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Albert SOLIGNAC (1877-1936)

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    M. Solignac naquit le 11 avril 1877 dans la petite paroisse de Escandolières, diocèse de Rodez, le dernier de cinq enfants d’une modeste famille de cultivateurs. Le père, bon chrétien et travail­leur, exerçait entre temps le métier de couvreur. Il mourut subi­tement en 1888 d’un accident de travail en rendant service à un de ses voisins. La mère active et animée d’un grand esprit de foi réalisait l’idéal de la maîtresse de maison, magnifiquement secon­dée d’ailleurs par son fils aîné.

    De ses cinq enfants elle en aiguille trois vers le collège de Graves. En 1887, ce fut d’abord Germain, ordonné prêtre en 1896 et mort au début de cette année 1936 d’un accident, en construi­sant son clocher. Il a été enterré dans son église devant l’autel avec cette épitaphe : « dévoré du zèle de la maison de Dieu, pour elle il a vécu, pour elle il est mort. » En 1890 c’était le tour de Célestin de prendre la route de Graves ; entré en 1894 au Sémi­naire des Missions-Etrangères, prêtre en 1899, et missionnaire à Kweiyang où il est mort en 1934, après trente-cinq ans de séjour ininterrompu. Un autre frère, Albert, dont nous parlons, avait d’abord manifesté le désir de suivre Célestin au collège, puis en grandissant il avait pris goût aux travaux des champs et cessa de viser plus haut. Mais sa mère veillait ; elle lui rappela ses pre­mières aspirations, les raviva, et après 7 ou 8 mois de latin chez M. Devais, curé de la paroisse, elle le dirigea aussi sur Graves. Cette digne femme avait bien quelque mérite, car cela lui faisait trois pensions à payer, trois trousseaux à entretenir juste à l’époque où le phylloxéra ravageait les vignes et enlevait ainsi à la famille une partie de ses revenus. Bel exemple des saintes audaces de l’esprit de foi chez une simple paysanne.

    Albert  passa quatre ans à Graves. S’il n’y remporta pas les premiers prix, il acquit suffisamment de connaissances pour se tirer d’affaire partout où il passa. En 1897, il rejoignit son frère Célestin aux Missions-Etrangères et s’y montra aspi­rant des plus sérieux. En classe il ne fut pas précisément un élève brillant, mais il témoignait par ses réponses d’un esprit réfléchi et judicieux. Ordonné prêtre le 24 juin 1901, il partit à la fin de juillet de cette même année pour la Mission du Kouy-tcheou avec trois de ses confrères. Arrivés à Kweiyang quelques jours avant Noël, ils se mirent de suite à l’étude du Chinois. Au bout de six semaines, lors des fêtes du nouvel an chinois, arrive de district son frère Célestin ; il vient voir son Albert, lui demander des nouvelles de la famille et l’emmène chez lui à Long Ka pour lui faire les honneurs d’une réception fraternelle. Célestin part d’abord pour préparer les voies, et Albert suit le surlendemain conduit par M. Fayet. A mesure qu’ils appro­chent de Long Ka, la surprise les envahit et les étreint : ni cour­riers avant-coureurs envoyés à leur rencontre, ni pétards, ni arcs de triomphe, pas même l’amphytrion sur le pas de la porte. Célestin pris de refroidissement, était au lit avec 40º de fièvre. A leur arrivée, du doigt il leur montra son manuel de médecine ouvert sur un inexorable arrêt de mort, il demande les derniers sacrements et après les avoir reçus avec grand esprit de foi, se prépare à mourir ; mais M. Fayet excellent infirmier réussit à décrocher le malade des griffes de la mort, et le laisse convalescent aux soins de son jeune frère.

    Pour celui-ci cet essai du rôle d’infirmier était bien un côté de sa formation, mais l’étude des caractères y perdit, et même elle en resta là. Notre confrère en prit son parti, il ferma ses livres et sans être né bavard, devint causeur ; il écouta, interrogea, se fit répéter et répéta lui-même, si bien que sans le secours des caractères, il arriva à parler avec élégance la langue chinoise. Au mois de mai 1902 il fut nommé au poste de Che-tsien à l’extrémité est de la province. Comme il en était le premier titulaire à demeure, il eut à transformer en résidence de missionnaire le simple pied-à-terre qu’il y trouva, et il y réussit parfaitement. Il s’installa, construisit son église, donnée plus tard comme modèle de style chinois, bâtit à quelques kilomètres de là en campagne une deuxième résidence avec chapelle et école ; puis ici et là il s’élargit, entraîné, semble-t-il, moins par le besoin que par les facilités qui s’offrirent à lui. La Providence avait ses vues ; et quand vingt ans après, Che-tsien devint le centre d’une nouvelle Mission confiée aux Pères du Sacré-Cœur d’Issoudun, ceux-ci furent tout heureux de trouver où s’installer à l’aise : eux, les Religieuses et leurs œuvres.

    Ce progrès matériel fut atteint sans préjudice du soin des chrétiens. Chaque année il visita régulièrement toutes les stations de son district dont plusieurs se trouvaient blotties dans les mon­tagnes à quatre journées de sa résidence. Que de fois, pour s’y rendre, il eut à franchir par des moyens de fortune des torrents débordés, exposé à de multiples dangers et à des péripéties dont le récit longtemps après donnait encore le frisson. A cette époque, de nombreux païens semblaient vouloir se convertir, pour les instruire, il établit partout où il put des écoles de doctrine, ce qui lui valut un jour ce petit compliment de la part de Mgr Gui­chard : « Vous êtes sur ce point le premier parmi tous vos confrè­res ». Aussi eut-il la consolation de faire durant ces quelques an­nées beaucoup de baptêmes et de laisser à son départ un beau noyau de chrétiens divisé aujourd’hui en deux districts.

