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Joseph SÉGURET (1856-1884)

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    MM. GÉLOT (PROVICAIRE), RIVAL, SÉGURET, TAMET, ANTOINE, MANISSOL

    MISSIONNAIRES  DU  TONG-KING  OCCIDENTAL

     

     

    Nous réunissons sous un même titre tous ces généreux missionnaires que Dieu avait associés sur la terre aux mêmes travaux, aux mêmes combats et au même triomphe, et à qui il réservait la même couronne dans le Ciel. N’ayant reçu aucun nouveau détail sur les derniers moments de nos confrères, nous nous contenterons de reproduire les lettres de Mgr Puginier qui nous ont annoncé leur mort glorieuse .

    Monseigneur de Mauricastre nous écrivait de Hanoï, le 25 mars dernier :

    « Comme je viens de vous l’annoncer par un télégramme, mes craintes au sujet des missionnaires du Laos sont, hélas ! une triste réalité. Le malheur est consommé, et cinq apôtres ont été massacrés. M. Tamet seul a échappé aux bourreaux. Voici ce que m’écrit ce cher confrère, en date du 18 février :

     

    « Monseigneur, jusqu’à présent je n’ai pu vous faire parvenir aucune nouvelle ; obligé de « me cacher avec les catéchistes qui vivent encore, je ne trouvais personne pour  descendre « dans la plaine. Du reste, tout le monde ici est dans la crainte. Ce matin j’ai vu  arriver le « théologien de Mùong-ai, tribu éloignée et chrétienne où il se tenait caché. Il  veut, coûte que « coûte, aller vous trouver ; si le bon Dieu le protège, vous recevrez cette  lettre. Voici ce qui « s’est passé : Le 6 janvier, fête des trois Rois, trois missionnaires ont  fait à Dieu le présent « de leur vie : le P. Gélot et le P. Rival ont été décapités, et le  P. Manissol a été frappé d’une « balle à mes côtés. Une douzaine de catéchistes et quelques servants ont été aussi massacrés. « On a pillé et brûlé toutes les maisons  des  chrétiens. Tous nos néophytes sont plongés dans « la plus affreuse misère

    « Je ne vous dirai pas ce que nous avons souffert et ce que nous souffrons encore. Sans « parler de la faim et du froid, je vous signalerai simplement les fatigues très grandes que « nous supportons pour fuir d’une montagne à une autre. Je suis faible, mais le bon Dieu  me « protège. La bonne Mère du Ciel nous  a bien gardés ; trois fois nous sommes tombés au « milieu de nos ennemis qui  nous cherchaient, et trois fois nous leur avons échappé.  Nous ne « sommes pas du tout en sûreté, mais nous sommes entre les mains du bon  Dieu, et rien « n’arrive que par sa volonté : Fiat voluntas Dei ! Je crois qu’il y a encore trois catéchistes « vivants, à part les deux que j’ai avec moi.

    « Recevez, Monseigneur, les sentiments de soumission filiale de votre enfant. »

     

    «  André TAMET. »

     

    « Post-scriptum. – Je prie le bon Dieu de vous faire parvenir cette lettre. Le théologien « vous racontera tout en détail. Pour moi, je le répète, je ne le puis,  je suis trop faible. « Comment cela finira-t-il ?.....Dieu seul le sait. Peut-être que nos yeux  ne reverront jamais le « sol du Tong-King Priez Dieu pour nous ! »

     

    « Voilà vraiment la lettre d’un apôtre : elle est simple, mais éloquente. Que le Seigneur le conserve pour servir de père aux néophytes du Laos, orphelins et bien éprouvés ! Le théologien qui portait cette lettre, a mis un mois à traverser les montagnes, et il n’est pas encore arrivé lui-même jusqu’à moi. Accompagné seulement de deux chrétiens du Laos, il ne voyageait que la nuit, à travers des forêts peuplées de bêtes féroces, évitant les villages, car le pays qu’il traversait était ennemi. S’il avait été aperçu avec ses compagnons de voyage, il aurait été inévitablement mis à mort.

