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Henri SIMONIN (1908-1990)

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    Jeunesse et formation

     

    Henri Simonin est né à Hankéou (ou Hankow), ce port situé sur le Yang-tsé-Kiang à mille kilomètres à l’intérieur des terres, où son père, en fonction dans le négoce, avait épousé Elisabeth Rendelmann. Ainsi dès le berceau Henri a connu trois langues : le chinois, l’anglais et le français. Cette particularité d’origine et d’éducation peut expliquer pour une part sa riche personnalité.

     

    Revenu au pays natal, son père s’était fixé à Russey dans le Doubs. C’est là qu’Henri fit ses études primaires avant d’aller au petit séminaire de Maîche.

     

    Il n’avait que 17 ans et 3 mois quand il entra aux Missions Étrangères de Paris le 19 septembre 1925, mais il y pensait depuis l’âge de 11 ans. Tout se passa bien à Bièvres, puis à Paris jusqu’au sous-diaconat, reçu le 29 juin 1931. Il eut alors des ennuis de santé qui retardèrent de deux ans son départ en mission.

     

    Au séminaire, il se lia d’une profonde amitié avec quelques confrères intellectuels comme lui-même, dont Maurice Quéguiner, futur Supérieur général, qui dut aussi différer son départ de 1932 à 1933 pour raison de santé.

     

    Henri fut ordonné prêtre le 23 septembre 1933. Comme il n’était pas encore partant, il ne reçut sa destination pour Moukden que le 1er juillet 1934, en même temps que les nouveaux prêtres ordonnés ce jour-là.

     

     

    Moukden

     

    Les 26 partants de septembre 1934 furent répartis en deux groupes de treize. Le P. Simonin fit partie du deuxième groupe, pour lequel la cérémonie du départ eut lieu le 16 septembre et l’embarquement à Marseille le 21 septembre. En compagnie du jeune P. Piou qui se rendait aussi en Mandchourie, mais à Kirin, il fit escale à Kobé où, après un court séjour, tous deux s’embarquèrent, le 6 novembre, sur un bateau japonais à destination de Dairen, le port principal de cette extrémité du Léao-tong conquise par les Japonais en 1905, qui constitua une tête de pont pour la conquête de la Mandchourie à partir de 1931.

     

    Il est nécessaire d’évoquer la situation du pays pour comprendre la vie des missionnaires. Les Japonais, alors en période d’expansion, ont occupé Moukden et la ligne de chemin de fer dans la nuit du 18 au 19 septembre 1931. Dès le mois de novembre, ils proclamèrent l’indépendance de la Mandchourie par rapport à la Chine ; ensuite, le 1er mars 1932, ils instituèrent l’État du Mandchoukouo, à la tête duquel ils placèrent Pou-yi, le dernier empereur de la dynastie mandchoue, détrôné en 1912, qu’ils firent couronner le 1er mars 1934, sous le nom de Kang-tô.

     

    C’est le 11 novembre 1934 que le P. Simonin arriva à Moukden, en compagnie du P. Piou qui, dès le lendemain, continua vers le nord jusqu’à Kirin, mission détachée de Moukden en 1898.

     

    Pendant 90 ans, les Missions Etrangères de Paris avaient eu, seules, la responsabilité de la Mandchourie, vaste comme deux fois la France ; puis d’autres instituts s’étaient vu confier 3 vicariats en 1928, 1 en 1929, 2 en 1932. En 1949, la Mandchourie comptera 11 diocèses répartis en  2 provinces ecclésiastiques.

     

    En 1934, le vicariat de Moukden correspondait à peu près au dixième de la France. La population était estimée à plus de cinq millions d’habitants, dont 420 000 dans la capitale ; mais les catholiques ne dépassaient pas 30 000 au total. La mission, déjà bien structurée, comptait 29 missionnaires, 20 prêtres du pays, un petit séminaire et des théologiens en cours d’étude en divers endroits, dont Rome ; 90 catéchistes, 230 religieuses, 155 écoles avec 3.585 élèves. L’évêque était Mgr Blois, âgé de 53 ans, missionnaire depuis 1905, promu à l’épiscopat en 1921 ; homme de prière et d’action, il avait toutes les qualités pour diriger la mission.

