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Célestin SIRGUE (1872-1927)

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    Né le 22 octobre à Lestrade, hameau de la paroisse de Monteils-de-Saint-Sernin, Célestin Sirgue vécut ses premières années au sein d’une famille profondément chrétienne. La vie y était, paraît-il, assez austère, car il fallait travailler ferme sous la direction paternelle. Les ressources provenaient de la production et de la vente du lait pour la fabrication du fromage de Roquefort.

    Le personnage qui eut dans la famille, le plus d’influence fut sans conteste l’oncle, instituteur aux environs. C’était le conseiller de la maison, et rien ne se décidait sans ses lumières. Le jeune Célestin fit ses études primaires sous la direction de ce Mentor. C’était encore la belle époque où l’instituteur était le bras droit du curé. L’élève fut donc à bonne école, et il y reçut une formation sévère : tout était réglé minutieusement ; l’enfant ne se tenait-il pas bien à table, on lui plaçait sous les aisselles deux morceaux de bois qu’il ne devait pas lâcher durant tout le repas. Ces principes d’éducation étaient puisés à une source vénérable parce qu’antique : d’ailleurs, chez les Sirgue, on était traditionaliste ; le jeune Célestin conserva toute sa vie les idées de la famille. Missionnaire, il rappelait encore d’un ton pénétré comment avait été connue à la maison la mort du comte de Chambord : son père, revenant du marché de Saint-Sernin, était rentré au logis, la figure sombre, et, avec l’accent d’une profonde tristesse, avait prononcé lentement ces mots : « Le Roi est mort ! »

    C’est au Séminaire de Belmont que Célestin fit, assez jeune, ses études de latin. Il fut un bon élève. A la fin de sa rhétorique, il se rendit à Toulouse pour subir les épreuves du baccalauréat. Le jeune ­candidat voyait pour la première fois, de sa vie le chemin de fer, son étonnement fut vif ! Est-ce l’effet de cette surprise ? il eut des distractions à l’examen, et s’en revint avec une veste, et profondément dégoûté des vanités de ce monde. A la conscription, il fut versé dans le service auxiliaire.

    Il entra au Grand Séminaire de Rodez. Peu de temps après, il faisait sa demande d’admission au Séminaire des Missions-Etrangères,  où bien des compatriotes l’attendaient. Sa santé n’était pas brillante, et sa grande crainte était de ne pouvoir partir en Mission. Aussi, de quelles ruses n’usa-t-il pas pour voiler les défaillances de sa nature maladive ! prenant en cachette des remèdes que ne lui prescrivait pas le médecin. Il continua d’ailleurs cette tradition pendant toute sa vie, sa confiance dans les lumières de la Faculté étant très limitée.

    Au cours de ses études, il s’intéressa particulièrement à la Chine, lut force ouvrages sur ce pays, ses habitants, leurs mœurs, leur caractère, et parvint à connaître la Chine et les Chinois aussi bien et peut-être aussi mal qu’on peut les connaître à distance. Le résultat de ses investigations fut (qui l’eût cru ?) un profond dégoût pour ce peuple, mais il n’en fit part à personne.

    Le 27 juin 1897, M. Sirgue était ordonné prêtre, et recevait sa destination pour… la Chine, Mission du Sutchuen Méridional. Cette désignation aurait dû lui déplaire, il en fut content, sans doute par un effet particulier de la grâce. Ses compagnons de voyage étaient M. Doussine, mort depuis, et M. Renault,  aujourd’hui coadjuteur du Vicaire Apostolique de Suifu. Il commença l’étude de la langue, et prit contact avec les chrétiens sous la direction  de M. Fayolle, plus tard Vicaire Apostolique. Un an après, il était désigné pour le poste de Kia-Kiang, aux environs de Kia-Ting.

    En 1902, Mgr Chatagnon, ayant besoin d’un homme de dévouement pour la région du Kientchang, ouest de la Mission, fit appel à M. Sirgue. Dans cette nouvelle région si différente de celle qu’il quittait, le jeune missionnaire trouvait M. Castanet comme Supérieur local. D’abord chargé de Te-tchang, station assez importante, il n’y resta qu’un an. Il y fut éprouvé par la fièvre typhoïde, et son état était désespéré, quand M. Castanet célébra le saint sacrifice pour son jeune confrère : la messe terminée, celui-ci se sentit beaucoup mieux. Il guérit.

    L’année suivante, M. Sirgue transféré à Yen-tsin, fut chargé de toute la partie ouest du Kin-ho. Au Chan-heou, un mouvement de conversions paraissait se dessiner : quelles ne furent pas les allées et venues du nouveau pasteur pour seconder cette action de la Providence ! Et pourtant, la maladie mettait bien souvent un frein à son ardeur. Il parcourut la plus grande partie de son district ; un noyau chrétien fut formé, qui, pour n’être pas nombreux, se recommandait pourtant par une qualité, la ferveur. On reconnaissait les chrétiens de M. Sirgue. A Yen-tsin, il contruisit une église et une résidence, et cet essai dans l’architecture lui fit beaucoup d’honneur.

     

    En 1907, M. Sirgue, sur l’ordre de Mgr de Guébriant, partit pour Hongkong, en vue d’un repos nécessité par sa pauvre santé. A son retour, il trouvait dans la Mission MM. de Las Cases et de Marsay, désireux de visiter la région. Il les accompagna dans les contrées presque inconnues du Mouly, et jusqu’à Yun-Iin, sur les confins du Thibet, au Sud-Ouest de Tatsienlou.

