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Auguste SELLOS (1882-1976)

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    Enfance et jeunesse

     

    C’est grâce à son neveu que nous avons quelques renseignements sur la famille et la jeunesse du P. SELLOS. « Augustin Sellas naquit le 22 août 1882, à St-Ellier-les-Bois. Cette commune essentiellement rurale est située à une vingtaine de kilomètres d’Alençon.

     

    « Ses parents étaient cultivateurs et élevaient leurs enfants, cinq garçons et deux filles, dans la plus pure tradition chrétienne. Augustin était le troisième. Le père de famille avait l’âme d’un patriarche et exerçait sur tous ses enfants une autorité indiscutée. Après avoir fait sa « communion solennelle » à St-Martin-des-Landes, commune voisine de St-Ellier-les-Bois, Augustin prit, comme ses frères, le chemin de la pension, c’est-à-dire du petit séminaire St-Joseph à La Ferté-Macé. Cet établissement est actuellement un collège d’enseignement public.

     

    « Dès son jeune âge, Augustin Sellas désirait être prêtre. Aussi, ses études secondaires terminées, il voulut entrer au grand séminaire de Sées. Mais sa santé, fragile à ce moment-là, ne lui permit pas de réaliser son désir. Il en éprouva une amertume certaine. Il sut patienter un an, se soigner pour affermir sa santé et dès l’année suivante, en 1903, il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères où il fut accepté sans difficulté. Le 14 septembre il entrait à Bièvres. Ce ne fut que pour peu de temps car au mois de novembre il fut incorporé au 103e régiment d’infanterie. Comme il avait un frère sous les drapeaux en même temps que lui, il ne fit qu’un an de service militaire et en septembre 1904, il rejoignit le séminaire pour se préparer au sacerdoce et à la vie missionnaire. Ordonné prêtre le 29 juin 1907, il ‘fut affecté à la mission de Rangoon, la Birmanie méridionale comme on disait alors. Parti le 13 août 1907, il était à pied d’œuvre  à Rangoon, le 24 septembre ».

     

     

    En mission en Birmanie

     

    Toute la vie missionnaire du P. Sellos s’est écoulée à Rangoon même, dans deux paroisses : St-Antoine de 1908 à 1931 et St-Augustin de 1932 à 1964. C’est dans cette paroisse qu’il se retira pendant quelques années avant de partir pour Hongkong en 1968.

    A St-Antoine : Dans cette paroisse, le P. Sellas fut surtout chargé de l’école pour les Indiens de langue tamoule. Mais pourquoi la présence de tant d’Indiens ? A cette époque, la Birmanie était une simple province de l’Empire Britannique. La terre y était riche et la population relativement peu nombreuse. Aussi, du sud de l’Inde surpeuplée, de très nombreux Indiens, surtout des Tamouls, venaient-ils chercher sur une terre plus féconde le bol de riz quotidien. Certains s’installaient dans le delta pour y défricher des terres et en faire de nouvelles rizières. D’autres trouvaient du travail en ville : employés de chemin de fer, cuisiniers, blanchisseurs, etc... Beaucoup parmi eux étaient catholiques et catholiques pratiquants. Il fallait donc pourvoir à leurs besoins spirituels. Ainsi  la paroisse  St-Antoine  de  Rangoon  compta  jusqu’à 10 000 paroissiens qui ne laissaient guère de répit à leur clergé. Cette situation posait un problème. Il était nécessaire d’envisager de donner à cette population des prêtres issus de son sein, et dans ce but d’éveiller des vocations parmi tous ces travailleurs, pauvres pour la plupart. Pour cela on commença par ouvrir des écoles pour y grouper les enfants chrétiens, les instruire, les éduquer et choisir parmi eux des sujets aptes au sacerdoce. Le jeune Père Sellos, d’abord vicaire à St-Antoine avec le P. Mourlanne, fut bientôt chargé d’ouvrir une école. Un terrain situé près de l’église présentait l’endroit idéal pour cela. Libéré de toute charge paroissiale, il se mit à l’œuvre. Il fallait tout d’abord bâtir. Pour cette construction, il ne se contenta pas de laisser le travail à un architecte. Il étudiait lui-même les plans et surveillait de très près tous les travaux. Une fois terminée l’école destinée aux garçons, il aida les Sœurs de St-Joseph de l’Apparition à construire leur couvent et une école destinée aux fillettes tamoules, futures mères de famille ou futures religieuses.