    « La situation de M. Tamet me cause la plus vive inquitétude. Je sais qu’il est encore caché dans les antres des montagnes, n’ayant pour tout vêtement qu’un pantalon et une chemise de toile de coton (Le froid dans ces montagnes est, à cette époque de l’année, assez intense : le thermomètre descend parfois jusqu’à 2 ou 3 degrés au-dessous de zero.), et, pour nourriture, les herbes et les racines de la forêt. Mais impossible de lui faire parvenir des provisions, car ce serait dénoncer sa retraite. Lorsque j’aurai rencontré le théologien, je verrai ce qu’il est possible de faire, car lui seul peut me donner les renseignements pratiques pour alléger la situation du P. Tamet.

    « Dans le district inférieur de la mission des Châu et Laos, M. Séguret et M. Antoine ont été massacrés le 2 ou le 3 janvier avec vingt-deux catéchistes ou servants.

    « Les deux districts du Laos ont eu soixante chrétientés et trente-deux églises pillées ou brûlées, et environ quatre mille néophytes ou catéchumènes, repoussés de partout, et plongés dans une grande misère, errent dans les montagnes. Pauvre mission du Laos, comme le bon Dieu l’éprouve ! Que de sacrifices nous nous sommes imposés pour elle ! Ils avaient porté des fruits abondants ; voilà qu’en un instant tout est renversé ! Tout est à refaire, et où trouverai-je assez de missionnaires, assez de catéchistes pour remplir tant de vides ? Mais loin de nous toute pensée d’abattement ; le bon Dieu pourvoira à tout, et la mission du Laos ne périra pas ; elle redeviendra prospère parce qu’elle a été arrosée du sang de ses apôtres. Oh ! qu’ils sont heureux ceux qui sont morts au combat ! Ils ont eu une grande sollicitude, mais un coup de sabre les a rendus vainqueurs : Fiant novissima nostra illorum similia !

    « Je joins ici quelques détails sur chacun des cinq missionnaires qui viennent de donner leur vie pour Jésus-Christ.

    « M. Pierre Gélot, du diocèse de Luçon, était le plus ancien d’entre eux. Arrivé au Tong-King en 1867, après avoir subi une forte tempête, il fut envoyé par Mgr Theurel, mon prédécesseur, étudier la langue annamite dans un village rapproché du collège de Phuc-Nhac que je venais d’établir. La maison qu’il habitait ayant été détruite par un typhon, j’invitai ce jeune confrère à venir auprès de moi, et j’ai vécu en son aimable compagnie jusqu’à la fin de 1869. Je lui confiai alors la direction du nouvel établissement, et il l’a gardée jusqu’au mois de juin 1878. Mais sa santé ne lui permettait plus le moindre travail. Depuis son arrivée au Tong-King, sa vie n’avait été qu’une série de cruelles souffrances. Rarement les missionnaires sont affligés de maladies aussi continuelles et aussi pénibles. Voyant son existence en danger, je l’envoyai au Sanatorium des Missions Étrangères à Hong-Kong, où il devait recevoir des soins qu’il n’était pas possible de lui procurer au Tong-King. Au bout d’un an, il nous revint assez guéri pour être chargé de la direction d’un district salubre et peu étendu. Mais j’étais loin alors de prévoir la destination que je lui donnai plus tard.

     

     

     

     

    « Lorsque, tous les ans, arrivait le commencement de l’automne, époque favorable pour évangéliser les districts des sauvages, les missionnaires postulaient pour ces postes de dévouement et me demandaient qui j’enverrais. Je répondais : « Je ne sais pas encore  qui « j’enverrai, mais je sais bien que je n’enverrai pas M. Gélot. » Je le croyais en effet incapable de supporter même le voyage pénible du Laos. Cependant, au bout de trois ans, ayant besoin d’un missionnaire expérimenté pour remplir les vides que la mort venait de faire, le bon Dieu dirigea mon esprit vers M. Gélot. Bien que sa santé se fût refaite, je repoussai d’abord cette pensée, et je réfléchis trois mois avant de prendre une détermination.

