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François SEGUIN (1868-1942)

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    François Seguin, né le 16 février 1868 à Ménessaire (Côte-d’Or), appartenait à une famille profondément chrétienne. Son père, instituteur, était tombé gravement malade, Mme Séguin prit son petit François et l’emmena en pèlerinage à Paray-le-Monial pour deman­der la guérison du chef de la famille. Jugeant son mari plus nécessaire qu’elle-même, elle offrit sa vie à Dieu pour sa guérison. Le père guérit, mais Mme Seguin, presqu’aussitôt, tomba malade à son tour et mourut. Il n’est pas étonnant que dans un milieu si chrétien, Dieu ait fait éclore plusieurs vocations sacerdotales : le frère aîné, Claude-Louis, entra le premier au séminaire et voulut être missionnaire. Il partit pour le Yunnan le 14 décembre 1876 et mourut le 30 janvier 1886 ; le second, Charles imita son aîné et fut, lui aussi, missionnaire au Yunnan. Ses supérieurs le rappelèrent en France comme Directeur à Meudon, puis à Bièvres et à Paris où il fut un professeur demorale très goûté de ses élèves. Le plus jeune frère voulut aussi suivre la voie de ses aînés mais il mourut avant de pouvoir entrer à la rue du Bac.

     

    Vers l’âge de 12 ans, François entra au séminaire. Ménessaire, où il naquit, est une commune de la Côte-d’Or enclavée dans le département de Saône-et-Loire, ce qui explique son entrée au petit séminaire d’Autun, plus rapproché de la famille que celui de Dijon. Très studieux et de caractère paisible, il gagne bientôt l’affection de ses maîtres et de ses condisciples dont plusieurs restèrent jusqu’à la fin de fidèles amis. Ses études classiques terminées, il fit sa demande pour entrer aux Missions-Étrangères où l’avaient précédé ses deux frères et y fut admis en 1888. Ordonné prêtre le 3 juillet 1892, il partait le 31 août pour la Mission du Kweitchow. Il ne paraissait pas alors doué d’une forte constitution et M. Péan lui avait prédit qu’il n’en avait pas pour 10 ans de vie. Cette prophétie devait être largement démentie.

     

    M. Seguin arriva à Kweiyang le 2 janvier 1893. Après quelques jours de repos, Mgr Guichard, coadjuteur de Mgr Lions, envoya son nouveau missionnaire étudier la langue chinoise à Outang, petite chrétienté à environ 15 kilomètres de Kweiyang ; là, M. Seguin se trouva seul au milieu des Chinois, n’est-ce pas le meilleur moyen pour apprendre la langue et pour s’habituer aux usages ? mais d’une nature très timide et d’un tempérament peu résistant, il se contenta de la nourriture chinoise qui lui était présentée : aussi le vit-on bientôt maigrir de façon inquiétante. La cause en fut vite devinée par Mgr Guichard qui le transféra au petit séminaire de Loutchongkouan. Cinq mois à peine après son arrivée, M. Seguin recevait sa nomination de vicaire à la cathédrale de Kweiyang. Il était à bonne école avec M. Michel, quand deux ans plus tard, il devenait curé de Lopie, petit district dépendant alors de Tchenlin où résidait M. Roux. Sur le conseil de celui-ci, M. Seguin alla s’établir à Houangko-chou, petit marché sur la route impériale à 15 kilomètres à l’ouest de Tchenlin. Il employa le temps libre que lui laissait la visite des chrétiens, à construire là une agréable cure et une jolie chapelle qu’il dédia à Notre-Dame de Lourdes. Mais à peine ces constructions étaient-elles terminées, qu il dut les abandonner pour aller prendre la direction du petit séminaire à Loutchongkouan. Ce poste répondait parfaitement à ses aptitudes. Il y passa les plus heureuses années de sa vie, s’efforçant de donner une bonne formation surnaturelle à ses élèves. Pendant huit ans M. Seguin remplit la tâche de supérieur, comptant bien ne pas la quitter de si tôt. Mais Mgr Guichard, infirme depuis longtemps ne pouvait visiter son vaste Vicariat, qui comprenait alors toute la province du Kweitchow. Il demanda alors un coadjuteur et ce fut M. Seguin qui fut choisi. Personne n’en fut surpris sauf l’intéressé ; son premier mouvement fut de décliner ce lourd fardeau qu’en conscience, il ne se sentait pas capable de porter. Enfin, cédant aux instances de ses confrères, il accepta la décision du Saint-Siège et le 6 octobre 1907, Mgr Guichard, assisté de Mgr Chouvellon, Vicaire apostolique du Setchouan oriental et d’un missionnaire, le sacra évêque de Pinara dans l’église Saint-Joseph de Kweiyang. Sans plus tarder, Mgr Seguin visita tout l’ouest de la Mission. L’est qui forme aujourd’hui la Préfecture apostolique de Shihtsien, le nord ayant Tsunyi comme centre eurent leur tour. Mais la visite la plus importante fut celle du sud-ouest, qui constitue actuellement le Vicariat apostolique de Lan­long. Six mois durant, il en parcourut tous les districts, administra plus de 1.000 baptêmes, et, plus de 2.000 confirmations ; il put ainsi se rendre compte des besoins urgents de cette partie de la Mission. Mgr Seguin jugea opportun d’ériger cette région en mission indépendante. Mais des événements graves empêchèrent la division. La révolution chinoise, en effet, devait amener dans tout le pays de nombreux bouleversements radicaux, changer l’esprit, les mœurs, les coutumes millénaires de la vieille Chine. Avec les hostilités de 1914, les longues guerres civiles, les désordres et les brigandages, l’invasion communiste et enfin la guerre mondiale devaient avoir pour l’évangélisation de la Chine des résultats imprévus et souvent néfastes.