     

     

    En mission

     

    Mgr Blois ne retint pas longtemps le P. Simonin à l’évêché ; avant qu’un mois ne fût écoulé, celui-ci rejoignit Koa-chan-touen pour étudier la langue dans le calme et tenir compagnie au P. Toudic, un Breton âgé de 50 ans. Le chroniqueur local de notre Bulletin note que l’arrivant trouverait, « au milieu des montagnes boisées de ces contrées, l’occasion d’exercer ses connaissances de botaniste ». Ce talent a donc frappé les confrères dès le début.

     

    Pour ce qui concerne l’apostolat du jeune missionnaire, les archives ne disposent pratiquement pas de documents ; mais il a évidemment pris part au dynamisme de la mission, dont il convient de donner un aperçu.

     

    À la fin de 1934, mise en route d’une imprimerie pour publier des livres religieux ; en février 1935, les Sœurs de la Providence de Portieux ouvrent un juvénat ; depuis 1912, elles formaient et encadraient une congrégation autochtone qui avait déjà 80 professes de très bon niveau et qui pouvait désormais voler de ses propres ailes ; du 17 au 25 mai 1935, les missionnaires bénéficièrent d’une retraite prêchée par le P. Mattéo Crawley, envoyé par Pie XI lui-même, et ce fut un enchantement. L’année 1936 vit l’arrivée d’un confrère du Japon, le P. Patrouilleau, pour prendre en charge la paroisse Saint-François-Xavier de Moukden, destinée aux chrétiens japonais : fonctionnaires, commerçants, etc. Du Japon aussi arrivèrent, en 1936, les Dames de Saint-Maur, qui bâtirent une belle école pour les filles japonaises, tandis que Mgr Blois obtenait plusieurs Frères des Écoles chrétiennes du Canada pour tenir une école de garçons.

     

    Après un an et demi d’étude de la langue, le P. Simonin fut jugé à même de prendre la responsabilité de Ying kow, ville de 120.000 habitants et port le plus proche de Moukden. Il gagnait en sécurité, car le brigandage sévissait alors dans le district du P. Toudic. Il resta en charge de ce poste durant huit ans, pendant lesquels se déroula la 2e guerre mondiale. Auparavant, toutefois, la mission bénéficia d’une retraite du P. Valensin, jésuite, en mai 1937, puis à nouveau en 1939.

     

    Quand éclata la guerre de 1939, 9 missionnaires étaient mobilisables. Le P. Simonin, convoqué à Tien-tsin, partit le 8 septembre, mais fut réformé en raison de ses accrocs de santé antérieurs. Il revint à Moukden le 20, content de son voyage. Du reste, tous les confrères apprirent peu après qu’ils étaient maintenus à leur poste, en vertu du Décret Mande !.

     

    Pendant la durée de la guerre la mission ne reçut aucun renfort de France. Fort heureusement les ordinations de prêtres du pays compensèrent à peu près les décès des confrères.

     

     

    Les grandes turbulences

     

    La période qui suivit la capitulation du Japon, présentée le 14 août 1945, fut catastrophique pour les missions.

     

    L’arrivée des troupes russes à Moukden, dès le 19 août, fut suivie de désordres et de pillages. Aucun établissement religieux ne fut épargné ; on avança le nombre de 5.000 victimes.

     

    Les troupes nationalistes de Chang-kai-chek commencèrent à libérer la Mandchourie en janvier 1946 ; elles furent accueillies avec enthousiasme par la population. Le 13 mars, comme elles approchaient en force de Moukden, les Russes partirent en toute hâte pour éviter l’affrontement. On rêva d’un avenir meilleur, d’autant plus que Kirin fut libérée à son tour, rendant ainsi la liberté à Mgr Gaspais et à son coadjuteur, Mgr Lemaire, nommé Supérieur général depuis 1945, mais empêché par les Russes de quitter sa résidence. Malheureusement les armées nationalistes n’occupèrent que les grandes villes. Dans les campagnes, avec l’appui des Russes qui s’étaient repliés, les communistes chinois s’organisèrent, s’armèrent, s’entraînèrent durant deux ans. Dès la fin de 1947, leur supériorité devint manifeste. Du 31 août au 28 octobre, la mission dut prendre des mesures d’urgence, en vue de l’avenir. Le P. Vérineux, devenu vicaire capitulaire, fit partir pour Pékin et Nankin 25 séminaristes et 90 religieuses Chinoises sous la direction du P. Boschet, à qui Mgr Yu-pin conseilla de replier tout ce personnel sur Formose, ce qui fut fait. En décembre 1948, les communistes contrôlaient toute la Mandchourie, puis la Chine entière à la fin de 1949.