    « Au commencement de notre retraite, je lui fis part du projet que j’avais de le nommer supérieur des deux nouveaux districts des sauvages, et je l’invitai à s’unir à moi pour demander à Dieu de nous éclairer. Il m’avoua franchement alors que de son côté, depuis trois mois, il portait souvent son esprit sur le Laos, mais cette pensée lui paraissait extraordinaire. A la fin de la retraite, je lui donnai sa nouvelle destination, et il partit le 14 octobre, avec le titre de provicaire de la nouvelle mission, et accompagné de M. Tamet.

    « Le voyage fut long, par suite de la malveillance de certains mandarins qui voyaient de mauvais œil l’envoi de missionnaires au Laos, et ce n’est qu’à la fin de janvier que M. Gélot arriva sur cette terre qu’il devait arroser de son sang. L’année se passa à subir les épreuves inévitables de l’acclimatement ; mais elles furent relativement bénignes pour notre cher confrère. D’ailleurs l’asthme, son ancienne maladie, lui laissait beaucoup plus de répit ; c’est à peine si, à de longs intervalles, il en ressentait des accès rares et légers. Au mois de novembre dernier, je lui envoyai trois missionnaires et dix-huit catéchistes ou servants pour les deux districts dont il avait la direction ; mais c’est à peine s’il a eu le temps de jouir un instant de l’arrivée de ses confrères.

    « M. Joseph-Auguste Séguret, du diocèse de Rodez, arriva au Tong-King au commencement de l’année 1881, et, après avoir étudié la langue annamite pendant huit mois, à la fin de la retraite ecclésiastique, il suivit, au mois d’octobre, M. Pinabel, qui avait besoin d’un aide dans le district inférieur du Laos. Il accepta avec reconnaissance sa nouvelle destination, et il a eu pour ses néophytes un amour et un dévouement qu’il laissa paraître dans ses conversations et dans toutes ses lettres.

    « M. Séguret passa la première année près de M. Pinabel, qui lui laissa ensuite la direction des chrétientés déjà fondées pour aller lui-même en établir de nouvelles. Étant cependant assez rapprochés l’un de l’autre, ils avaient encore la consolation de se rencontrer deux fois le mois pour se réconforter spirituellement. M. Séguret possédait déjà bien la langue des sauvages, et, après avoir subi bravement l’acclimatement, il était désormais missionnaire formé. Calme, doux et d’un commmerce facile, il était très aimé de ses ouailles, qui avaient pour lui une grande vénération et une estime profonde. Je dirai plus bas la manière dont il est mort.

    « M. Étienne Rival, du diocèse de Lyon, fut destiné en 1879 à la mission du Tong-King occidental. Homme de talents supérieurs, l’étude de la langue annamite ne fut qu’un jeu pour lui, et, après un an d’exercice auprès d’un ancien missionnaire, je lui confiai la direction du district de Son-tay Là, tout en se consacrant activement au devoir de son ministère, car c’était un prêtre zélé, il travaillait en même temps à faire la carte de la province. Ayant à parcourir successivement les six paroisses de son district, afin d’y prêcher le Jubilé, il sut profiter de ses voyages pour connaître ses prêtres, ses chrétiens et le pays.