     

    Le besoin de clergé se faisait vivement sentir, car à cette époque la « mission carianne », était en plein essor. Certains missionnaires, voulant aller au plus pressé, étaient d’avis de faire vite, d’envoyer les enfants au petit séminaire de Moulmein avec un minimum d’instruction. Au petit séminaire, ils apprendraient un peu d’anglais, un peu de latin. Le grand séminaire de Penang ferait le reste... Le P. Sellos était d’opinion tout à fait opposée : il voulait des prêtres bien formés, instruits ; il désirait que ses séminaristes étudient au moins jusqu’au 10e degré, correspondant à nos terminales, et suivent même, si possible, les cours de l’université. Après quoi, il les enverrait au séminaire de Kandy, à Ceylan.

     

    Le P. Sellos dirigeait son école de main de maître : « un vrai cheval à l’ouvrage », disait de lui Mgr Cardot, « qui fait tout le travail tout seul alors qu’il pourrait en laisser la moitié à ses aides ». De fait, le P. Sellos ne perdait jamais une minute ; il était toujours occupé à tenir des registres, à répondre aux innombrables circulaires du ministère de l’Education... Dès qu’il avait un moment libre, il s’en allait visiter les parents de ses élèves pour mieux connaître les familles. Il se déplaçait alors en moto ; il fut un des premiers motorisés de la mission de Rangoon.

     

    Les efforts du P. Sellos pour la formation du clergé furent couronnés de succès. C’est en 1931 que fut ordonné le premier prêtre tamoul en Birmanie. Plusieurs autres suivirent, tous bien formés. Tous sont restés fidèles au souvenir de P. Sellos et ils aimaient lui faire visite lors de leurs passages à Rangoon.

     

    C’est aussi en 1931 que des Frères du sud de l’Inde, demandés par le P. Sellos, vinrent prendre charge de l’école des garçons de la paroisse St-Antoine. Il y avait quelque 24 ans que le P. Sellos œuvrait dans cet établissement qu’il avait fondé.

     

    À St-Augustin : Déchargé de cette école, le P. Sellos fut nommé curé de la nouvelle paroisse universitaire de St-Augustin, une paroisse où absolument tout était à faire. Le terrain était acquis, mais c’était tout. Il fallait construire presbytère, église et tout l’équipement. Construire, c’est très bien. Mais pour cela il avait besoin de fonds. Inlassablement sur sa moto, le P. Sellos visitait les familles de son nouveau domaine, ses nombreux amis, ses anciens élèves. Les petites oboles s’ajoutaient à de plus grosses sommes et bientôt le P. Sellos fut en mesure d’entreprendre ses construc­tions. Il commença par bâtir un élégant presbytère avec une double annexe : une grande salle pour la bibliothèque et les activités de loisirs, puis un grand « hall » pour les réunions d’étudiants. Ce hall servit provisoirement d’église.

     

    Mais ce provisoire ne pouvait durer. À cette nouvelle paroisse il fallait une église. Après avoir visité toutes les églises qui avaient été construites dans la mission, pesé leurs avantages, leurs défauts, examiné leur aération si importante en pays chaud, le P. Sellos mit son église en chantier. Bientôt le bâtiment sortit de terre ; les travaux furent poussés activement et quelques mois après, la paroisse St-Augustin avait son église. Cette paroisse était située dans une zone qui, à cette époque, était encore un peu la banlieue de la ville, à proximité du campus de l’université. Officiers et soldats de l’armée anglaise avaient aussi leur résidence dans ce quartier. Après la proclamation de l’indépendance, c’est aussi dans ce secteur que s’installèrent les ambassades.

     

    À St-Augustin où il devait rester pratiquement jusqu’en 1968, le Père Sellos fut vraiment « le bon pasteur qui connaît ses brebis ». Sans arrêt il visitait ses paroissiens ou les recevait au presbytère. Pour que les gens n’attendent pas trop longtemps ou en vain, il inscrivait sur un tableau noir à l’entrée du presbytère l’heure de son retour… et à l’heure indiquée, le P. Sellos était là...

