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Joseph SÉOSSE (1880-1939)

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    M. Joseph Séosse naquit à Pey, petite commune des Landes située dans le diocèse d’Aire. Sa jeunesse se passa joyeuse auprès du moulin de ses parents et il fit ses études à Aire-sur-l’Adour. D’une constitution robuste, taillé en athlète, il était de tous les jeux et de toutes les courses ; doué en même temps d’une voix forte et sonore, il animait tous les chants et tous les chœurs. Ses devoirs d’étudiant studieux n’en étaient pas pour autant négligés, les cahiers qu’il emporta avec lui en mission en font foi ; ces cahiers-volumes où les leçons de rhétorique, de philosophie et de théologie sont relevées avec soin d’une écriture moulée, nous révèlent son goût pour les sciences exactes. Il était déjà assez avancé dans l’étude de la théologie, quand il entra, du grand Séminaire de Dax, en 1904, au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Ordonné prêtre le 29 juin 1906, il reçut sa destination pour la Mission du Kouangsi et partit le 26 septembre suivant.

     

    Il arrivait bien à propos. M. Poulat se trouvait seul dans le vaste district de Kweishien, qui commençait à sortir de la léthargie où l’avait mis la guerre du Tonkin vingt années auparavant ; le travail augmentait, et le bon M. Poulat, déjà âgé de 55 ans et d’une santé chancelante, ne pouvait plus suffire à la tâche. Mgr Lavest lui donna donc le jeune M. Séosse en qualité de vicaire.

     

    Le nouveau missionnaire avait une santé capable de supporter les plus rudes fatigues, il allait être pour M. Poulat un soutien solide dans les plus accablantes fonctions de la vie apostolique et lui permettre de travailler vingt ans encore à l’extension du règne de Notre-Seigneur en Chine. Sous la douce et paternelle direction de son curé, M. Séosse, fut toujours, en effet, l’actif ouvrier du dehors : les visites des chrétientés les plus éloignées, les courses précipitées pour administrer les derniers sacrements aux malades le trouvaient toujours prêt ; il fut toute sa vie d’une activité débordante. Quelques mois avant sa mort ; ne disait-il pas à un confrère : « Je souffre d’être obligé de rester ici ! comme je voudrais visiter l’une après l’autre toutes mes chrétientés ; je n’ai plus la force d’autrefois, néanmoins, je puis voyager, mais comment laisser Kweishien avec toutes ses œuvres : dispensaire, sœurs canadiennes, religieuses chinoises, enfants de l’asile de la Sainte-Enfance sans cesse exposés aux bombardements aériens ! » Kweishien est de plus un lieu de passage, ce qui fait remplir au titulaire du lieu le rôle de procureur pour ses confrères. La mission était hospitalière pour tous, prêtres et chrétiens, la franchise du missionnaire et son entrain mettaient tout de suite à l’aise les visiteurs ; d’une grande bonté, il ne pouvait voir quelqu’un dans la misère sans le consoler et lui venir en aide. Aussi lui arriva-t-il plus d’une fois d’être à court d’argent : il ne pouvait refuser aux quémandeurs ; ceux-ci le savaient et en abusaient parfois.

     

    Pendant les années de 1907 à 1910, les conversions semblaient devoir être nombreuses dans beaucoup de localités, tant chez les Pounti que chez le Hakka du district. Les deux missionnaires se donnèrent énormément de peine et ils conçurent de belles espérances, qui malheureusement ne se réalisèrent pas toutes ; mais elles devaient porter des fruits quelques années plus tard. Puis ce furent les années troublées consécutives au changement de régime en Chine, et, en 1914, la mobilisation des jeunes confrères. M. Séosse fut maintenu à son poste, mais quelques mois plus tard, au début de l’année 1915, le départ de M. Maurice pour l’armée obligea son évêque à l’envoyer à Pingnam, au grand regret des chrétiens qui lui offrirent en reconnaissance une magnifique banderole de soie, sur laquelle était écrit son éloge. Lorsque, en 1919, le district de Pingnam passa aux mains des missionnaires américains de Maryknoll, M. Séosse fut alors nommé à Kweiping, et chargé de Loumei, laissé vacant par la mort de M. Barrès. Dans l’un et l’autre de ces deux postes, il ne put que maintenir les positions acquises ; c’était la période d’après-guerre et l’impécuniosité de la Mission du Kouangsi avait arrêté tout développement.

