné avec une vingtaine de nos confrères, et cette situation durera plus de six mois.

    Pour finir ce long intermède militaire, le calme revenant peu à peu, un bateau militaire français partant pour le Japon accepta de le prendre à bord.  Il débarque le 17 Août 1946 à Yokosuka, port militaire de Yokohama, et à sa grande surprise y retrouve son évêque de Fukuoka Mgr Breton.  Ce dernier ayant laissé la place à un nouvel évêque japonais, avec ses religieuses de la Visitation, se préparait à ouvrir dans un bâtiment hospitalier de la Marine japonaise, un hôpital catholique, l’Hôpital Saint Joseph.  En attendant mieux, notre ami Amédée en devint le chapelain.

    En 1948, la province de Shizuoka, une des quatre provinces qui forment le diocèse de Yokohama, est entièrement confiée à notre Société des Missions Etrangères.  Le Père Amédée y est demandé et on lui confie toute la partie Est, avec comme ville centrale, Numazu.  Cette ville a subi de terribles bombardements des Américains en Juillet 1945, juste un mois avant la reddition de l’armée japonaise.

    Une ère nouvelle s’ouvre alors pour l’évangélisation du Japon.  Des jeunes missionnaires arrivent de France, « anciens » militaires ou prisonniers et se mettent à l’étude de la langue.

    Puis ce furent d’autres jeunes qui, expulsés de Chine par le Gouvernement de Mao Tse Tong, reçurent à Hongkong comme nouvelle destination : le Japon.  Le signataire de ces lignes est l’un d’entre eux.  Nous sommes arrivés quatre, venant de Chunking et de Kweiyang, pour la Province de Shizuoka, le jour du 29 Février 1952.  Etant allés saluer l’évêque de Yokohama Mgr Araï, il venait d’être sacré 3 jours avant.  Il sera notre évêque pendant 32 ans.  Le Père Amédée resta à Numazu jusqu’en 1956.  Il put voir son large district être partagé.  En quelques années trois nouvelles paroisses y furent fondées.  Dans toute cette province de Shizuoka, de 4 paroisses existantes avant la guerre, en 1970 on pouvait compter 15 paroisses florissantes.  La chrétienté du diocèse de Yokohama passait dans ce même laps de temps de 10.000 catholiques à 40.000… sans compter les jardins d’enfants, les écoles, les établissements hospitaliers.  Les 25 années d’après la guerre du Pacifique furent l’âge d’or de l’Eglise japonaise.

    Parallèlement les villes se reconstruisaient et prospéraient, on vit bientôt les premiers voitures japonaises et les premières autoroutes.

    En 1956 notre ami Amédée allait en France pour son premier congé bien mérité.  A son retour on lui demanda de prendre la charge de la procure de Shizuoka.  Le bâtiment qui nous avait hébergés à notre arrivée au Japon et pendant notre étude de la langue, était une assez grande maison, en bois, qui aurait demandé maintenant d’importants travaux de restauration.

    Notre nouveau procureur pensa plutôt à vendre une partie du terrain qui était assez grand et avec le produit de la vente, bâtir en dur, une maison accueillante.  C’est ce qui fut fait, et il fut assez fier de cette réalisation.  C’est ainsi que la Télévision nationale japonaise vint s’établir comme notre voisine.

    Cette maison, qui est notre lieu de réunion mensuelle, a encore été, ces dernières années, modernisée par le P. Jacquel.

    En 1964 le P. Amédée part en congé.  Le P. Presse, un ancien de Chine, ayant été nommé à la procure, à son retour, notre ancien prend en charge la presqu’île d’Izu, qui faisait partie, avant, de son District de Numazu.

    Avant qu’il eut donné sa mesure, dès l’année suivante on lui demanda d’aller à Yaïzu, important port de pêche situé près de Shizuoka.  Une chrétienté assez nombreuse avec beaucoup de jeunes l’y attendait, il y fut heureux, la ville lui rappelait Boulogne sur mer.  Il y resta de 1965 à 1969.  Depuis plusieurs années il avait des ennuis de santé, tantôt c’était la malaria dont il avait eu les premières atteintes au Vietnam tantôt des névralgies qui lui faisaient garder la chambre…  Nous disions cependant entre nous que ce serait lui qui nous enterrerait tous.

    C’est, sans doute, ce qui lui fit accepter la proposition d’aller comme aumônier des Sœurs Irlandaises et de leur école du Sacré Cœur, à Susono au pied du Mont Fuji.  Mais en 1971 il rentra pour quelques mois en France pour se faire soigner.  Il dit à ce sujet qu’il eut un traitement au cobalt, sans donner plus d’explications.

    Revenu au Japon au début de l’année 1972 il accepta la charge de la ville d’Atami, ville célèbre par ses sources d’eau chaude, qui faisait aussi partie de son ancien district de Numazu.  Ce sera son dernier poste où il restera pendant 16 ans, de 1972 à 1988.

    En plus de ces différents postes, notre confrère Amédée eut dès le début de son séjour, une activité de Directeur spirituel pour plusieurs communautés de religieuses.  Après la Concile, sur la demande des Sœurs, il commenta « Lumen gentium », constitution dogmatique de l’Eglise.  Le texte de ces conférences a été publié en japonais et constitue un beau volume qui a été très demandé.  Il raconte, à la fin de ses souvenirs, qu’il reçut un jour une lettre de la Bibliothèque Nationale, lui disant que dans les documents amenés du Vietnam il y avait le cours de japonais qu’il y avait publié, mais qu’il manquait des pages.  Il se fit un plaisir d’envoyer à la Bibliothèque un texte complet.

    Notre ami Amédée aimait souvent dire qu’un missionnaire est toujours et partout missionnaire, quel ques soient les circonstances.  Sa vie pleine d’imprévus en est un bel exemple.

    Il se retira à notre maison Saint Raphael à Montbeton en 1988.  Jusqu’à son dernier jour il fut missionnaire par la prière.

    Daignant le Seigneur Jésus et Sa Très Sainte Mère nous réunir près d’Eux, un jour, avec tous ceux que nous avons connus et aimés.

    • Numéro : 3602
    • Pays : Japon
    • Année : 1938