Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

André SOUYRIS (1873-1945)

Add this

    M. Joseph Souyris naquit à Coupiac (Aveyron) le 8 février 1873. Il fit ses études au Collège apostolique de St-Laurent d’Olt, dirigé par les Pères Blancs. Il entra au Séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1892 ; ordonné prêtre le 27 juin 1897, il partit le 28 juillet pour le Yun-nan, où il parvint en novembre de la même année. Mgr Fenouil le garda quelque temps auprès de lui, puis l’envoya faire son éducation missionnaire auprès de M. Bonhomme, à Tung-tchoan. C’est dans cette région qu’il fit ses premières armes, mettant à profit la grande expérience et les bons conseils de son maître. Plus tard, quand une connaissance suffisante de la langue chinoise lui permit de remplir le saint ministère, il fut chargé des deux centres de Lu-pu et de K’iao-kia, situés respectivement au nord et au nord-ouest de Tung-tchoan. Les chrétiens s’aperçurent bientôt que leur nouveau Père prenait à cœur de leur donner une instruction religieuse solide et une véritable formation chrétienne ; ils furent les témoins de son dévouement infatigable pour visiter les familles isolées, les consoler et les affermir dans la foi, évitant comme saint Paul, de leur être à charge.

     

    Lors des troubles du Yunnan, en 1900, MM. Bonhomme et Souyris se réfugièrent au Kwei-tcheou, où M. Souyris fut atteint de la fièvre typhoïde. M. Lucas, prêtre chinois et vicaire à Pe-t’ang, soigna admirablement le malade qui fut sauvé ; malheureusement M. Lucas fut pris, lui aussi, du même mal et mourut.

     

    La tourmente passée, M. Souyris regagna son poste de Tung-tchoan et y continua son apostolat avec le même zèle. En 1905, il remplaça M. Kircher à Lan-gni-tsin, dont les habitants ont de réelles qualités : paisibles, travailleurs, mais un peu vindicatifs. Pendant deux ans, il s’efforça d’amener ses ouailles à une vie plus chrétienne. Il eut fort à faire, car l’audition de la messe ne leur était pas encore coutumière, malgré les instances réitérées et fermes de leur dévoué pasteur. Ne constatant pas une amélioration sensible, de leur part, il crut bon d’aller résider à A-qui où les habitants lui semblaient mieux disposés à observer la religion chrétienne. Là le travail du missionnaire fut plus fructueux ; il construisit chapelle, résidence, une école de filles, et enregistra de nombreux baptêmes d’adultes qu’il instruisit avec soin et dont il réussit à faire d’excellents chrétiens, restés fidèles à leur foi.

     

    Au début de 1910, M. Souyris, fatigué, obtint de son supérieur d’aller se reposer quelque temps à Hong-Kong. A son retour, Mgr de Gorostarzu, conscient des aptitudes particulières de son missionnaire pour la formation des nouveaux chrétiens, lui demanda d’aller prendre la succession de M. Maire à Tou-dza. Celui-ci avait fondé de nombreuses stations dans cette région, et s’y était attiré beaucoup de sympathie de la part des Chinois influents. M. Souyris vint donc à Tou-dza. M. Maire lui fit parcourir les différents villages où lui-même avait semé la bonne nouvelle et où il y avait espoir d’une belle moisson. La première impression fut excellente : les gens parurent simples et dociles ; mais ils avaient un goût prononcé pour l’alcool, sujet d’inquiétudes pour le nouveau titulaire du poste. Il essaya d’abord de comprendre la mentalité de ses nouveaux fidèles, de se mettre au courant de leurs us et coutumes, de leurs qualités et de leurs défauts. Il mit tout en œuvre pour les attirer à l’église, pour leur faire connaître et aimer Dieu. Pendant les premières années, il eut quelques succès, vivant d’espoir d’augmenter peu à peu son petit troupeau. C’est ainsi que passant un jour au bourg de A-in-ly, il y rencontra les chefs du village qui parurent bien disposés ; à une dizaine de lieues plus au sud, il découvrit à Ta-se-y une vingtaine de familles qui, dès le premier contact, lui furent acquises.