    En 1908, M. Sirgue est désigné pour organiser le district de Yue-hi. Il     y resta deux ans, et de là fut envoyé dans la région du Ho-tao, comme titulaire de Chang-pa. Il y trouva un groupe de vieux chrétiens ; en dépit de l’apathie de ceux-ci dans l’œuvre de la conversion­,de leurs compatriotes, il put ouvrir de nouvelles stations ; ce fut certes l’occasion de randonnées pénibles dans ces montagnes. Outre ses travaux apostoliques, notre confrère avait encore à s’occuper d’un temporel assez considérable, il en assura la bonne gestion ; il construisit un pont pour assurer des communications commodes durant la saison des pluies, et fit la guerre aux bandes de singes qui saccagent les moissons dans ce pays. Hautement considéré loin à la ronde, entouré de nombreux fidèles, M. Sirgue se sentait heureux à Chang-pa. C’est pendant son séjour dans ce district qu’eut lieu l’érection du Kientchang en Mission distincte, dont le premier Vicaire Apostolique fut Mgr de Guébriant. Comme ses trop peu nombreux confrères, M. Sirgue se réjouit de la décision pontificale qui récompensait ainsi le labeur fécond des missionnaires.

    En 1916, il fut appelé à Lo-kou ; il n’y fut que quelques mois, et pour cause, hélas ! notre chef était transféré à Canton ; le Provicaire de la Mission venait de partir pour la France, malade : il fallait un Supérieur, et ce fut M. Sirgue qui fut désigné pour gouverner la Mission. Son séjour à Ningyuanfu fut encore de courte durée, car le Provicaire M. Bourgain rentrait de France en décembre 19I7. La nomination d’un nouveau Vicaire Apostolique occasionna quelques remaniements dans la distribution du personnel et de ce fait, M. Sirgue fut transféré à Houi-li-tcheou, dans la partie Sud de la Mission. Il y succédait à M. Dugast ; le district était vaste : de Selien à Hong-pou-so à l’Ouest, jusqu’à Tong-gan-tcheou à l’Est, de Mo-so-in au Nord, jusqu’au Fleuve Bleu au Sud, c’est la valeur d’un département français. Bien commencé par M. Dugast, le travail d’apostolat trouva en M. Sirgue un digne continuateur. Les conversions marchaient bon train, les demandes d’entrée dans la religion étaient nombreuses : visites des écoles, des malades, visites périodiques des chrétientés, laissaient au missionnaire peu de repos.

    Un coin de ce district se distinguait particulièrement pour sa correspondance à la grâce, Mou-lo-tchai-kou, à une journée au Sud de Houi-li. Les baptêmes, nombreux, augmentaient chaque année. La population chrétienne atteignait sept cents âmes, Mgr Bourgain décida la division en deux districts : M. Sirgue conservait la partie Nord, et à son grand regret, un autre missionnaire était désigné pour Mou-lo-tchai-kou. En 1920, après la mort de M. Labrunie, Monseigneur confia à M. Sirgue la charge de Provicaire ; il la garda jusqu’en 1925, date à laquelle Monseigneur partait en France pour essayer de rétablir une santé défaillante ; mais lui-même se sentait bien atteint.

    Depuis longtemps des accès de dyssenterie l’abattaient fréquemment. Sur les conseils répétés du Supérieur de la Mission, il se décida à l’automne de 1926 à partir pour Hong- Kong. Quelques mois de repos  au Sanatorium lui donnèrent l’illusion d’un mieux sensible, mais l’organisme était épuisé. Il eut à son retour la joie de revoir son ancien et dernier district. Appelé à Ningyuanfu, il y arrivait fin de juin. Quelques jours après, le mal le reprenait, et l’obligeait à entrer à l’hôpital. Nos Religieuses, qui le soignaient avec beaucoup de patience et de dévouement, escomptaient sa guérison ; la dyssenterie était en effet enrayée, et la température était redevenue normale. Malheureusement ce mieux ne fut que passager. Dans la soirée du 1er août le malade se plaignait de douleurs très violentes dans la région du foie, et, symptôme alarmant, la température s’élevait aux environs de 40 degrés, température qui devait être rebelle à toute médication. Il s’agissait d’un abcès au foie, qui, au moment où il creva, détermina chez le malade un profond abattement, lui laissant toutefois sa pleine lucidité d’esprit. Après avoir renouvelé sans réserve et dans des sentiments admirables de foi, le sacrifice de sa vie, implorant la miséricorde de Dieu, il reçut des mains de Monseigneur le Saint Viatique et l’indulgence de la bonne mort. A partir de ce moment jusqu’à son dernier soupir, il fut dans un calme parfait, et profondément recueilli. Aux questions qu’on lui posait, il ne répondait que par oui ou par non.

    Le 3 août, vers trois heures de l’après-midi, son âme quitta sans secousse, imperceptible-ment, cette pauvre terre, accompagnée des prières de Monseigneur, de MM. Boiteux et Tsiao, des Religieuses et des élèves catéchistes. Sa mort fut édifiante et belle comme celle du juste.

    M. Sirgue nous a quitté pour un monde meilleur, mais du haut du ciel il intercédera pour nous. « Courage, au Ciel je ne vous oublierai pas » , fut une de ses dernières paroles. Nous avons un protecteur de plus auprès de Dieu.

     

     

    • Numéro : 2293
    • Pays : Chine
    • Année : 1897