     

     

    La mission dans la tourmente

     

    Le 3 avril 1944 mourut le P. Chanel, titulaire du poste de Léaotyang. Mgr Blois désigna le P. Simonin pour lui succéder dans cette ville de 100 000 habitants. Moins de deux ans plus tard, le P. Cambon, procureur, c’est-à-dire économe de la mission, devint indisponible en raison de la tuberculose qui devait l’emporter à 47 ans. Le 17 mars 1946, l’évêque nomma le P. Simonin à ce poste. C’était apparemment une marque de confiance en ses capacités. Mais était-il possible d’établir des comptes en l’absence de relations avec Shang-Haï, Hong-kong et Paris ? Ou est-ce vraiment la fonction qui ne correspondait pas aux talents, si nombreux pourtant, du P. Simonin ? Ce fut, semble-t-il, une des périodes les plus noires de sa vie. Mgr Blois n’eut pas la possibilité de porter remède à la situation, car il mourut subitement le 18 mai 1946.

     

    Un épisode n’a pas dû arranger les choses. Après la libération de Moukden par les nationalistes, Mgr Lemaire obtint enfin la permission de rentrer en France. De Kirin, il arriva à Moukden le 11 juin 1946 et en repartit le 13. Pris de court, le P. Simonin ne put lui remettre ni relevé de comptes ni courrier d’aucune sorte. Enfin le 16 octobre 1946, après seulement sept mois, le malheureux procureur fut remplacé par le P. Vérineux, mais non pas sanctionné, car il était nommé responsable de Saint-François-Xavier, l’ancienne paroisse japonaise de Moukden devenue désormais la paroisse internationale. L’église était belle et la résidence, très spacieuse, deviendra un centre important de réunions.

     

     

    La hiérarchie

     

    En cette année 1946, la hiérarchie ecclésiastique fut établie en Chine, par un décret du 11 avril. 99 vicariats apostoliques devenaient des diocèses, groupés en 20 provinces ecclésiastiques ; 38 préfectures apostoliques étaient provisoirement maintenues. Moukden devenait archevêché.

     

    La mort soudaine de Mgr Blois. le 18 mai 1946, compliqua la situation. Rome estima que le nouvel archevêque de cette capitale devait être un Chinois. Comme les missionnaires de Paris étaient encore nombreux, on leur confierait huit préfectures de l’ancienne circonscription qui constitueraient le diocèse de Ying-Kow. Cette réorganisation prit trois années. Enfin, le 14 juillet 1949, Mgr Pi devenait archevêque de ShenYang, le nouveau nom de Moukden, et le P. Vérineux était nommé premier évêque de Ying-Kow.

     

    Entre-temps, six nouveaux missionnaires étaient arrivés à Moukden ; l’un d’eux, le P. Pascarel, fut affecté à Saint-François-Xavier, comme vicaire du P. Simonin.

     

    Tandis que se resserrait l’étau communiste, les chrétiens les plus engagés de Moukden éprouvèrent le besoin de faire le point et de se réconforter par des réunions, comportant des agapes, qui se tinrent dans la résidence du P. Simonin, chaque mois, tant que ce fut possible.

     

    Après sa promotion au nouvel évêché de Ying-Kow, en 1949. Mgr Vérineux, empêché de quitter Shen-Yang, demanda au P. Simonin de remettre la paroisse Saint-François-Xavier au P. Pascarel, son vicaire, et d’aller à Ying-Kow, où il avait déjà résidé pendant huit ans, afin de préparer la venue de l’évêque. Ce projet n’eut pas de suite, car aucun missionnaire ne put quitter la ville jusqu’à l’expulsion définitive, par petits groupes, après détention, et, pour la plupart, jugement par un conseil de guerre.

