Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Henri SOUVEY (1885-1926)

Add this

    Henri Souvey naquit le 23 juin 1885 à Saint-Claude, dans la banlieue de Besançon. Les notes qui nous ont été communiquées par sa sœur nous apprennent que l’enfant était si frêle qu’on n’espérait guère prolonger ses jours au delà de quelques semaines. Il vécut cependant à  force de soins, mais garda pendant ses jeunes années un tempérament impressionnable et nerveux à l’excès. Il fut baptisé quelque temps après sa naissance par le frère de sa mère, curé dans une paroisse de la Haute-Savoie.

    « Etant enfant, nous dit sa sœur, je l’ai toujours vu doux et timide, peu porté aux jeux bruyants si familiers aux enfants de son âge. Il passa de l’école maternelle chez les Frères des Ecoles Chrétiennes où, directement en contact avec la jeunesse turbulente, il prit du cran et de l’audace. » Il perdit sa mère au moment où il allait faire sa pre­mière communion et l’on conçoit facilement combien cette petite âme si tendrement affectueuse dut ressentir de douleur. Sa première com­munion fut pour sa mère au souvenir de laquelle il versa des larmes abondantes.

    Peu de temps après, sur la décision de son oncle le curé de Charcenne, il entra au petit Séminaire de Marnay où, élève exemplaire, il se fit bientôt remarquer par sa piété, sa vive intelligence et son assiduité au travail. Il se rangea bien vite parmi les meilleurs élèves et enleva presque toujours tous les premiers prix de sa classe.

    Mais voici le moment de la rhétorique et il faut prendre une décision pour son avenir. Chez lui, la décision est prise depuis longtemps, il sera missionnaire.

    Rien ne lui causa plus de plaisir et de sainte joie que son admission au Séminaire des Missions-Étrangères. Ecrivant à sa sœur à la date du 22 août 1902, il lui dit : « Je suis admis aux Missions-Étrangères à Paris. J’ai gagné à ma cause l’oncle de Charcenne et jamais l’action de la Providence n’a été plus évidente pour moi qu’à cette occasion. »

    Le pieux séminariste va se mettre sous la protection de Notre-Dame de Lourdes et ce pèlerinage laisse dans son cœur des sentiments de profonde reconnaissance envers la Reine des Apôtres. Le 18 septembre dans l’après-midi il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères et là, comme à Mornay, il justifiera toutes les espérances que ses directeurs et maîtres avaient sur lui.

     

    C’est au Collège général de Penang, où les aspirants dans les ordres sacrés ou appelés à les recevoir avaient été envoyés finir leurs études, que M. Souvey reçut sa destination pour la Procure générale de Hongkong. Il y arriva le 10 juillet 1907.

    Le nouvel assistant procureur était diacre et c’est au mois de novembre de cette même année 1907 qu’il fut ordonné prêtre par Mgr Pozzoni dans la chapelle de notre Etablissement de Nazareth.

    Sa foi si vivante, sa piété si douce, son maintien si recueilli et son caractère si franc et si ouvert faisaient de lui un missionnaire dont la compagnie était facilement recherchée. Il avait désiré de tout son cœur, comme tant d’autres, aller porter aux païens la bonne nouvelle de l’Evangile. Il avait rêvé d’appeler les peuples à Dieu et d’annoncer le Christ aux gentils. Et voilà que, réservé au service administratif des Missions, il allait renfermer son activité dans l’espace étroit d’un bureau et passer sa vie à correspondre avec ses confrères.

    Sa nature généreuse était prête à tous les sacrifices, et la volonté de ses supérieurs était pour lui la Volonté de Dieu. Obéissant il le fut ; et ceux qui l’ont connu savent que le devoir intégral fut l’unique règle de sa vie. Il n’hésita jamais et, peu soucieux des critiques et remar-ques de ceux qui l’entourent, il ira droit au but, quand il est persuadé que ce but est celui qu’il doit atteindre.

    Econome de son temps tout autant que des deniers de la caisse de la procure, ses heures d’étude, de travail,de prières et de dévotions seront scrupuleusement calculées.

    Heureusement doué, en quelques mois il apprendra l’anglais et consacrera à l’étude du chinois, avec obstination et de judicieuses combinaisons, le temps voulu, sans pour cela négliger le travail de routine qui oblige le procureur à passer du bureau, à l’inspection dans ­les magasins généraux des caisses arrivées de France, à l’embarquement ou au débarquement des missionnaires de passage, aux courses multiples nécessitées par les divers petits achats que tout missionnaire fait à son passage dans les ports. Dans cette fonction de serviteur de ses frères, il se montrera toujours empressé A leur rendre service, mais évitera soigneusement toute perte de temps. Peut-être pourrait-on dire que, sur ce point, ses calculs étaient un peu mesurés et parfois trop justes.

    Dès fin 1910, très au courant de son service, il est tout préparé à prendre une part plus directe dans les affaires administratives de la procure générale.

    Esprit scrupuleusement exact, M. Souvey n’est complètement satisfait que lorsqu’il a épuisé une question jusque dans ses plus petits détails, suivi un raisonnement jusqu’aux dernières conséquences qu’il est possible d’en tirer. En un mot, il est minutieux. Et quand il a terminé un travail on peut dire qu’il n’y a rien à y ajouter. Il a le culte de la recherche dans l’établissement d’un compte comme dans les déductions d’une étude théologique. S’il n’est pas parvenu à voir le fond des choses, il persévère pendant de longues heures, médite, fait des hypothèses, et quand il a enfin trouvé la solution du problème, il éprouve une joie souvent manifestée.

