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Célestin SOLIGNAC (1874-1934)

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    M. Célestin Solignac naquit le 13 janvier 1874 sur la petite paroisse de La Capelle del Vern, canton de Rignac (Aveyron), d’une modeste famille de cultivateurs, le quatrième de cinq frères. Le bien patrimonial n’était pas très considérable, mais le père bon chrétien, travailleur économe, en dehors de son métier de couvreur, savait se créer du travail supplémentaire, ce qui lui permettait d’employer utilement les longs loisirs de l’hiver et de verser au bas de laine le produit de fructueuses journées. La mère, elle, était active, avait l’œil à tout et réalisait l’idéal de la bonne ménagère, et, à ces qualités merveilleuses, s’alliait un grand esprit de foi. D’année en année les enfants grandissant le travail devenait plus facile, et aussi l’aisance pénétrant au foyer y dilatait les cœurs.

     

    Vers 1885 le second fils, Germain, faisait ses études au Collège de Graves pour entrer ensuite au grand séminaire. En 1890, Célestin, notre missionnaire, après deux années de latin chez M. le Curé Devals, oncle du nouvel évêque de Malacca, accompagnait son frère Germain et entrait en quatrième ; trois ans plus tard, son plus jeune frète, Albert, l’y rejoignait à son tour. Voilà donc Albert et Célestin à Graves, Germain au grand séminaire : trois pensions à payer, trois trousseaux à entretenir ; ce fut dur quelquefois, mais grâce à un travail opiniâtre, à un courage robuste et à une totale confiance en la Providence, les parents purent y suffire.

     

    La rhétorique terminée, Célestin entrait au Séminaire des Missions-Étrangères en 1894 et, trois mois plus tard, son frère Albert l’y suivait. Il y passa 4 ans donnant l’exemple d’un excellent aspirant : gai, joyeux, très appliqué à l’étude et fidèle observateur du règlement. Quittant la France le 26 juillet 1899, il arrivait à Kweiyang avec MM. Fortunat et Bacqué, quelques jours avant Noël. La fête passée, il se mit de suite à l’étude du chinois. Esprit particulièrement ouvert aux choses de la vie pratique, il l’était moins aux finesses littéraires et aux spéculations métaphysiques, et s’il réussit à parler chinois à peu près correctement, c’est grâce à des efforts courageux et constants. Malgré une réelle bonne volonté de sa part, il n’arriva pas à manier la langue à la perfection, mais suffisamment pour se faire comprendre en chaire et en conversation.

     

    Après dix mois d’étude de la langue chinoise, il fut chargé du district de Long-Ka à quatre étapes à l’ouest de Kweiyang. Pris d’un zèle ardent, il se proposait de faire de ce champ d’apostolat un district modèle, mais il eut fort à faire avant de réaliser son rêve. Sa résidence qui se trouvait dans le village de Long Ka, d’une vingtaine de familles, n’avait rien de confortable, église sans style mais suffisante ; au point de vue spirituel, ses quelque 500 chrétiens dispersés dans un rayon d’environ 20 kilomètres, ne lui donnaient pas que des consolations, car un certain nombre d’entre eux étaient passionnés pour l’opium, fléau et ruine la plus sûre des familles. Leur pauvreté parfois bien grande dut lui faire méditer souvent la prière de Salomon : « Seigneur ne me donnez pas les richesses, mais seulement les choses nécessaires à ma subsistance. » Dès les premiers jours après son arrivée, il reçut la visite de ses plus proches paroissiens et parmi  eux se trouvaient des enfants qui avaient oublié leur culotte ou n’en avaient qu’une moitié... À cette vue, le bon M. Solignac se sentant très ému se dit à lui-même : mes ouailles ne seront pas « sans culotte, » et il tira de son armoire de quoi leur en faire une. Son geste eut du succès, mais pas celui qu’il escomptait. Dès le lendemain les visites continuèrent et il manquait toujours plus de culottes et de plus grandes. Décidément c’était trop de bonnes volontés à venir s’aboucher sur la sienne, et malgré son désir de vêtir ceux qui sont nus, il dut diriger ailleurs le cours de ses générosités. Il passa sur ces désillusions sans se décourager.