     

    C’est dans ces conditions que le P. Simonin et le P. Marcadé, les premiers, se présentèrent à notre maison de Béthanie à Hong-kong, le 20 mars 1951. Ils y séjournèrent 23 jours. Le 11 avril, avec deux autres confrères, ils s’embarquèrent sur le Granville à destination de la France.

     

     

    En France

     

    Dès le 30 juin 1951, le P. Simonin se trouva affecté au petit séminaire Théophane Vénard pour y enseigner les Sciences naturelles à partir de la rentrée d’octobre. Impossible de trouver plus compétent. Cependant il n’accomplit que deux années scolaires à Beaupréau. Aurait-il eu des difficultés à maintenir la discipline ?

     

    À la rentrée de 1953, il était devenu assistant au service des archives de la Société, à Paris, fonction qu’il assuma avec beaucoup de soin, à plein temps durant sept ans. En 1960, le P. Quéguiner, élu Supérieur général, le prit comme secrétaire particulier à mi-temps et souvent davantage. En fait de ministère, prenant la succession du P. Gros, il assura avec joie l’Eucharistie quotidienne chez les Pauvres Dames Clarisses de l’avenue de Saxe, tant qu’il demeura à Paris.

     

    Sur la fin de 1970, comme il manquait un aumônier pour l’hôpital de Soissons, l’évêque de cette ville s’adressa au P. Quéguiner, qui proposa ce poste au P. Simonin, du fait que depuis l’Assemblée générale de 1968 existait un Secrétaire du Conseil, distinct des Assistants. Malgré son profond regret de quitter Paris, le P. Simonin commença ses nouvelles fonctions le 1er mars 1971, en vertu d’un contrat de trois ans, qui fut renouvelé en 1974, jusqu’à 1977. A ce moment-là mourut le P. Alphonse Colin, aumônier d’une petite communauté de religieuses à Fontenay-aux-Roses. Le P. Simonin avait déjà 69 ans. Ce poste lui convenait mieux. Un confrère, dont la grande amitié remontait au Séminaire, le présenta aux Sœurs. Il y fut heureux, près de Paris, disposant de loisirs pour ses diverses et nobles passions : la botanique, l’entomologie, la minéralogie, la mycologie, la philatélie, la photographie, etc. Il était membre actif de la Société de géographie, de l’Association des Naturalistes parisiens, des Amis du Muséum, etc. Ses collections de timbres, de fossiles ou de papillons provoquaient l’étonnement et l’admiration.

     

     

    Conclusion

     

    Manifestement Henri Simonin, notre confrère, était savant comme une encyclopédie et profondément artiste. Peut-être l’était-il un peu trop, en ce sens qu’il a cultivé de nombreuses disciplines, ce qui limitait ses possibilités pour chacune d’entre elles.

     

    Mais il n’était pas qu’artiste. Quand il fut présenté pour l’aumônerie de Soissons, il eut le cœur serré devant la perspective d’abandonner en grande partie ses activités dans les nombreuses associations dont il était membre ou même animateur. Mais il ne songea pas à se dérober. Voici la lettre qu’il écrivit au Supérieur général, le 20 décembre 1970.

     

    « Depuis trente-six ans, c’est-à-dire depuis mon départ en Mission, en 1934, je n’ai jamais sollicité, ni refusé un poste quelconque, même si, à première vue son acceptation me paraissait pénible. J’ai essayé de faire de mon mieux le travail que l’on me demandait de faire.

     

    Soixante ans d’expérience m’ont appris à reconnaître que les dispositions de la Providence à mon égard étaient ce qu’il y avait de mieux pour moi. Je me garderai donc d’élever une objection même légère à votre invitation à quitter mes fonctions à Paris... »

     

    Manifestement cet artiste était, à sa manière, disciple d’un très célèbre humaniste : saint François de Sales.

    • Numéro : 3501
    • Pays : Chine
    • Année : 1934