     

    Cependant, la chrétienté de Tou-dza, qui lui avait paru si intéressante au début, manquait de persévérance ; l’alcool et l’opium étaient un grand obstacle à leur vie chrétienne. Le centre de Pan-kiao-ho donnant des gages d’une plus sérieuse stabilité, M. Souyris vint s’y fixer et continua l’œuvre commencée à Tou-dza. Les débuts furent heureux, car il réussit à former des familles qui devaient bien présager de l’avenir de la petite chrétienté. Longtemps Pan-kiao-ho lui donna satisfaction ; mais l’hygiène n’a pas grande importance chez les Chinois ; aussi chaque année les maladies, les épidémies causaient de nombreux vides que les naissances et les nouveaux chrétiens n’arrivaient pas à combler.

     

    Un autre village de la préfecture de Se-tsong, bien situé, l’attirait davantage et lui paraissait plus central ; il vint s’installer à A-in-ly vers 1915. Il y construisit une jolie petite chapelle, deux écoles, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, et une très agréable résidence, formant un ensemble parfaitement ordonné. Il réussit à s’attirer quelques jeunes gens auxquels il enseignait non seulement, la religion, mais encore l’arithmétique et la musique ; il leur donna un bon professeur de chinois, afin qu’ils ne soient pas inférieurs à leurs concitoyens les mieux instruits. Plus tard ces jeunes gens ont été envoyés dans les villages comme catéchistes des catéchumènes. Ainsi chaque année M. Souyris eut la consolation de baptiser quelques familles. Le pasteur était très difficile pour les admissions au baptême, il préférait la qualité à la quantité : aussi nombreux étaient-ils ceux qui devaient subir une longue épreuve avant d’être baptisés. Tous les soirs les chrétiens se réunissaient à sa résidence pour entendre le missionnaire exposer des traits intéressants tirés de l’Ecriture sainte et de la vie des saints. La paternelle sollicitude de M. Souyris ne se bornait pas à la formation chrétienne de ses enfants, il s’intéressait aussi à leur bien-être matériel. Ainsi il n’y avait pas de marché au village d’A-in-ly, et ses habitants perdaient des journées entières pour aller très loin s’approvisionner des denrées dont ils manquaient. Non loin du village, il en établit un qui fut vite très fréquenté ; avec quelques jeunes gens, il en assura lui-même la police, faisant la chasse aux fumeurs d’opium et aux joueurs. Il les aida ensuite à organiser des caisses rurales grâce auxquelles ils pouvaient emprunter à intérêts très bas et faire face à des nécessités imprévues. Tous les habitants du pays, chrétiens et païens, lui gardèrent toujours une très grande reconnaissance pour les services qu’il leur a rendus. En 1926-27, au temps des bandes armées, il épargna plusieurs fois au village d’être pillé et incendié.

     

    En 1938, le cœur lui donnant quelques inquiétudes, il dut se résigner à ménager ses forces. Au début de 1940, Mgr Larregain lui donna un vicaire, et vers la fin de l’année l’autorisa à se retirer à Mou-tchou-tsin, près de son grand ami M. Rossillon. En décembre 1942, le Vicaire apostolique lui confia l’aumônerie du Carmel à Wei-tse. En avril de l’année suivante, le poste d’A-in-ly devenait subitement vacant ; M. Souyris n’écoutant que son zèle ardent et constatant l’embarras de son Supérieur, lui offrit ses services pour reprendre son ancien poste ; mais le divin Maître jugea le moment venu de récompenser son fidèle serviteur ; il le rappela à Lui le 25 juillet 1945. M. Souyris repose maintenant dans le petit cimetière de A-in-ly, au milieu de ceux qu’il a tant aimés.

    • Numéro : 2285
    • Pays : Chine
    • Année : 1897