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Antoine SUDRE (1859-1923)

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    M. Antoine Sudre naquit le 2 février 1859 au hameau de Neuffonts, commune de Gelles (Puy-de-Dôme), d’une famille très chrétienne qui donna trois filles au couvent. Entré, après des études un peu sommaires, au collège de Billon, il y passa trois ans et fut reçu en 1880 au grand séminaire de Clermont. Ordonné prêtre le 19 décembre 1885, il fut nommé vicaire à Saint-Saturnin. En septembre 1886 il entra au Séminaire des Missions-Étrangères et partit de Marseille le 14 décembre 1887 pour arriver à Quinhon (Cochinchine Orientale) le 20 janvier 1888.

     

    Après avoir étudié la langue à Songcat, non loin de l’évêché. M. Sudre fut nommé, en juillet 1888, curé de Trungson (Quang-ngai) et, en 1894, curé de Cuva, dans la même province, où il passa vingt et un ans, avec il est vrai deux séjours à Hongkong nécessités par son état de santé. En août 1909, notre confrère dut une troisième fois retourner à Hongkong, d’où, en 1910, les médecins l’envoyèrent en France. Il y fit un séjour de trois années mais ne put recouvrer sa première vigueur. Il regagna sa Mission le 12 juin 1913, et fut chargé du district de Dai-an, tout près du grand séminaire ; il y demeura jusqu’à sa mort.

     

    Voici en quels termes la « Dépêche Coloniale » du 18 mai apprécie l’œuvre à laquelle ce vaillant missionnaire avait sacrifié sa santé et consacré sa vie : « Envoyé, il y a de cela quelque trente ans, au fond de la lointaine province du Quang-ngai, au milieu d’une population pauvre, vivant tant bien que mal sur un sol souvent désolé par la sécheresse, l’idée lui vint de défricher les champs de ses paroissiens en même temps que leur âme.

     

    À quelques kilomètres de la chrétienté, en pleine montagne, l’eau d’une large rivière dévale en torrents impétueux pour aller se perdre dans la mer.

     

    Si l’on pouvait en détourner une partie du côté de la plaine, ce serait la fortune pour toute la contrée. À la vérité, d’autres y avaient songé avant le missionnaire ; mais, devant la difficulté de la tâche, ils se contentaient de secouer tristement la tête, de même que les habitants se contentaient, chaque année, d’amasser une maigre récolte de riz, juste ce qu’un soleil implacable voulait bien leur laisser.

     

    Le P. Sudre — notez, je vous prie, ce détail — était auvergnat, c’est-à-dire un homme d’une ténacité intelligence et à toute épreuve, il voulut son canal et, pour atteindre ce but, se fit tour à tour ingénieur et maçon.

     

    Par ses soins et sur ses conseils, chrétiens et bouddhistes, unis en l’occurrence par un commun idéal, celui du bien-être entrevu, se mirent à la besogne.

     

    Les choses n’allèrent pas toutes seules ; bien au contraire, long et pénible fut le travail ; mais l’auvergnat eut finalement raison des difficultés issues tant du sol que de ses ouvriers improvisés et du manque de fonds. Bref, un beau jour, une eau claire coulant, ici entre les parois de la pierre, là le long d’un aqueduc, plus loin dans un lit sablonneux creusé à flanc de coteau, apporta l’abondance dans toute cette région auparavant stérile. Bientôt il ne fut plus permis d’ignorer, de Quinhon à Tourane, le canal du P. Sudre, ou, pour employer une expression plus couleur locale, « le canal du grand homme d’Occident. »

     

    Les païens eux-mêmes n’ont pas oublié le dévouement de M. Sudre : à sa mort ils voulurent lui élever un pagodon où ils lui auraient brûlé de l’encens comme à l’un de leurs génies bienfaiteurs. Le successeur de M. Sudre, pressenti, les en dissuada en leur disant que ce serait sûrement offenser le défunt que de lui rendre un culte païen. Les bouddhistes se retirèrent, mais pour revenir peu après offrir au missionnaire le produit d’une souscription afin de faire célébrer un service pour le repos de l’âme de notre confrère.

     

    Très doux de caractère, très patient, M. Sudre a partout conquis le cœur de ses chrétiens et même des païens qui l’entouraient. Les européens également l’estimaient beaucoup, bien qu’il ne les fréquentât que rarement. Pour nous, missionnaires, c’était — et c’est tout dire— le « bon vieux Père Sudre ».

     

    Durant ces dernières années, il était devenu le prédicateur quasi attitré des retraites des prêtres indigènes, des séminaristes, des communautés religieuses, et il était, au dire de ceux qui l’ont entendu, un prédicateur très goûté.

     

    À ses moments de loisir, il aimait à relire nos vieux classiques latins et français et nous nous souvenons du grand plaisir que nous lui fîmes en lui offrant un Virgile que nous avions en double.

     

    En février 1923, M. Sudre, se sentant à bout de forces, quitta Dai-an pour se rendre à Quinhon où il eut encore la consolation de rencontrer de nombreux confrères venus pour la retraite. Le 19, le docteur, jugeant son état général inquiétant, lui conseilla d’aller à l’hôpital pour être plus à portée des soins médicaux. On eut un moment l’illusion que le cher malade allait guérir, et que, cette fois encore, ce n’était qu’une alerte. Hélas ! les courtes réactions d’une constitution autrefois robuste se firent de plus en plus rares, et M. Sudre s’endormit doucement dans le Seigneur, le 1er mars à minuit moins dix, assisté jusqu’à son dernier moment par. M. Piquet.

     

    Notre confrère, après nous avoir laissé l’exemple d’une grande pondération en toutes choses, d’un zèle sans tapage, d’une piété sans fracas, d’un effacement volontaire qu’on eût dit inné, attend maintenant la Résurrection dans ce petit cimetière voisin du petit séminaire de Langson, où déjà plusieurs des nôtres dorment leur dernier sommeil. « Vir simplex et rectus ac timens Deum. »

     

     

    • Numéro : 1773
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1887