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Pierre SIMON (1896-1961)

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    Le Père Pierre, Marie, Louis, Melaine SIMON est né le 7 novembre 1896 à Montours, dans le diocèse de Rennes, aux confins de la Bretagne et de la Normandie. De santé assez délicate, et pour cette raison dégagé de toute obligation militaire en pleine période de guerre, il fut admis à 20 ans au séminaire des Missions Etrangères, en octobre 1916. Il fut ordonné prêtre le 6 juin 1925 et s’embarqua le 21 septembre à Marseille pour rejoindre la mission de Saïgon à laquelle il avait été affecté.

     

    Parler aujourd’hui du P. SIMON et de son raie au Vietnam n’est pas chose facile, car le temps qu’il vécut en ce pays fut très limité et paraît déjà bien lointain, On se souvient cependant de l’ardeur excessive avec laquelle il se livra à l’étude difficile de la langue vietnamienne, d’abord à Caimon qui était alors le lieu de passage obligé pour les jeunes missionnaires, puis à Bai Xan, comme vicaire du P. BELLOCQ, curé d’une vaste chrétienté de la province de Tra Vinh. Assez peu doué intellectuellement ayant une mémoire rebelle, il travaillait d’arrache-pied, avec entêtement, mais sans beaucoup de méthode ; il ressassait indéfiniment les mêmes textes, se plongeait dans les dictionnaires pour enregistrer le plus de mots possible, s’évertuait à bien moduler les accents et cela jusqu’à une heure avancée de la nuit. Mais le meilleur des mécanismes ne peut résister à un tel régime et de fait le Père s’usa rapidement. Sa santé s’altéra dangereusement et ceux qui l’ont connu se rappellent avec effroi les doses massives de médicaments qu’il s’administrait, l’abus qu’il faisait de l’huile de ricin pour essayer de retrouver un peu de forces dans ce pays au climat débilitant. En 1927, il dut mime se résigner à subir une opération à Saïgon.

     

    Cependant il finit par réussir son examen de langue et fut nommé curé de Bienhoa, chef-lieu de province et important nœud routier, à une trentaine de kilomètres de Saïgon. Malgré sa faiblesse physique, le Père possédait une âme d’apôtre et dans son nouveau poste il se dévoua corps et âme à ses ouailles trop peu nombreuses groupées autour de leur petite église. Si dans ses conversations il mêlait les accents un peu au petit bonheur, surtout lorsqu’il s’échauffait et parlait trop vite, les gens arrivaient à deviner plus ou moins ce qu il voulait dire. Ses sermons, qu’il travaillait fort sérieusement, étaient souvent jugés un peu trop longs pour des auditeurs trop serrés dans une église trop petite surchauffée par le soleil des tropiques, mais on s’y prêtait généralement d’assez bonne grâce parce qu’on y sentait la foi très vive de l’apôtre désireux à tout prix de communiquer la parole de Dieu. Dans son zèle éminemment missionnaire le Père ne se contentait pas de s’occuper des fidèles qui venaient à lui ; il allait volontiers à la recherche de la brebis perdue et c’est ce qui lui permit de régulariser plusieurs situations. Il ne craignait pas d’aller visiter les païens pour leur parler de Dieu et il eut la joie d’en régénérer plusieurs dans les eaux du baptême. Il m’est arrivé personnellement de rencontrer de ces âmes qui devaient au P. SIMON d’avoir connu Dieu et qui lui en gardaient une vive reconnaissance.

     

    Mais la charge de cette paroisse était au-dessus des forces de quelqu’un pour qui le lot de la vie fut plutôt la souffrance. En 1936 le P. SIMON rentra en France ; c’était son congé normal, mais qui devait être définitif par suite de sa faiblesse physique. Il séjourna d’abord dans son village natal, puis à l’abbaye de Notre-Dame de Port-du-Salut dans la Mayenne. Se sentant un peu plus fort, il accepta un poste de chapelain au château de Tréguil, sis sur la paroisse d’Iffendic, dans le diocèse de Rennes. Mais là encore ses forces le trahirent et il obtint son admission au sanatorium Saint-Raphaël de Montbeton où il devait séjourner de longues années. Aux souffrances physiques s’ajouta la souffrance morale d’être désormais éloigné à jamais de ces âmes d’Asie auxquelles il s’était attaché. Je me souviendrai toujours de I’intérêt très vif qu’il continua à témoigner à tout ce qui touchait le Vietnam et plus particulièrement sa mission. Il voulait à tout prix savoir ce qui se passait là-bas et ne cessait de vous poser une multitude de questions avec une certaine naïveté d’enfant qui prêtait parfois à sourire.

     

    Le P. SIMON est mort à Montbeton, le 6 octobre 1961, quelques semaines seulement avant son aîné, l’apôtre de Dalat, le P. Céleste NICOLAS, loin de leur commune mission à laquelle ils avaient donné leur cœur. De là-haut ils ne pourront oublier le Vietnam et continueront à prier pour lui.

    • Numéro : 3290
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1925