    En 1913 il fut nommé à Touchan, au sud de la province. Là c’était plutôt la vie curiale au milieu de 600 fidèles groupés autour de l’église. Les paroissiens, à peu près tous pratiquants, étaient pour la plupart attachés et dévoués au missionnaire ; il se trouvait cependant çà et là quelques gros commerçants, fiers de leur aisance, et tentés à l’occasion de lui jouer quelques tours. Mais M. Solignac connaissant parfaitement la mentalité chinoise sut déjouer leurs ruses, gagner malgré tout leur sympathie et leur attachement et leur laissa, en les quittant, un excellent souvenir.

    En 1920 un nouveau poste lui fut confié, celui de Tongtse à l’extrême-nord de la Mission ; il dut, pour s’y rendre, franchir une distance de 12 ou 13 étapes. Là encore c’était une belle pa­roisse de 7 à 800 fidèles rassemblés autour de l’église avec quel­ques chrétientés dans les environs et une autre à 4 jours de là, sur les confins du Setchoan. Pour faire la visite de cette dernière chrétienté le missionnaire pouvait choisir l’époque, mais il n’en était pas de même pour les visites aux malades ; c’est au retour d’une d’entre elles, au moment des grandes chaleurs, que son prédécesseur, M. Béranger, trouva la mort. M. Solignac fut plus heureux, il lui arriva seulement de tomber entre les mains des brigands qui aussitôt l’entourèrent et le retinrent prisonnier. Il se laissa faire et au bout de quelques heures, quand ses geôliers gagnés par sa résignation et sa bonhomie, se furent relâchés de leur vigilance, il sauta sur son mulet, le cravacha vivement et eut ainsi le bonheur de leur échapper.

    C’est dans cette ville même de Tongtse qu’en 1923, les nota­bles en détresse vinrent lui emprunter le riz de la mission ; il ne pouvait se dérober, s’entourant toutefois des précautions voulues mais au moment de la reddition des comptes les emprunteurs traitèrent leur contrat comme « un chiffon de papier ». L’année suivante, ce fut deux fois à quelques mois d’intervalle que la ville et tout particulièrement la résidence missionnaire furent livrées au pillage, et lui-même recherché comme otage de choix. Quelques malandrins le voyaient déjà au bout de leur fusil, mais sa maison donnant accès sur un enchevêtrement de jardins, il eut vite fait de mettre entre eux et lui quelques murs et quelques carrés de haricots où il se blottit en attendant que sa résidence fut totale­ment dévalisée et de ce fait entièrement vidée de pillards.

    A Tongtse, il y avait une église à bâtir, et c’est peut-être même pour cela que M. Solignac y fut envoyé. Il s’y employa avec tout son cœur et avec un secret entrain, car c’était l’époque où, à Morlhon, dans l’Aveyron, son frère Germain venait de construire, malgré les difficultés des temps, église et presbytère ; et notre confrère dut se dire plus d’une fois : « où est passé l’aîné, passera bien aussi le cadet ». Il prépara donc les matériaux : les pierres, les bois et enfin fit cuire les briques. Malheureusement, les nou­veaux riches de Tongtse construisaient aussi, et ils ne se faisaient pas scrupule de prendre matériaux et ouvriers où bon leur sem­blait. Quand M. Solignac fit le compte de ses briques et de ses bois il s’aperçut que leur nombre avait sensiblement diminué ; mais n’ayant aucun recours contre les voleurs, il remplaça les matériaux, améliora l’ordinaire des ouvriers pour les retenir sur son chantier, et poussa rondement les travaux. En 1928 le travail était fini.

    Notre confrère laissa la place à son successeur, M. Job Tsin, et s’en vint à Kweiyang, curé de la petite paroisse Saint-Etienne. C’était bien désormais le poste qui lui convenait : sous l’extérieur d’une bonne santé, il cachait déjà bien des infirmités : œdème des jambes, rhumatismes, rhumes ; son activité n’allait plus qu’au ralenti. En arrivant dans son nouveau poste il apporta encore quelques perfectionnements à sa résidence. Il s’ingénia pour attirer à lui ses paroissiens et en tirer le meilleur rende­ment. Sans obtenir de gros succès parmi les païens, il eut la joie de baptiser quelques soldats invalides magnifiquement disposés, qui durant des mois n’avaient pas hésité, pour apprendre caté­chisme et prières, à se mettre au rang des enfants de son école.

    Voisin des confrères de l’école probatoire et du grand séminaire, il jouit fraternellement de leur société ; et lui-même se mon­tra le plus parfait des voisins ; très discret pour demander des services, très prompt à en rendre. Il fut toujours le confrère affectueux, dévoué et généreux. Ses infirmités lui donnaient droit de prendre un congé en France, où il était sûr de trouver parmi ses frères et ses neveux la plus cordiale réception, mais il n’en usa jamais. Le dimanche 28 juin 1936 il avait dit la messe de paroisse et prêché comme d’habitude, malgré un indéfinis­sable malaise ; à 20 heures il s’éteignait presque subitement après avoir reçu les derniers sacrements et l’indulgence plénière. Il a été inhumé au cimetière de la Mission, à côté de son frère Céles­tin qui l’avait précédé dans la tombe depuis deux ans et demi. Daigne le Maître des ouvriers apostoliques ouvrir sans tarder à notre regretté confrère les portes de son paradis où il pourra prier pour ses confrères et pour sa Mission.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2596
    • Pays : Chine
    • Année : 1901