     

    Les étudiants de l’université voisine venaient nombreux au foyer ouvert pour eux par le P. Sellos. Les catholiques attiraient leurs amis non-catholiques ; ils y trouvaient une bonne bibliothèque constamment tenue à jour, et des jeux variés. A intervalles réguliers avaient lieu des causeries diverses : un cercle biblique actif groupait aussi nombre d’étudiants.

     

    Ce foyer connut un vif succès qui devait, hélas ! être interrompu par la guerre. En effet, dès le mois de décembre 1941, dans la quinzaine qui suivit l’attaque de Pearl Harbour, les bombardiers japonais apparurent dans le ciel de Rangoon. Les deux raids des 23 et 25 décembre firent plusieurs milliers de victimes.. . L’armée japonaise allait de victoire en victoire. Après la Malaisie, la Birmanie... Au mois de mars 1942, les Japonais faisaient leur entrée à Rangoon. L’université fut fermée ; de très nombreuses familles quittèrent la ville pour se réfugier à la campagne. La paroisse St-Augustin se vida de ses habitants. Comme la plupart des missionnaires, le P. Sellos chercha asile à la léproserie de Kemmendine, mais pour très peu de temps. Malgré le danger il revint bientôt chez lui pour occuper les lieux et pour protéger son église. Et sa présence ne fut pas inutile. Voici un petit fait qui en apporte la preuve et qui montre aussi sa ténacité à réagir sans se décourager pour maintenir ses droits ou les reprendre quand sa responsabilité était engagée. C’était tout au début de l’occupation japonaise. Le P. Sellos s’était absenté quelques heures. A son retour il trouva son presbytère occupé par des soldats japonais qui lui en interdirent l’entrée. Que fit-il ? Il se tint aux aguets à proximité. Bientôt les Japonais s’absentèrent à leur tour. Il en profita pour réintégrer sa maison, mettre leurs affaires à la porte et leur refuser à son tour tout accès chez lui. Sa position était dangereuse. Mais il tint bon et finalement les soldats japonais allèrent s’installer ailleurs.

     

    Pour lutter contre les Japonais, les Alliés à leur tour ne ménagèrent pas les bombardements, semant la panique dans toute la ville et faisant de nombreuses victimes. Etant donné cette situation dangereuse, les paysans, surtout les maraîchers, hésitaient à apporter leurs produits à la ville, ce qui rendait le ravitaillement difficile.

     

    Un jour que le bombardement était plus sévère que d’habitude, le P. Sellos sortit de sa maison pour prier devant l’église. C’est alors qu’un Birman bien vêtu s’approcha de lui en souriant et lui dit : « Père, ne craignez rien pour votre église ; elle ne sera pas touchée ». Cela dit, l’homme disparut. De retour chez, lui, le P. Sellos trouva sur sa table une enveloppe avec une généreuse offrande ; elle était fort bien venue, car il avait épuisé ses dernières ressources le matin même, au marché.

     

    Un musulman voisin, parlant de cette époque troublée et dangereuse, racontait plus tard : « Combien j’ai admiré le P. Sellos, seul dans sa paroisse durant la guerre. Chaque jour, matin et soir, il allait lui-même sonner l’angélus et je ne saurais vous dire combien cette cloche de paix résonnait aussi chez nous au milieu des dangers et des angoisses que nous vivions alors ».

     

    Telle fut l’attitude du P. Sellos pendant toute la guerre : il veillait et priait ! Son courage et sa confiance furent récompensés et de fait son église ne fut pas touchée. En mai 1945, les Alliés reprirent la ville de Rangoon. A la disette des années de guerre succéda une période d’abondance ; les réfugiés revinrent, lentement la vie reprit. Le P. Sellos retrouva une moto pour parcourir à nouveau les rues de Rangoon. — Mais d’autres événements allaient perturber le pays.

     

    L’indépendance, si désirée par les Birmans, fut proclamée au, mois de janvier 1948. C’est alors qu’éclatèrent des troubles internes : guérillas communistes, luttes sanglantes entre les diverses ethnies. La ville même de Rangoon fut menacée. La vie paroissiale continuait, mais au ralenti. Un nouvel exode se déclencha : Anglo-Birmans, Indiens s’en allèrent chercher ailleurs une situation plus stable, un avenir plus assuré. A Rangoon, l’université avait été rouverte, mais les interruptions étaient fréquentes et parfois de longue durée.

