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Auguste SOVIGNET (1882-1944)

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    À Auguste Sovignet et Catherine Convers naquit, le 3 janvier 1882, à St-Pal-de-Mons, un fils qui reçut au baptême les prénoms d’Auguste-André. Son village natal fait partie du canton de St-Didier-la-Séauve, dans la Haute-Loire, en ce diocèse du Puy si riche en vocations missionnaires. Son enfance et son adolescence, qu’il passa au sein de sa famille profondément chrétienne, nous sont très peu connues. Il fit ses études au petit-séminaire de Monistrol-sur-Loire, pépinière de vocations qui a fourni tant de prêtres à la Société des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre le 29 juin 1905, il reçut sa destination pour la mission de Kumbakonam, et prit le départ le 16 août de la même année. Il porte, dans la liste des Ponots MEP le nº144.

    Le premier poste qui lui fut assigné après un rapide dégrossissage fut celui de Thennur, mais pour un intérim de trois mois seulement en 1906. Il joignit de là Pullambadi, qu’il occupa à deux reprises, de 1906 à 1912 d’abord, puis de 1912 à 1914. Il y construisit le presbytère attenant à l’église, bâtiment trapu et solide. En mai 1914 il regagnait Thennur. Charmant de caractère et serviable, il sait se faire aimer des confrères, et s’habitue assez rapidement à la rudesse de manières de ses chrétiens Padéachis. Malgré la suppression des allocations données jadis par la mission – car c’est la guerre ! – il maintient ses écoles, pour la facilité qu’elles donnent d’enseigner le catéchisme aux tout-petits. Au centre et dans ses stations il se livre à des travaux de réparations et entreprend des bâtisses nouvelles. C’est dans cette paroisse que vient le surprendre la nouvelle de sa nomination par Mgr Chapuis comme vicaire général – vicaire général ponot d’un évêque ponot. Mais, à cause du manque de personnel, de nombreux confrères étant mobilisés, il dut tout d’abord rester sur place et cumuler sa nouvelle charge avec celle de curé d’une grosse paroisse qui comptait à cette époque, en 1918, plus de 3.600 âmes. Cependant, le 13 janvier 1919, il put se rapprocher de l’évêché, ayant été nommé curé de la cathédrale.

     

    Après seize années de labeur apostolique non exempt de difficultés, il va prendre quelque repos au pays natal, et sera absent de la mission de fin août 1921 à la mi-décembre 1922. Peu après son retour, l’état de santé de Monseigneur Chapuis nécessitant de longs séjours hors du diocèse, il devient administrateur apostolique. C’est lui qui, en l’absence de l’évêque, recevra Mgr Lépicier, visiteur apostolique, et verra en cette circonstance la soumission de plusieurs chrétientés depuis longtemps rebelles. La conduite effective du diocèse, les visites pastorales et les confirmations occupent bien son temps. Au cours d’une de ses tournées il revoit son ancien district de Thennur dont il a plaisir à constater les progrès : la population catholique a augmenté depuis son départ de près d’un millier d’âmes, tandis que s’achève la construction de l’église d’Arantanghi, commencée par ses soins. Du reste, lui-même bâtit encore : les fondations de la nouvelle cathédrale de Kumbakonam sortent de terre – nous sommes en 1925 – face aux 300 pagodes de la “Bénarès du Sud”.

     

    En 1927 il enregistre comme un succès le fait que la situation du personnel diocésain lui permette enfin d’envoyer un confrère “ad gentes”. Il s’agissait en l’occurrence du Père Prunier, futur premier évêque de Salem. En décembre, Monseigneur Chapuis rentre de France. De longue date il travaille à la cession du diocèse au clergé local, et son vicaire général a joué lui aussi une part importante en cette grande affaire. Cependant, le retour du Pontife n’allège pas les travaux de son collaborateur ; il doit en effet s’éloigner à nouveau et, du Sanatorium des Nilgiris, laisse presque complètement au Père Sovignet la charge du diocèse. Il en sera ainsi jusqu’en 1930, année du décès de Mgr Chapuis.

     

    Une nouvelle période commence avec la fondation du diocèse de Salem. Après avoir assumé les plus hauts emplois sans en avoir recueilli les honneurs, le Père Sovignet est à sa demande envoyé à Kovilur, à une cinquantaine de kilomètres de Salem, sur la route de Bangalore. Ce devait être son dernier poste, le seul qu’il occupa jamais dans la nouvelle mission. Durant les quatorze dernières années de sa vie, il s’y dévoua sans compter. Ce district immense est d’ailleurs à la taille de son zèle infatigable : les deux pointes extrêmes, Billigundu et Uttamalai, sont en effet séparées du centre par 70 kilomètres. Royaume de jungle, où la grosse faune fait la joie des chasseurs, pays sauvage au possible, et que rendent à peine accessible d’affreuses pistes de brousse. Le centre heureusement dispose d’une magnifique et spacieuse église, à la construction de laquelle travaillèrent les Pères Bréas et Chouvenc – encore deux Ponots ! – et qui s’orne même de fresques, œuvre du Père Bréas. Près de l’église, un vaste presbytère construit par le Père Chouvenc sera aménagé et complété par le Père Sovignet, qui en céda d’ailleurs toute une aile pour l’installation provisoire d’une école de garçons, moyennant six à huit heures de chahut par jour. Non loin de là, un couvent-école de filles, trop petit et bien délabré, qu’il entreprend d’agrandir. Il ne s’en tient pas là, puisque l’église de Congarapatti est aussi son œuvre et que, peu de temps avant sa mort, il inaugurera les locaux d’une école de garçons enfin digne de ce nom.