    «  À la fin du mois de mars 1883, M. Rival se trouvant au-dessous de Son-tay, à côté des Pavillons Noirs, qui montraient des intentions hostiles, eut juste le temps de gagner Ha-nôi, en prenant une route détournée à travers les montagnes. Au mois d’octobre dernier, je me décidai à l’envoyer au Laos, où, par ses talents, son zèle et son activité, il était appelé à rendre les plus éminents services. Heureux de sa nouvelle destination, il revit, sur mes recommandations les notes qu’il avait prises sur la province de Son-tay et il en traça la carte en quelques jours. C’était un travail très sérieux et qui méritait d’être conservé. Il n’était certainement pas complet, car le Père avait intention, avant de l’exécuter, de parcourir une seconde fois son district. Le 15 novembre il partait pour le Laos avec M. Antoine, M. Manissol et un renfort considérable de catéchistes.

    « Les deux derniers missionnaires appartenaient : M. Antoine au diocèse de Saint-Dié, M. Manissol au diocèse de Lyon. Arrivés tous les deux au Tong-King au commencement de l’année 1883, je les ai envoyés au Laos vers la mi-novembre, comme je l’ai dit ci-dessus.

    « La voie fluviale que suivaient ordinairement les missionnaires offrant de grands dangers, les trois Pères ont pris la route des montagnes en passant par le district du P. Pinabel. Ils sont arrivés chez ce Père le 3 décembre, et, après avoir séjourné quelques jours ensemble pour célébrer une messe solennelle d’actions de grâces et faire les préparatifs d’un nouveau voyage, M. Rival et M. Manissol sont partis le 15 du même mois, à travers les forêts, pour le district supérieur. Ils sont arrivés le 18 ou le 19 décembre chez M. Gélot, où ils ont rencontré M. Tamet. A peine avaient-ils eu le temps de se réjouir ensemble de leur arrivée qu’ils ont été massacrés, le 6 janvier, avec la plupart de leurs catéchistes.

    « M. Antoine était demeuré auprès de M. Séguret pour s’initier sans retard à la langue du pays. On m’a rapporté que le 1er janvier, les deux Pères, avertis du complot d’extermination formé par les mandarins et se voyant menacés de très près, ont essayé de se réfugier chez M. Pinabel, éloigné d’une journée de marche. Arrivés à une petite distance du but de leur retraite, ils ont apris que le Père était en fuite, que sa maison et le village venaient d’être pillés et brûlés. Se voyant poursuivis et sans asile, ils ont gagné la forêt avec une partie de leurs catéchistes ; et c’est là qu’ils ont été saisis le 2 ou 3 janvier.

    « En envoyant au Laos ce renfort considérable de trois missionnaires et de nombreux catéchistes, j’avais bon espoir sur l’avenir de cette Mission, et j’étais loin de soupçonner le désastre que je vous annonce. Mais les desseins de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Il se joue de notre ignorance et de notre faiblesse parce qu’Il a pour Lui la vérité, la puissance et l’éternité. Conformons-nous humblement et sans regret à sa sainte volonté, et remettons avec confiance entre ses mains le sort de la mission du Laos, dévastée et plongée dans le deuil. »

     

    Mgr Puginier avait l’espoir que M. Tamet échapperait aux persécuteurs, et qu’il pourrait un jour relever de ses ruines sa chère mission du Laos ; cet espoir ne devait pas se réaliser. Dans une lettre en date du 12 mai, le Prélat nous annonce le nouveau malheur qui frappe cette infortunée mission et la fin glorieuse de notre confrère.

    « Encore un malheur immense pour la Mission des Quiaous et Laos ! Le P. André Tamet a été martyrisé, le mercredi saint 9 avril, avec les trois catéchistes qui, comme lui, avaient échappé au massacre du 6 janvier. La nouvelle est certaine, mais il ne reste personne pour me donner des renseignements. On m’a dit cependant que le cher Père a vu arriver la mort, mais sans pouvoir l’éviter. Il a fait alors le sacrifice de sa vie, et il a donné à ses catéchistes une dernière absolution.

    « Cette mission naissante du Laos avait eu ses martyrs de la fièvre des bois et des tribulations de tout genre, mais il lui manquait les martyrs du sang. Elle en compte maintenant six parmi ses apôtres et quarante-sept parmi les catéchistes ou servants qui ont aidé les missionnaires à y implanter la Foi et à former les néophytes.

