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Jean-Baptiste SOLVIGNON (1873-1935)

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    Marie-Jean-Baptiste Solvignon naquit le 20 juin 1873 à Montusclat. Ce petit village du diocèse du Puy est situé dans les montagnes du Mézenc, à plus de 1.100 mètres d’altitude. Nous ne savons presque rien sur l’enfance de Jean-Baptiste. Il apprit les premiers éléments de latin chez son curé et entra à l’âge de 15 ans au petit séminaire de la Chartreuse. Il n’y fut pas un brillant élève, mais, grâce à son application constante, il tint toujours un bon rang dans sa classe. Par contre, il se distingua par sa piété et sa douceur.

     

    Il entra au Séminaire des Missions-Étrangères en 1894. Le 25 juin 1899, il fut ordonné prêtre et destiné à la Cochinchine orientale. Le jeune missionnaire débarqua  à Quinhon vers le mois de septembre de la même année. Mgr Van Camelbeke l’envoya s’initier aux premières notions de la langue annamite sous la direction de M. Dubulle, curé de Nam-binh. Peu de temps après, il fut confié au curé de Nha-trang pour se former au ministère tout en continuant l’étude de la langue. Huit mois après, ses supérieurs jugèrent sa formation suffisante et il fut nommé vicaire à Hôi-duc. En 1902, M. Geffroy, alors Supérieur de la Mission, lui donna un autre poste, celui de Lê-son au Quang-nam. M. Solvignon ne quitta Hôi-duc qu’à grand regret et les chrétiens lui firent des adieux touchants. Lê-son était de fondation récente, aussi le travail n’y manqua pas. Le nouveau pasteur, doué d’ailleurs d’une excellente santé, se mit hardiment à l’œuvre. Dans les débuts, il n’eut à enregistrer que de rares conversions, mais il ne se laissa pas aller au découragement. Dans un hameau, quelques familles demandaient-elles à devenir chrétiennes, avant de commencer l’instruction, il faisait tous ses efforts pour entraîner le reste des habitants. Cette méthode fut quelquefois couronnée de succès : c’est ainsi qu’il eut la consolation de baptiser des catéchumènes assez nombreux pour fonder la chrétienté de La-huân.

     

    Dans sa vieillesse, il aimait beaucoup à parler du beau temps où il avait été « missionnaire ambulant ». Et de fait, pendant les 8 ans qu’il passa dans le district de Lê-son, on le trouvait rarement chez lui. Tantôt il s’absentait pour l’administration périodique de ses 15 chrétientés, tantôt il allait instruire les catéchumènes ou visiter les néophytes. La mortalité était très grande au Quang-nam à cette époque. Plusieurs épidémies de choléra s’y succédèrent, faisant de nombreuses victimes dans la population déjà affaiblie par le paludisme et la misère. Que de fois on le vit alors porter les secours de la religion aux moribonds, pataugeant dans la boue jusqu’aux genoux, revêtu d’une pèlerine en feuilles sèches, coiffé d’un large chapeau indigène  et accompagné de son fidèle serviteur. Pendant qu’il était curé de Lê-son, il lui arriva un jour une histoire peu ordinaire. Un dimanche d’automne, il célébrait la sainte messe à Bât-Nhi. Les chrétiens étaient tous venus à pied comme le curé lui-même. Or, pendant qu’il offrait le Saint Sacrifice, le fleuve se mit à déborder, et en un clin d’œil, la chapelle fut entourée d’eau. A la fin de la cérémonie, l’eau commençait à envahir l’intérieur de l’église. Par bonheur, quelques chrétiens, restés chez eux pour garder leurs maisons, arrivèrent en hâte avec des barques pour débloquer peu à peu l’assistance. M. Solvignon voulut quitter la chapelle le dernier, comme un capitaine son vaisseau, mais entre temps il lui fallut se réfugier sur les marches de l’autel. Il n’y était pas seul : des lézards, des mille-pattes, de véritables processions de grosses fourmis s’y étaient donné rendez-vous, et il s’apprêtait déjà à prendre pour ultime refuge la table d’autel, lorsqu’enfin les chrétiens purent évacuer leur pasteur.

     

    En 1910, M. Solvignon eut son changement pour Kim-châu, paroisse de la citadelle de Binh-dinh. Les chrétiens de ce poste ne parurent pas d’abord enchantés de ce changement, voulant à tout prix garder leur ancien curé. Quelques-uns d’entre eux n’hésitèrent pas pour faire partir le nouveau titulaire, à lui susciter toutes sortes d’ennuis, cela pendant deux ans ; ils allèrent même le calomnier auprès du Vicaire Apostolique. Mais finalement, il triompha de cette opposition par sa charité et sa bonté. En 1912 fut décidée la construction d’un hôpital à Kim-châu et Mgr Grangeon fit appel au dévouement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres pour en prendre la direction. On acheta un terrain à proximité de l’église et M. Solvignon surveilla lui-même les travaux. Les Sœurs Casimir et Mechtilde vinrent s’y installer le 17 janvier 1914.