     

    Pour le P. Sellos, l’âge était venu. Sa vue baissait ; il lui avait fallu abandonner la moto. Il n’avait d’ailleurs plus la force de la mettre en marche. Son jubilé d’or avait été célébré à la date prévue, mais sans aucun éclat, éclat qu’il ne désirait pas d’ailleurs. Comment du reste donner du faste à cette cérémonie dans les circonstances que traversait le pays ! La ville de Rangoon était sous la loi martiale ; toutes les routes étaient barrées, la circulation sévèrement contrôlée. Ce n’était donc guère le moment de se livrer à des festivités !

     

    Le P. Sellos, voyant ses forces diminuer, donna sa démission et remit au Père Pierre Courtot le soin de la paroisse. Ce dernier était déjà son vicaire depuis plusieurs années et assurait l’aumônerie des étudiants. Le P. Sellos se retira sur place mais laissa les mains totalement fibres à son successeur. Cette situation dura environ deux ans.

     

    A partir de 1966, les jeunes missionnaires arrivés en Birmanie après la proclamation de l’indépendance en 1948 durent quitter le pays les uns après les autres. Ainsi l’effectif missionnaire de la Région de Birmanie passa de 56 à 22. Le Père Courtot fit partie de ceux qui furent contraints de s’en aller. La paroisse St-Augustin se trouvait sans pasteur. Mgr Bazin demanda au P. Sellos d’en reprendre la charge au moins provisoirement. Il accepta pour une courte période.

     

     

    En retraite

     

    En octobre 1968, il se retira à Béthanie (Hongkong). Il avait alors 86 ans et il travaillait en Birmanie depuis plus de 60 ans ! Mais, avant de quitter son poste, il mit tout en ordre dans l’église et le presbytère. Il y dépensa ses modestes économies et c’est pratiquement sans argent, avec pour tout bagage un peu de linge dans une petite valise et sa vieille machine à écrire qu’il s’envola pour Hongkong !

     

    Il devait y rester trois ans sans pouvoir vraiment s’y habituer. Aussi en 1971, se résigna-t-il à quitter l’Asie pour se retirer à Montbeton. Mais son cœur restait attaché à la mission de Rangoon. Il s’y intéressa jusqu’au bout, réclamant des lettres, des nouvelles des uns et des autres, des détails sur la marche de la mission. « Ne craignez pas d’écrire ; je puis encore lire mes lettres moi-même ». Il gardait le contact avec ceux qu’il avait dirigés vers le sacerdoce et s’intéressait à leur ministère.

     

    Sa mort à 93 ans passés n’a surpris personne. Il était devenu le doyen d’âge de la Société des Missions Etrangères. Missionnaire jusqu’au bout, il a offert ses souffrances et ses prières d’exilé pour l’Eglise en pays birman.

     

     

    L’homme Le prêtre

     

    Le Père Courtot qui a vécu 10 ans avec le P. Sellos, d’abord comme vicaire chargé des étudiants de l’université, puis comme curé, succédant au P. Sellos retiré sur place, a bien voulu livrer quelques-uns de ses souvenirs. Nous lui laissons la parole. Il écrit : « Je suis resté 10 ans avec le P. Sellos, vivant avec lui dans le presbytère qu’il avait construit et dans la paroisse qu’il avait mise sur pied, les dernières années, moi comme curé et lui en retraite : position difficile ! Eh bien ! je reste plein d’admiration pour le P. Sellos et je n’ai jamais eu avec lui aucun problème réel.