     

    Jusqu’en 1942 on ne le connut apparemment jamais malade, son tempérament robuste lui permettait de donner sa pleine mesure. Il avait, disait-on, bon estomac et bel appétit. Il n’en allait malheureusement pas de même pour les jambes qui enflaient facilement. Il eut beaucoup à en souffrir, à Kumbakonam déjà, mais surtout dans sa dernière cure d’où l’administration de certains villages n’était possible qu’en s’y rendant à pied par de mauvais chemins. La distance, la chaleur, les pieds qui récalcitrant : le Père Sovignet allait toujours, héroïquement. La fatigue néanmoins finit par avoir raison de sa rude constitution ; très affaibli, il dut se soumettre à Bangalore à une transfusion de sang en 1943. Puis, de nouveau plein d’espoir il regagna son immense paroisse. Mais il ne put s’y tenir au régime sévère que réclamait son état de santé. Un séjour à St-Théodore ne lui profita plus, il était déjà trop tard. Ayant mis ordre à ses affaires, il fut conduit à Ste-Marthe où il arriva épuisé. Une nouvelle transfusion de sang n’amena pas de changement appréciable. A partir de ce moment, 14 septembre, le Père, conscient de son état, se prépara avec plus d’intensité à retourner vers son Créateur. La mort vint le chercher le jour de Toussaint 1944. Monseigneur Prunier après avoir donné l’absoute le conduisit au cimetière des missionnaires le 2 novembre ; l’accompagnèrent aussi à sa dernière demeure S. Exc. le Délégué apostolique, Mgr de Bangalore et un évêque de Ceylan.

     

    Le 10 novembre Mgr Prunier célébra un service à Kovilur pour le repos de son âme. Les paroissiens en foule y assistèrent, venus des quatre coins du district, et 400 d’entre eux s’approchèrent de la Ste-Table. À l’issue de la cérémonie, et comme le défunt l’avait réglé, pauvres, veuves et enfants reçurent une large aumône. C’est à la demande de la population que le Père Bulliard, nouveau curé de Kovilur, y ramena la dépouille de son prédécesseur en octobre 1946. Elle repose depuis lors au sud de l’église, près du bras de l’Evangile.

     

    Grand laborieux, zélé pour la gloire de Dieu et le salut de toutes les âmes, le Père Sovignet ne craignait pas de se dépenser. Champion du système des écoles, il les multiplia, petites et grandes, en répara et agrandit bon nombre et en bâtit de nouvelles. Il s’intéressait beaucoup aux vocations, tant de jeunes filles que de jeunes gens, et ne cachait pas sa joie d’avoir pu envoyer in 1937 des enfants pariahs au petit séminaire, initiative qu’il n’avait pas prise sans appréhension. Plusieurs jeunes missionnaires et prêtres indiens furent formés par lui au ministère pastoral. Il était très goûté aussi comme conseiller et directeur des religieuses et novices. Confesseur infatigable, toujours à la disposition des pénitents, il était aussi fort charitable, et le savaient bien tous les mendiants qui recouraient à lui comme à une providence et tentaient bien de temps à autre de l’exploiter. Tous les dimanches, à Kovilur, il siégeait pour prendre connaissance des disputes, défendre les faibles et redresser les torts. Sa mémoire des noms était remarquable et presque infaillible, même après de longues années, sa connaissance des visages, des familles, des tenants et aboutissants de ses chrétiens. Cette faculté lui fut d’une grande utilité pour l’étude de la langue tamoule qu’il parlait avec une grande facilité. Ses sermons se distinguaient par la simplicité, la clarté et le côté pratique, et il était aidé par une voix forte et chaude qui disposait l’auditoire à l’écouter avec sympathie.

     

    Comme administrateur apostolique à Kumbakonam il eut à surmonter de nombreuses difficultés, et notamment des révoltes de mécontents, mais il conserva toujours une parfaite égalité d’esprit et sut mener les choses rondement, sans jamais se départir de la prudence nécessaire. Il s’entendit toujours très bien avec Mgr Chapuis qui voyait en lui un collaborateur idéal. Avec cela, un esprit de franche et cordiale camaraderie, qui le faisait aimer et estimer de tous les confrères, même de beaucoup plus âgés que lui. Ses chrétiens ne sont pas seuls à pleurer sa disparition.

    • Numéro : 2855
    • Pays : Inde
    • Année : 1905