    Réservé et peu communicatif dans ses relations avec le monde, M. Souvey était facilement prolixe dans ses lettres comme dans ses conversations avec ses amis et les missionnaires bien connus de lui. Il avait la discussion chaude, quelquefois un peu vive, parce que parfaitement convaincu et très pénétré du sujet qu’il traitait, et parce qu’il lisait beaucoup, se documentait et faisait ample réserve de notes, sa conversation était nourrie et instructive.

    Si la science ecclésiastique avait ses préférences, n’ayant rien négligé pour poursuivre et compléter les études qu’il avait faites au séminaire, il était très au courant des meilleures publications de notre temps, soit par la lecture soit par la critique des ouvrages parus.

     

    Comment ne pas parler de sa piété, de son esprit tout apostolique et surtout de son grand amour de la pauvreté ? M. Souvey continuera en procure l’observation de son règlement de séminariste, et celui qui fut le directeur de son âme pourrait nous dire combien il y fut fidèle. Pour nous qui avons vécu de nombreuses années à ses côtés, nous pouvons rendre témoignage de son édifiante régularité à donner à la prière la part qu’elle doit avoir dans la vie d’un prêtre. Lui qui ne pouvait descendre dans la plaine pour y combattre, levait les mains au Ciel, au sommet de la colline, pour demander à Dieu la victoire dans les luttes dirigées par ses frères contre le démon.

    Son grand bonheur était de faire plaisir aux missionnaires et de leur venir en aide dans toute l’étendue de ses petits moyens ; et il le fit dans une mesure que peu des nôtres soupçonnent.

     

    M. Souvey jouissait d’une santé très moyenne et, travailleur acharné, il ne ménageait ni ses forces ni son temps. Lorsqu’on lui parlait de repos et de congé, il pensait immédiatement à ses confrères en procure qui, disait-il, « en avaient plus besoin que lui ». Cependant, en 1919, il alla passer quelques mois au Yunnan, où la bonne hospitalité que lui donna Mgr de Gorostarzu et ses confrères le familiarisa avec l’idée qu’il était bon de se distraire, de temps en temps de ses occupations ordinaires. Il publia le récit de son voyage dans les Annales de l’Œuvre des Partants. C’est bien en vingt années le seul congé qu’il ait consenti à accepter.

    Dans les premiers jours de janvier 1924, il fut atteint pour la seconde fois d’une pleurésie, et en mai de la même année, sur l’avis du Docteur, il partit pour Shanghaï où il passa une partie de l’été dans un repos complet. Il était loin d’avoir recouvré complètement la santé lorsque, vers la fin du mois d’août, il fut obligé de prendre la direction de la procure de Shanghaï. Là, comme à Hongkong, il apporta à son travail la même activité intelligente et persévérante : mais dès le commencement de 1925, une troisième pleurésie devait l’immobiliser pendant deux mois à l’hôpital Sainte-Marie. Toute l’habileté de nos très dévoués docteurs français ne put écarter les conséquences de cette troisième rechute et dès cet instant, il parut nécessaire de parler à M. Souvey d’un retour en France.

    Notre confrère n’arrivait pas à comprendre qu’on pût lui imposer un pareil sacrifice. Il avait sur les retours en France une idée fixe : il ne les admettait pas. En septembre cependant à force de raisonnement, il finit par consentir à aller demander au climat de France une santé qu’il n’avait plus, et il fut convenu qu’il partirait dans les premiers jours de décembre.

    En réalité, il ne quitta Shanghaï qu’en janvier 1926, et très péniblement il supporta cette longue traversée de trente-cinq jours. Dès son arrivée à Marseille, le Docteur Benoît lui prodigua tous les soins exigés par son état, mais il était évident pour le docteur comme pour nous que M. Souvey était très gravement atteint.

    Après deux mois passés à Marseille, pendant lesquels son état de santé ne s’améliora pas, M. Souvey se rendit à Auch, chez sa sœur. Auch jouit d’un climat très sain et nous pouvions espérer que, parmi les siens, il aurait meilleure chance de se remettre suffisamment, sinon pour retourner en Extrême Orient, tout au moins pour continuer en France à être utile à ses confrères.

    Pendant l’été, il reçut la visite de Monseigneur le Supérieur, de M. Sibers et de M. Robert. Tous trois écoulèrent ses projets et le quittèrent plus pénétrés de son profond attachement à sa vocation que des espérances qu’il entretenait toujours d’un prompt retour en Extrême Orient.

    M. Souvey comptait plus particulièrement pour sa guérison sur l’efficace protection de Notre-Dame de Lourdes. « Si, disait-il, je ne suis pas guéri à Lourdes, c’est que le Bon Dieu veut que je fasse le sacrifice de ma vie. »

    Son pèlerinage à Lourdes, il le fit et dans des conditions de fatigues calculées. Il avait vraiment décidé de laisser à la Sainte Vierge le soin total de sa personne afin qu’on ne puisse attribuer à aucun élément humain, en cas de guérison, le rétablissement de sa santé. Malgré sa grande faiblesse, il fit seul, sans aide, le voyage de Lourdes, et chaque matin, il se rendait à la grotte pour y prier et, quand il le pouvait, pour célébrer la sainte Messe.

    Il revint à Auch littéralement épuisé et, sur l’invitation de M. Sibers, il put encore se rendre au sanatorium de Montbeton. C’était le terme de son pèlerinage terrestre. Ses forces déclinèrent rapidement, et le 24 août, vers les 9 h. du soir, il rendait son âme à Dieu.

    Il repose parmi ses confrères, dans ce cimetière qui entoure la petite chapelle du parc.

     

    O Vierge Sainte, au milieu de vos jours glorieux, priez pour ceux qui s’aiment et qui sont séparés, afin qu’un jour ils se retrouvent dans la Céleste Patrie.

     

     

    • Numéro : 2963
    • Pays : Chine
    • Année : 1907