     

    En 1925, la paix et la tranquillité paraissaient revenues et l’évangélisation avait repris son cours ordinaire, les écoles catholiques de Kweishien étaient dans un véritable état de prospérité, Mgr Ducœur jugea alors nécessaire le retour de M. Séosse dans ce poste où il avait fait ses premières armes et trois prêtres chinois vinrent aussi prêter leur concours au développement de la bonne semence dans cette partie du champ du Père de famille. M. Séosse assista le vénéré M. Poulat à ses derniers moments en 1927, et dès lors, il le remplaça comme chef du district de Kweishien, qu’il sut maintenir dans le progrès. Il put l’augmenter du côté de Sichan et de Tchongmouk, au point qu’il fallut bientôt songer à une subdivision : dans la partie est, Kiteou et Shamli furent donnés à MM. Crocq et Lô, et il ne resta alors que la partie ouest confiée au zèle de M. Séosse.

     

    Vers la fin d’août 1939, il avait reçu la visite des deux plus jeunes missionnaires envoyés dans le Vicariat de Nanning : MM. Leblanc et Mamet. Il fit certainement quelques excès de fatigue pour leur montrer ce qui était susceptible de les intéresser, peut-être aussi y eut-il un petit accroc à son régime de diabétique. Le plaisir de rendre heureux ses deux confrères lui fit mépriser cette fatigue ; mais quand il fut seul, un crise de diabète se manifesta très aiguë et, le 13 septembre, il s’alita pour ne plus se relever. Dès le début, M. Séosse s’affaiblit rapidement. Mgr Albouy, appelé par télégramme, arriva le 23, car cette crise, compliquée d’une furonculose, l’avait mis à deux doigts de la mort. Son Excellence crut devoir lui proposer les derniers sacrements, ce qu’il accepta volontiers. Bientôt arriva le Dr Stern, appelé en toute hâte de Watlam ; alors les soins les plus assidus, prodigués tant par le médecin que par nos dévouées Sœurs de Notre-Dame des Anges, lui procurèrent quelque soulagement. Obligé de rester constamment couché du même côté et de subir des pansements qu’il fallait renouveler plusieurs fois par jour, il offrait ses souffrances pour la Chine qu’il aimait. Les forces lui revenant, Monseigneur le crut hors de danger et partit pour Paksha, pendant que le Dr Stern prenait la direction de Shanghai ; le malade lui-même se sentait suffisamment vaillant pour aller communier à la messe de la fête du Christ-Roi.

     

    Quelques jours plus tard, les avions japonais étant venus tournoyer au-dessus de la ville, il se réfugia dans l’abri comme tout le monde. Y prit-il froid, ou cette marche le fatigua-t-elle ? Quoi qu’il en soit, le lendemain, il se mit à tousser et il retomba dans un état pire qu’auparavant. On télégraphia alors à Son Excellence qui arriva le 12 novembre. M. Séosse était très fatigué ; un nouveau télégramme dut être envoyé à Nanning, demandant d’urgence une auto-ambulance et un médecin qui arrivèrent le 15 dans l’après-midi. Celui-ci ausculta le malade avec soin et constata une broncho-pneumonie double ; à son avis, le seul moyen de le sauver était de partir tout de suite et de l’emmener à l’hôpital de Nanning. La voiture repartait donc deux heures après emportant notre cher malade accompagné de Mgr Albouy. Mais les chemins étaient très mauvais, une pluie froide et le vent du nord rendaient la marche tellement lente, que les voyageurs ne purent dépasser Pinyang avant la nuit. On fut donc obligé de s’y arrêter et de déposer M. Séosse à la résidence catholique de cette localité. Les religieuses chinoises le veillèrent la nuit. Quand, de bonne heure, on se remit en route le lendemain 16 novembre, notre confrère ne parlait plus. A Lou-hu, une panne arrêta encore l’ambulance pendant trois heures, puis on repartit vers 10 heures ; vingt minutes plus tard, c’était fini, M. Séosse avait rendu son âme à Dieu.

     

    C’est donc avec un cadavre que Son Excellence arriva, à Nanning. Le corps de M Séosse fut aussitôt revêtu des ornements sacerdotaux et déposés dans la chapelle épiscopale, où les chrétiens se succédèrent sans interruption pour prier jusqu’au moment de l’inhumation. Celle-ci eut lieu, le lendemain à la tombée de la nuit en raison des alertes continuelles provoquées par les avions de bombardement.

     

    M. Séosse avait 34 ans de mission sans être jamais rentré en France. Il repose actuellement au cimetière de Nanning, près de confrères qui, comme lui, ont travaillé et sont morts à la tâche. Espérons qu’au ciel il intercèdera pour nous qui le pleurons et pour la Mission qu’il a tant aimée et si fidèlement servie.

    • Numéro : 2884
    • Pays : Chine
    • Année : 1906