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Edme SILVESTRE (1826-1894)

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    M. Silvestre (Edme-Nicolas) naquit à Favoisy (Côte-d’Or) le 2 avril 1826. Entré tonsuré au Séminaire de Paris le 18 avril 1846, il reçut la prêtrise le 2 juin 1849 et partit pour le Cambodge le 6 octobre suivant.

    M. Silvestre, à son arrivée au Cambodge, fut chargé d’évangéliser les Chinois parmi lesquels il opéra beaucoup de conversions, entre autres celle d’un païen qui, après avoir reçu le baptême, ne craignit pas de faire trois fois le voyage de Chine pour gagner à Dieu sa mère et tous ses parents.

    Après ces remarquables débuts, le missionnaire fut envoyé avec quelques autres confrères au Laos, chez les sauvages.

    Le voyage sur le Mé-khong, avec les difficultés qu’il présentait, à cette époque principalement, coûta aux ouvriers apostoliques bien des fatigues et des ennuis. Les provisions manquaient, car l’exiguité de la barque qui les portait ne permettait pas d’en prendre beaucoup à la fois. D’un autre côté, il leur était difficile de se procurer quoi que ce fût dans les lieux déserts par lesquels ils passèrent. Bien souvent ils ne savaient le matin s’ils auraient à manger le soir.

    Outre le manque de nourriture, des périls de tout genre les envi­ronnaient à chaque instant. La protection de Dieu put seule les conduire sains et saufs à leur lointaine destination.

    M. Silvestre, à son retour du Laos, fut placé à Battambang, dans cette province cambodgienne qu’occupent les Siamois. Il dirigea les chrétientés de son nouveau district avec beaucoup de zèle et de succès, pendant longtemps, et gagna non seulement l’affection des chrétiens, mais encore l’estime des païens. Chargé ensuite du poste de Pinhalu, il en fut chassé avec tous ses néophytes par les rebelles. Il se réfugia alors à Phnom-penh, où il obtint du roi la concession de vastes terrains pour y établir son troupeau. En dernier lieu, M. Silvestre administrait la chrétienté annamite de Phnom-penh. C’est là qu’il contracta la maladie qui devait nous le ravir.

    Le mal augmentant, il dut se rendre au sanatorium de Hong-kong, où il a terminé sa carrière. M. Holhann écrit ce qui suit sur les der­niers moments de notre confrère :

    « Je ne pensais pas avoir à vous annoncer sitôt la mort de M. Silvestre. Quoique son cas fût « très grave, le cher malade paraissait encore robuste et, au départ de M. Hergott, il se croyait « capable d’achever la revision de son dictionnaire. Mais, le jeudi 29 novembre, l’en­flure « augmentant toujours, la respiration devint très pénible et des menaces de suffocation se « manifestaient de temps à autre. Je re­doutais une crise subite qui pouvait se produire à tout « moment et qui ne m’aurait pas laissé le temps de l’administrer. Je lui fis part de mes craintes « et lui proposai de recevoir les derniers sacrements. Il accepta avec plaisir et demanda à se « confesser. La confession finie, il m’exprima le désir de communier en viatique ; il essaya « plusieurs fois d’avaler une petite parcelle d’hostie non consacrée ; mais ses efforts furent « inutiles. Depuis près de trois mois il avait dû renoncer à dire la sainte messe, et, depuis « quinze jours, il ne pouvait prendre le lait qui le soutenait encore, qu’au moyen d’un tube de « caoutchouc, introduit avec assez de difficulté entre la langue et le palais, et malgré toutes les « précautions, une partie du liquide était rejetée au dehors par les ouvertures que le mal avait « faites aux lèvres. Je lui administrai donc l’extrême-onction, et lui donnai l’indulgence in « articulo mortis. La nuit du vendredi au samedi fut agitée, mais le malade pouvait encore se « lever tout seul et marcher : il se tint même assis plus d’une demi-heure sur son lit, sans « aucun appui. Le samedi matin, la faiblesse augmenta d’une manière inquiétante, le pouls « devint très rapide et presque imperceptible à certains moments. Toutefois le Père se leva « encore seul et fit quelques pas dans sa chambre. Vers dix heures, il voulut se coucher, mais « une crise de suffocation le força de se relever presque aussitôt. Je l’aidai alors à s’asseoir sur « une chaise et il y demeura quelque temps quoiqu’il fût très agité. Il répétait les invocations « que je lui suggérais. A midi, les extrémités étaient déjà froides, notre confrère n’avait plus « dès lors son entière connaissance ; du moins il ne répondait plus à mes questions. La tête « était brûlante : il est possible qu’il y ait eu congestion cérébrale. M. Gaztelu, son directeur, à « qui il avait fait déjà, quinze jours auparavant, une confession géné­rale, arriva à ce moment-« là et lui adressa quelques paroles ; mais le malade ne parut ni l’entendre ni même le « reconnaître. Enfin à une heure quarante, la respiration devint un peu plus faible et plus lente, « quoique toujours très régulière, et à une heure quarante-cinq, le 1er décembre, notre cher « confrère rendait son âme à Dieu, sans secousse ni crise, contrairement à ce que nous « redoutions.

    « M. Silvestre a supporté son mal avec une patience et une résignation bien édifiantes et le « docteur lui-même en était tout étonné. Il a fait son purgatoire sur la terre et c’est dans cette « intention qu’il endurait la souffrance sans se plaindre jamais.

    « Monseigneur Gasnier, évêque de Malacca, fit la levée du corps à trois heures. Tous les « confrères de Béthanie accompagnèrent à la chapelle le cercueil qui demeura exposé « jusqu’au lendemain ; ils se partagèrent les heures de la nuit pour veiller près du défunt. Le « dimanche, après la récitation d’un nocturne et des Laudes de l’office des Morts, le service « fut chanté par le doyen des missionnaires présents à Hong-kong, M. Desgodins. Mgr « Gasnier donna l’absoute. Près de trente missionnaires étaient présents à la cérémonie. « L’enterrement eut lieu à trois heures et demie du soir et fut présidé par M. Rousseille, « supérieur de Nazareth. Que l’âme du cher défunt  repose en paix et jouisse du bonheur « éternel ! »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 590
    • Pays : Vietnam Cambodge
    • Année : 1849