    « Il ne reste plus un seul missionnaire au Laos, et il m’est encore impossible d’en envoyer en ce moment. La fièvre des bois, terrible surtout en été, n’épargnerait certainement pas ceux qui échapperaient aux persécuteurs.

    « Je vais faire visiter secrètement le district inférieur par quelques catéchistes qui ont échappé aux massacres, et de là ils députeront des néophytes sûrs pour porter des paroles d’encouragement et de consolation à leurs frères du district supérieur.

    « Ce que les hommes ne peuvent faire, Dieu le fera.

    « Quels sont ses desseins sur ces peuplades reculées ?...Lui seul les connaît. Cependant, j’ai confiance dans le sang des apôtres, de leurs catéchistes et des néophytes, car il y a en a eu une dizaine de massacrés ; leurs travaux, leurs peines et leurs tribulations ne seront pas sans porter des fruits.

    « Mais quelle terrible épreuve et quelle année pénible pour la Mission !...Pourtant, au milieu de nos malheurs, nous voyons clairement que le Seigneur nous a protégés d’une manière particulière car, humainement parlant, vu la gravité du complot, nous devions nous attendre à de plus grands désastres.

    « M. André Tamet, du diocèse de Lyon, avait été spécialement choisi par Dieu pour une destinée extraordinaire. Dès son enfance il fut privé de la direction de ses parents, et une bonne religieuse de Saint-Vincent de Paul prit de lui un soin tout maternel. Il vécut d’abord dans le monde, mais Dieu l’appelait à une vocation de choix : il lui inspira le désir d’étudier pour se consacrer à l’état ecclésiastique.

    « C’est toujours la même religieuse qui lui procura les moyens d’entreprendre ses études. Il fit sa théologie au séminaire des Missions Étrangères, d’où il fut envoyé au Tong-King occidental.

    « Le P. Tamet arriva à sa destination au commencement de l’année 1882, et, tout en étudiant la langue annamite, il se sentit porté vers le Laos. Il n’ignorait pas cependant les peines et les fatigues de tout genre, qui étaient réservées aux apôtres de cette Mission ; mais son âme généreuse aimait le sacrifice. Plusieurs fois il réitéra sa demande d’aller prêcher la foi aux peuplades sauvages et, au milieu d’octobre de la même année, il partit avec M. Gélot pour cette Mission tant désirée. Il a eu un acclimatement bien pénible et de dures épreuves à supporter.

    « Le 25 décembre 1883, le P. Tamet achevait de prêcher la mission aux néophytes de la tribu Muong-Ai, éloignée du village de Ban-Pon, résidence du provicaire. Ayant été averti de l’arrivée des PP. Rival et Manissol, il accourut promptement pour leur donner l’accolade de la bienvenue. Hélas ! il ignorait alors qu’aux premières joies de la rencontre allaient succéder des jours d’angoisses et de deuil.

    « Le 6 janvier il était avec ses confrères, lorsque les troupes envoyées par les mandarins vinrent les cerner.

    « Le P. Tamet vit le P. Manissol, atteint d’une balle, tomber mort à côté de lui. Il eut à peine le temps de gagner lui-même la forêt, pendant que les ennemis massacraient ses confrères, douze catéchistes et neuf servants. Il a eu depuis de bien mauvais jours à passer jusqu’au moment où Dieu lui a aussi demandé le sacrifice de son sang.

    « En apprenant que le P. Tamet avait échappé au premier massacre, j’avais eu la confiance que le Seigneur le réservait pour être le soutien des malheureux néophytes laotiens et pour servir de noyau à un nouveau corps d’apôtres de cette mission si éprouvée.

    « Mais, pieuse illusion ! Dieu, qui n’a besoin de personne, voulait un sacrifice complet. Il est le Maître ; Il sait ce qu’Il fait, et personne n’a le droit de scruter ses desseins. Soumettons-nous à sa sainte volonté !

