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Charles STUTZMANN (1901-1944)

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    C’est à Cernay dans le Haut-Rhin que naquit le 23 juillet 1901 Charles-Apollinaire Stutzmann, d’une famille aisée et foncièrement chrétienne. Après ses études primaires au pays natal, il alla en 1913 en Belgique, à Mons, à l’Ecole apostolique St-Clément pour ses études secondaires ; sans doute pour  échapper à l’emprise allemande, et parce que l’appel deDieu pour les Missions se faisait déjà sentir en lui. Mais l’invasion germanique l’obligea à rentrer en Alsace. Il suivit, la mort dans l’âme, les péripéties de la guerre, jouant aux occupants tous les tours qu’il pouvait, brûlant du désir d’une action plus efficace, mais obligé par crainte des représailles de garder une certaine prudence. M. Delmas, alors Supérieur des Missions-Étrangères, en voyage en Alsace, connaissant par son oncle M. Neyer, du Vicariat de Hué, son désir d’aller aux Missions-Étrangères, lui proposa d’entrer au petit séminaire de Mattaincourt dans les Vosges, dont le Supérieur était bienveillant pour notre Société. Il accepta et fut là deux ans, de 1921 à 1923, jusqu’à son service militaire. D’après le cahier qu’il a laissé de son activité à la caserne, on voit qu’il était là tout à sa tâche comme il le sera toujours. La vie dure qu’il y mena acheva de forger son caractère énergique. Il devint maréchal des logis et aurait à regret quitté l’état militaire si une vocation plus élevée ne l’eût appelé, non plus à la garde de son pays ; mais à la délivrance des âmes païennes opprimées par le démon. Entré en 1923 à Bièvres, il reçut la tonsure et les premiers ordres-mineurs avant d’aller continuer es études à Rome en 1926. Il revint à Paris pour recevoir la prêtrise le 21 septembre 1929 et retourna à Rome pour terminer ses cours et attendre le moment de son départ pour l’Indochine.

     

    Arrivé à Saïgon au commencement d’octobre 1930, il trouva sur le quai son oncle, qui était venu se soigner et qui devait mourir quelques mois plus tard à Dalat. Après plusieurs jours passés dans la capitale du sud, il arriva à Quinhon le 23 octobre 1930 et fut envoyé apprendre la langue annamite à Go-dài près du bon M. Solvignon. Huit mois après, il quitte les tièdes rizières du Binh-dinh pour le grand air frais des plateaux Jarai, à Polei-Poo. C’était l’époque où s’ébauchaient partout les concessions agricoles des terres rouges. Par son savoir-faire et son amabilité, le nouveau missionnaire sut plaire à tous, et plusieurs planteurs gardèrent avec lui des relations d’amitié jusqu’à sa mort.

     

    Mais il n’était pas encore arrivé au champ réservé à son zèle : le district de Kon Horing. Il y parvint en 1932. Il fut d’abord bien impressionné par la bonne tenue du district nouvellement quitté par M. Hutinet, appelé à s’occuper de la fondation de l’Ecole apostolique. « Si le poste n’a pas trop souffert du changement de titulaire, disait-il dans son premier compte rendu, cela est dû à la bonne formation que mon prédécesseur avait donnée à ses catéchistes sedangs, et au profond sentiment religieux dont il a su imprégner un grand nombre de chrétiens. » Inutile de dire avec quelle ardeur il se mit au travail.

     

    Obligé de parcourir une région difficile pour visiter chaque mois les 12 villages de son district, il se servait au début des moyens ordinaires : bicyclette et cheval ; mais plus tard, comptant trop sur ses forces, il allait généralement à pied, et il était très souvent absent de sa résidence. Il n’était guère aidé par ses petits serviteurs annamites, et son alimentation, surtout durant les années de guerre, était par trop déficiente. Il était tout à son travail spirituel. Toujours modeste, discret, il travaillait sans parler de ses succès ou de ses ennuis avec les chrétiens. Au compte rendu annuel, ses voisins étaient tout étonnés de voir les noms de nouveaux villages convertis.

     

    D’un autre côté, ou sut un jour, qu’un village, confiant dans la Protection d’une certaine eau merveilleuse vendue par un sorcier, était retourné à la dissidence, semblant vouloir rompre aussi avec la religion. Bravement notre confrère se met à la recherche des brebis perdues. Ces égarés s’étaient éloignés de quelques kilomètres dans la montagne, avaient barré les sentiers et mis des lancettes dans la forêt aux passages accessibles. Il contourna toutes les défenses, franchit tous les obstacles, et les fuyards furent très surpris de le voir au milieu de leur campement. Ils n’osèrent pas lui résister  et revinrent à de meilleurs sentiments.

     

    Il était très généreux avec ses chrétiens, donnant non seulement des médicaments, mais des boîtes de lait aux malades, des friandises aux enfants, de l’argent aux pauvres ou aux endettés, des étoffes, etc... à tous ceux qui l’aidaient de quelque façon. Sa bonne réputation parmi les Sedangs de la région lui permit de convertir plusieurs villages païens et d’envoyer au ciel des centaines d’enfants par le baptême. Son district, qui était de 1 .600 chrétiens quand il le prit en main, était de 2.200 à sa mort, 13 ans après.

     

    Mobilisé pendant quelque temps seulement sur les côtes du Cap St-Jacques, il reprenait bientôt son travail à Kon-Horing où son influence morale était plus utile. L’année 1943 lui apporta une très mauvaise nouvelle : son jeune frère, l’espoir de la famille, qui venait de se marier, avait été tué accidentellement. Plus tard il apprit que beaucoup de familles alsaciennes avaient été déportées en Allemagne et il s’inquiétait pour les siens. Toutes ces souffrances morales ajoutées aux fatigues physiques ne firent qu’accroître sa dépression cérébrale. Il lui arriva plusieurs fois de perdre connaissance. Un premier médecin consulté donna quelques calmants et prescrivit du repos. Mais le mal s’aggravant, il dut se résigner à aller à Saïgon consulter les spécialistes de la Clinique St-Paul qui, après l’avoir radiographié, diagnostiquèrent une tumeur au cerveau et résolurent de l’opérer, espérant le sauver si la tumeur n’était pas trop développée. M. Stutzmann est mort loin de ses chers Sedangs et de ses confrères, qui ont perdu en lui un excellent missionnaire. Son corps repose au cimetière du tombeau d’Adran à Saïgon.

     

     

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    • Numéro : 3409
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1930