     

    À la réception de son premier compte rendu, son évêque Mgr Guichard écrivait : « M. Solignac n’a pas moins de 27 stations à visiter, il trouve que son district est bon et il l’aime. » Il le parcourt chaque année en tout sens, catéchisant, exhortant, réprimandant et récoltant somme toute autant de déboires que de consolations. Il s’applique, aidé de ses chrétiens, à ériger dans les principaux centres des oratoires avec une chambre pour le missionnaire et une salle pour l’école. En bon campagnard qui aime à voir sa maison entourée de quelques lopins de terre, il créa des revenus pour l’entretien de ses œuvres.

     

    Il s’ennuyait passablement dans son petit village de Long Ka, alors qu’à 4 ou 5 kilomètres de là, se dressait la ville de Tin Ian, résidence du mandarin et de toutes les autorités, en un mot la capitale de son fief. Il essaya longtemps d’en faire la conquête et finit par y acquérir, au centre de la ville, un terrain où se trouvaient quelques vieilles maisons délabrées qu’il répara ; il en fit sa résidence provisoire, installa une petite pharmacie, une école pour les garçons et une autre pour les filles. Peu à peu il perfectionna tout cela et finit par construire sa résidence définitive, simple mais agréable. Il eut voulu couronner ses travaux dans cette ville en la dotant d’une église, mais il n’en eut pas le temps.

     

    M. Solignac était là depuis 30 ans ; jusqu’à la révolution chinoise il était comme le roi du pays, tous se montraient respectueux de son autorité ; mais après la déclaration des droits de l’homme de la nouvelle Chine, M. Solignac s’aperçut que tout était changé ; il voulut tenir bon, mais dut se résigner à compter désormais avec les nouvelles générations moins maniables que les anciennes.

     

    En 1929, un ancien élève de son école, qui autrefois avait reçu maintes réprimandes, se mit un jour à la tête de quelques vauriens et devint le maître du pays. Le moyen de se venger lui était facile ; il suscita donc une émeute dans la ville, lança les plus graves menaces et fit garder nuit et jour les portes de la ville afin d’empêcher le missionnaire de s’échapper. Heureusement il put fuir et vint se réfugier à Kweiyang où il eut la joie de se retrouver auprès de son frère Albert. Entre temps, le misérable chef de bande avait fait afficher dans les villes de la province et publier dans les journaux les plus mensongères imputations ; le mandarin de Tin Lan lui-même portait des accusations très graves contre lui. Heureusement, les exagérations excessives de ce triste personnage firent voir sa mauvaise foi. L’accusateur fut appréhendé et en punition de ses nombreux méfaits et brigandages fut coupé en morceaux : le mandarin lui-même fut changé, et une pièce officielle reconnut l’innocence du missionnaire. Dans ces conjonctures, M. Solignac pouvait difficilement reprendre la direction de son cher district. Il est donc nommé curé de Kaytchéou, où furent martyrisés, le Bienheureux Néel et ses compagnons ; et pendant trois ans administra ce poste avec zèle. Hélas ! l’épreuve dont il vient d’être parlé ébranla fortement sa santé.

     

    En novembre dernier, il éprouva une fatigue extrême avec fièvre et vomissements de sang ; se sentant gravement malade, il se fit porter à Kweiyang chez son frère où il reçut les soins les plus dévoués. Pendant un mois il fut condamné à une immobilité presque complète, acceptant avec résignation la volonté de Dieu, et rendu son âme à Dieu le 24 janvier 1934 entre les bras de son frère. Il repose maintenant dans le cimetière de la Mission à Kweiyang. Daigne le Roi des Apôtres lui accorder dans le ciel l’éternelle récompense promise à ceux qui ont ici-bas vaillamment travaillé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

     

     

     

    • Numéro : 2434
    • Pays : Chine
    • Année : 1899