     

    Le 21 octobre 1913, Mgr Guichard, épuisé par les infirmités, rendit son âme à Dieu, et Mgr Seguin se vit, non sans crainte, le chef responsable de l’avenir de la Mission. L’année suivante, ce fut la guerre européenne qui pendant quelque temps désorganisa l’administration du Vicariat : trente missionnaires durent partir pour répondre à l’ordre de mobilisation. Les postes des absents furent occupés par les confrères exempts du service militaire par leur âge. Mgr Seguin prit lui-même la direction du grand séminaire. Quelques mois après, la plupart des mobilisés rentrèrent, mais c’est alors que se multiplièrent les difficultés signalées plus haut. Malgré les obstacles de toute sorte, le Vicaire apostolique s’efforça de faire progresser la Mission.

     

    Une de ses principales préoccupations fut pour ses séminaires. Etant supérieur du petit séminaire, il avait fait rouvrir l’école préparatoire ; il érigea aussi, pour la région « dioï » de la Mission, une autre école préparatoire qu’il confia à M. Williatte et qui devait devenir plus tard le petit séminaire de la Mission de Lanlong. Ces établissements absorbent généralement une grande partie des ressources, mais pour ne pas trop léser les autres œuvres, il s’ingénia à se procurer des bourses pour ses séminaristes ; il en fonda deux de ses propres deniers et grâce à la générosité des catholiques d’Amérique, plus tard, au concours de l’Œuvre de St-Pierre-Apôtre, il put réaliser une partie de ses vœux. L’enseignement trop imparfait dans ces établissements demandait une réforme. Mgr Seguin révisa les programmes, augmenta le nombre des professeurs, pour permettre aux futurs prêtres d’être mieux instruits. Il envoya trois de ses élèves suivre les cours au séminaire St-Sulpice à Paris ; mais leurs classes terminées, ils entrèrent dans la Compagnie de St-Sulpice ; Mgr Seguin dut accepter le sacrifice.