    « La nouvelle de cette mort qui est venue me surprendre au milieu d’un voyage dans les préfectures de Son-Tay et de Hun-hoa, m’a été particulièrement pénible.

    « La mission a encore subi d’autres graves malheurs, mais leur récit fera l’objet d’une nouvelle lettre. Je ne veux pas différer l’envoi de celle-ci, qui a déjà subi un retard par suite de la distance où je me trouvais, lorsque j’ai appris la mort de notre cher confrère.

    « Priez pour nous ! »

     

    M. Pierre Gélot était né à Saint-Michel-mont-Malchus, au diocèse de Luçon, le 31 janvier 1843 .Il était sous-diacre lorsque, le 7 septembre 1865, il entra au séminaire des Missions. Ordonné prêtre le 22 décembre 1866, il partit le 15 février 1867 pour le Tong-King occidental, où il devait couronner par une mort glorieuse seize années de travaux et de souffrances.

    M. Étienne Rival naquit à Lorette (diocèse de Lyon), le 15 novembre 1855. Après avoir achevé ses études au petit séminaire de Montbrison, il entra au séminaire des Missions le 14 septembre 1876 ; il y reçut successivement tous les Ordres. Prêtre le 20 septembre 1879, il partit le 26 novembre suivant pour le Tong-King occidental. Il consomma glorieusement son sacrifice à l’âge de 28 ans et 2 mois environ.

    M. Joseph-Auguste Séguret vit le jour à Rodez, le 17 février 1856. Il fit ses études au petit séminaire de Saint-Pierre où, après avoir achevé sa philosophie et commencé sa théologie au grand séminaire, il revint en qualité de maître d’étude. Il était minoré lorsque, le 17 septembre 1878, il entra au séminaire des Missions. Ordonné prêtre le 26 septembre 1880, il partit le 10 novembre suivant pour le Tong-King occidental. Il y travaillait depuis trois ans lorsqu’il fut appelé à confesser Jésus-Christ par l’effusion de son sang.

    M. André Tamet était originaire de Saint-Étienne (diocèse de Lyon), où il naquit le premier jour du beau mois consacré à Marie (mai 1854). Comme M. Rival, il fit ses humanités au petit séminaire de Montbrison et, après avoir passé un an au séminaire de philosophie d’Alix, il entra au séminaire des Missions le 3 septembre 1878. Ordonné prêtre le 24 septembre 1881, il partit le 9 novembre suivant pour le Tong-King occidental. Sa carrière apostolique fut de deux ans et quelques mois, mais si elle a été de courte durée, le terme en fut glorifié par une mort précieuse devant Dieu.

    M. Charles-Félix Antoine, né à Sainte-Marguerite (diocèse de Saint-Dié) le 18 juillet 1858, était au grand séminaire lorsqu’il répondit à l’appel de Dieu. Il entra au séminaire des Missions le 10 septembre 1880. Il y demeura deux ans et, ordonnée prêtre le 23 septembre 1882, il partit le 8 novembre de la même année. Missionnaire au Tong-King occidental, il y débutait dans l’exercice du ministère apostolique lorsque Jésus-Christ lui demanda le sacrifice de sa vie. Il n’avait que 25 ans et 6 mois environ.

    M. Eugène  Manissol appartient comme MM. Rival et Tamet au diocèse de Lyon ; il était né dans la paroisse de Saint-Romain d’Urfé, le 13 février 1858. Il étudiait en théologie au grand séminaire d’Orléans, lorsque, marchant sur les traces d’un de ses oncles, décédé à Pinang en 1881, il entra au séminaire des Missions le 8 octobre 1880. Ordonné prêtre le 17 février 1883, il partit le 28 mars suivant pour le Tong-King occidental où il semble n’être allé que pour cueillir la palme du martyre.

    • Numéro : 1471
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1880