     

    En 1917,  notre confrère fut mobilisé à l’hôpital militaire de Saïgon. Toujours  plein de zèle et de charité, il employait le temps libre que lui laissaient ses fonctions d’infirmier militaire à aider M. Guillou dans son ministère à la paroisse de Tân-dinh. Entre temps, il acceptait avec empressement de prêcher dans les paroisses où avait lieu l’adoration du Saint-Sacrement ainsi qu’aux fêtes patronales. Chaque matin, en prenant son service à l’hôpital militaire, il visitait les malades, s’informait de leur  état, leur prodiguant des paroles de confiance et d’encouragement. Même les plus hostiles étaient gagnés par sa bonté et sa cordiale bonhomie. Il avait les gestes d’une douceur maternelle pour soigner les malades et pour panser leurs plaies. Aussi le docteur l’avait-il spécialement chargé des massages, de tout ce qui demandait délicatesse et patience et lui donnait-il familièrement le brevet et le titre de « masseur supérieur ».

     

    Démobilisé le 1er février 1918, M. Solvignon travailla encore deux ans dans son ancien poste. Vers 1920, les Frères des Ecoles Chrétiennes se mirent d’accord avec la Mission pour ouvrir à Kim-châu une école primaire supérieure. C’est encore lui qui fut chargé de l’acquisition du terrain. Ce ne fut pas chose facile : il fallait au préalable en déloger le diable, car l’emplacement de la future école servait à des sacrifices officiels. Le zélé missionnaire ne se contenta pas de faire de nombreuses démarches auprès des autorités ; et, pour mettre le grand Saint Benoît de son bord, il fit attacher nuitamment une médaille du Saint dans le haut d’un immense manguier à l’intérieur de l’enclos. A partir de ce moment, les difficultés s’aplanirent comme par enchantement.

     

    Le dernier poste occupé par notre confrère fut Gô-thi. Ce district comptait, à son arrivée, 2.380 chrétiens. Au moment où il se retira du ministère, leur nombre avait augmenté d’un millier, chiffre qui serait encore plus élevé, s’il n’y avait eu de fortes émigrations vers le sud et la région de Pleiku. Les nombreuses conversions ne l’empêchèrent pas de travailler en profondeur : communion fréquente et quotidienne, examens de catéchisme et de prières, fêtes liturgiques et processions bien organisées, instructions des petits, etc. Malgré cette activité débordante, notre vaillant apôtre trouva encore le temps et les ressources pour faire de nombreuses constructions : églises, écoles, presbytère, Noviciat des Amantes de la Croix. L’incendie de sa résidence en 1929 et le typhon de 1933 l’obligèrent à reconstruire sa maison avec les dépendances, l’église de Gô-thi, l’orphelinat des filles et la plus grande partie du Noviciat. C’est à lui encore que furent confiés presque tous les jeunes missionnaires pour leur formation. Sept d’entre eux apprirent la langue annamite sous sa direction à Gô-dai.

     

    M. Solvignon avait été nommé en 1920 à Gô-thi, non seulement pour y remplacer M. Panis septuagénaire, mais encore pour y réaliser la réforme des Amantes de la Croix. Cet Institut, dont l’érection remontait à 260 ans, avait besoin d’être adapté aux prescriptions du Droit-Canon. Pour la formation des religieuses, on fit encore appel aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres. En 1924, Sœur Marie de Lorette put prendre possession du vaste immeuble que le bon curé de Gô-thi venait de construire. L’installation était malgré tout précaire ; c’est pourquoi,  notre cher confrère, tout en remplissant les fonctions d’aumônier, entretint jusqu’à sa mort une vaste correspondance afin d’intéresser les âmes charitables à l’œuvre naissante. Cela lui permit, avec les sommes allouées par la Mission, d’élever les dépendances nécessaires et de nantir convenablement le couvent. Si péniblement fondé et développé par lui, le Noviciat fut détruit en majeure partie par le typhon de 1933 et ce fut encore l’aumônier qui se chargea de relever les ruines, entreprise d’autant plus difficile que ce même typhon avait renversé 9 églises ou chapelles dans son district. D’autre part, la Mission elle-même, très éprouvée par le sinistre et la crise économique, ne pouvait lui fournir tous les secours nécessaires pour réparer le désastre. Ce surcroît de travail et de soucis donna le coup de grâce au vaillant ouvrier.

     

    Depuis une dizaine d’années déjà, sa santé laissait beaucoup à désirer : essoufflements, troubles digestifs, jambes ankylosées, grippe et accès de fièvre, tout cela ne l’empêcha pas de travailler comme un missionnaire dans la force de l’âge. En 1927, il dut se rendre à la clinique Angier à Saïgon, pour se faire opérer d’une hernie. Cinq ans plus tard, voyant ses forces décliner, il partit pour Hongkong, d’où il revint après un séjour de 5 mois avec un appréciable regain de vigueur. Le surmenage consécutif au typhon finit par terrasser l’infatigable missionnaire.

     

    En août 1934, il dut se faire hospitaliser à Quinhon et sur le conseil de ses confrères, il donna sa démission. Atteint au début de mars d’une grippe maligne et  usé physiquement, il se fit administrer les derniers sacrements par M. Sion. Dans  l’espoir de pouvoir encore le sauver, il fut transporté à Quinhon où, après une amélioration apparente, il rendit le dernier soupir le 23 mars. Ses funérailles eurent lieu à Gô-thi le surlendemain ; plus de 20 confrères, 2.000 chrétiens et de nombreux païens y assistèrent, montrant combien le cher défunt avait su gagner l’estime et l’affection de tous. Son corps repose dans le petit cimetière, à mi-chemin entre l’église et le couvent. Nous espérons que toutes les souffrances physiques et morales qui l’ont accablé dans ses dernières années et qu’il a si chrétiennement supportées, lui auront valu d’entrer bien vite dans le séjour des Bienheureux.

     

     

    • Numéro : 2454
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1899