     

    La formation des jeunes lévites était aussi pour lui l’objet d’une grande sollicitude. Aussi aimait-il faire souvent des lectures spirituelles aux séminaristes et à leur prêcher des retraites. Ses efforts ­furent couronnés de succès puisqu’il eut la consolation de voir considérablement augmenter le nombre des élèves et d’en ordonner prêtres une trentaine Mais là  ne s’arrêta pas son zèle pour les âmes. Mgr Seguin eut à cœur également de travailler au bien spirituel des chrétiens qu’il voulait plus fervents. Il fallait encore soutenir et faire prospérer les œuvres déjà établies ; pour cela, il fonda « l’Œuvre des districts ». Tous les missionnaires et prêtres chinois se cotisèrent et chaque année le total des recettes était attribué par le sort à l’un des districts. Les prêtres avaient besoin d’être aidés dans leur ministère ; à cette fin, il établit une école de catéchistes qu’il confia à son ancien curé, M. Michel, plus capable de réussir dans cette fondation. Malgré bien des déboires, il persévéra longtemps dans cet essai qui malheureusement ne donna pas les résultats escomptés. Il fut plus heureux dans la fondation d’une congrégation de religieuses chinoises ; il en envoya quelques-unes à Chungking, à Pékin, Shanghaï afin d’avoir des maîtresses diplômées. Il s’appliqua aussi à intensifier les œuvres de charité dans la Mission ; agrandissant le petit hôpital qui existait déjà à Kweiyang, il fit venir des Sœurs de la Congrégation canadienne de Notre-Dame des Anges qui instaurèrent plusieurs dispensaires dans cette ville. En 1912, pour attirer sur la Mission et sur ses œuvres la bénédiction de Dieu, Mgr Seguin établit « l’union de prière », en enrôlant ses prêtres et ses séminaristes, pour assurer la perpétuité de la prière dans son Vicariat.

     

    Après la guerre 1914-18, Mgr Seguin proposa la division de la partie sud-ouest, et, en 1922, la préfecture de Lanlong fut érigée et confiée à notre Société. Dix ans plus tard, la région de l’est comptant environ 5.000 chrétiens devint la Préfecture apostolique de Shintsien, confiée aux Missionnaires du Sacré-Cœur d’Yssoudin de la Province allemande.

     

    C’est après 40 ans de séjour en Chine que Mgr Seguin revit la France en 1930 à l’occasion de l’Assemblée générale qui se tenait à Paris. Les quelques mois qu’il y passa lui valurent un regain de santé florissante. A son retour en Chine, ses missionnaires pouvaient espérer le voir administrer son Vicariat pendant de longues années encore ; hélas ! cet espoir s’évanouit bien vite. Son tempérament impressionnable et timide lui fit bientôt perdre tout ce qu’il avait gagné en France, et ne se sentant plus la force de diriger lui-même sa Mission, il demanda un coadjuteur qui lui fut accordé en la personne de M. Larrart qu’il sacra le 13 août 1933.

     

    À la joie d’avoir consacré son successeur, succédèrent de dures épreuves pour la Mission : l’invasion des communistes dans la province, pillages des résidences des missionnaires et des prêtres chinois obligés de se cacher. Ces difficultés graves firent grande impression sur le vénéré prélat. Il se retira au petit séminaire ; puis, en 1939, un trouble mental s’accentuant, on le ramena à l’évêché. En 1941, il dut abandonner la célébration de la messe. Quelque temps après, au mois de septembre, époque de la retraite pour les prêtres chinois, il fit une courte apparition dans la salle des examens et le soir il ne quitta plus sa chambre. Le lendemain on lui administra le sacrement de l’extrême-onction qu’il reçut avec une connaissance suffisante et bénit une dernière fois les prêtres qui étaient à son chevet. Le lendemain il reçut le saint-viatique et le 11, sans secousse, il rendait son âme à Dieu.

     

    Les funérailles eurent lieu le 15 septembre. Une quarantaine de prêtres, les élèves des trois séminaires, les religieuses canadiennes et chinoises, un millier d’enfants des écoles, un très grand nombre de chrétiens témoignèrent éloquemment de leur affection pour leu­r vénéré Père. Mgr Seguin repose maintenant dans notre cimetière de Tu-in-p’o aux côtés de Mgr Faurie et de Mgr Guichard.

    • Numéro : 2001
    • Pays : Chine
    • Année : 1892