     

    « C’était un homme droit et entier : avec lui, blanc était blanc, noir était noir. Très direct, il disait ce qu’il avait à dire. De là aussi la conscience qu’il avait d’avoir à donner le bon exemple en toutes choses et toujours, blâmant, même assez amèrement, ceux qui manquaient de le faire... occasionnellement. »

     

    Le Supérieur régional de Birmanie ajoute quelques notations qui complèteront le portrait : « Le P. Sellos lançait de petites pointes qui touchaient toujours juste et n’épargnaient personne, pas même les « gens mitrés »... C’était un pince-sans-rire. Il avait très mauvaise vue… mais voyait clair sur bien des points et ne se tracassait nullement d’être seul de son avis. — Il ne manquait point non plus d’humour. Au temps de l’occupation japonaise, chacun d’entre nous dut remplir et plusieurs fois un long questionnaire très détaillé : père, mère, frères, sœurs, en indiquant ce que chacun faisait... Réponse du P. Sellos : Lampistes. Tout le mande chez lui fabriquait des lampes ! » Et le P. Supérieur ajoute : « En 1947, j’ai rendu visite à la famille du P. Sellos. Au beau milieu du repas qui réunissait la famille, je posai la question : fabriquez-vous toujours des lampes ? Tout d’abord, silence étonné, puis quelqu’un se décida à parler : « Des lampes, quelles lampes ? » Je racontai alors la réponse du P. Sellos au questionnaire des Japonais. Amusement général : « Ah ! c’est bien Augustin », dit une de ses sœurs ».

     

    C’était un homme de devoir : il était toujours là où son devoir le demandait. Il n’était même pas question qu’il puisse être ailleurs. Il n’accordait à la détente même pas une parcelle du temps qu’il jugeait devoir consacrer aux obligations de ses responsabilités.

     

    C’était un homme de parole : il faisait ce qu’il promettait de faire ; on pouvait compter sur lui.

     

    C’était un homme de Dieu : toute sa vie il est resté fidèle aux actes journaliers de prière dont il avait contracté l’habitude au séminaire, tout cela sans ostentation, mais avec une régularité exemplaire. Ces actes quoti­diens de prière constituaient en quelque sorte l’ossature de sa vie sacer­dotale.

    C’était un apôtre : il allait vers ses ouailles, visitait régulièrement les familles pour entretenir le contact et les mieux connaître. Parmi ces familles, il portait une attention toute spéciale aux plus pauvres, aux plus déshérités, car sous une apparente rudesse, il gardait un cœur ouvert et compatissant à tous ceux qui étaient dans la peine ou rencontraient des difficultés. — Parmi ceux dont il eut longtemps la charge, il faut faire une mention spéciale des étudiants de l’université dont il fut l’aumônier pendant de longues années. Avec eux il savait employer les méthodes modernes d’apostolat les plus avancées, les plus en pointe pour l’époque où il vivait. — Pendant qu’il fut directeur de l’école tamoule à la paroisse St-Antoine, il se révéla un éducateur soucieux de la formation de ses élèves. Même leurs études terminées, et même après leur mariage, il continuait à les suivre.

     

    À cet ensemble de vertus correspondait ce que l’on pourrait appeler « l’envers de ses qualités » :

     

    Notamment une certaine rudesse qui de fait pouvait heurter. Son franc-parler et sa manière directe et sans détours intimidaient parfois certains.

     

    Très personnel, il se trouvait un peu « isolé », en ce sens qu’il était plutôt fait pour travailler seul. Une vie et un apostolat en équipe ne répondaient guère à son « tempérament ».

     

    Et ce confrère ajoute un souvenir personnel qui nous fera mieux connaître le Père Sellos : « Une fois nommé curé de St-Augustin (le P. Sellos étant retiré sur place), j’avais changé quelque chose à l’église. Il me dit tout de suite : « Vous êtes un imbécile. Vous ne devriez pas faire cela. Remarquez que je vous dis cela parce que je crois que j’ai à vous le dire. Mais c’est vous le patron. Faites ce que vous voudrez ». Il ne me parla plus de la chose les jours suivants. Mais une semaine plus tard, je rencontrai un paroissien qui se disait mécontent du changement apporté à l’église et lui d’ajouter : « Je ne comprends pas ; j’en ai parlé au P. Sellos et ce qui m’étonne c’est que le P. Sellos accepte un tel changement et qui plus est, il m’a dit : « Le P. Courtot doit avoir raison de faire un tel changement ». Telles furent les paroles du paroissien. Or, je sais et suis sûr que le P. Sellos n’avait pas changé d’idée. Mais pour lui son devoir était de me soutenir, de ne pas me tirer dans le dos. Ce petit fait en dit long sur les qualités humaines et surnaturelles du P. Sellos ».

    • Numéro : 2975
    • Pays : Birmanie Chine
    • Année : 1907