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Marcel SCOARNEC (1912-1994)

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    Scoarnec, Marcel, Jean-Marie, né le 27 février 1912 à Ploudalmézeau (Finistère) au diocèse de Quimper et Léon ; entré au séminaire des Missions Étrangères le 6 septembre 1930 ; ordonné prêtre et destiné à Vinh (Indochine) le 4 juillet 1937 ; parti pour sa mission le 14 septembre 1937, rentré en France le 4 septembre 1946 ; ministère définitif en France en 1953 ; retiré à Ploudalmézeau le 30 novembre 1988 ; décédé le 28 avril 1994 à Brest.

     

    Marcel, Jean-Marie, fils de Jean-Yvon Scoarnec, et de Victoire Pallier, naquit le 27 février 1912, sept ans, jour pour jour, après le mariage de ses parents. Il fut baptisé le lendemain dans l’église paroissiale. Son père était entrepreneur de pêche, et la famille comprenait six garçons.

     

    Il fit ses études primaires à Portsall et son secondaire à l’institution Notre-Dame du Creisker à Saint-Pol de Léon, où il fut confirmé le 1er mai 1927 par Mgr Adolphe Yvon Marie Duparc. En 1924, il rencontra à Portsall le P. Jean Despierre, et, à son contact, se développa chez lui le désir de devenir missionnaire qui s’affermit d’année en année. Le 29 mars 1930, il s’adressa à Mgr de Guébriant pour demander « la grande faveur de m’admettre, à la rentrée de septembre prochain, au nombre de ses enfants… Le moment arrive, maintenant où je devrai quitter le collège du Creisker, dont je garderai toujours le meilleur des souvenirs, pour entrer au séminaire des Missions Étrangères, et achever la formation qui fera de moi un apôtre ». Le même jour, le supérieur de ladite institution, l’abbé Mesguen, écrivait de son côté pour donner son appréciation : « piété solide, caractère affable et serviable, réserve de bon aloi, délicatesse  plus nuancée qu’on ne se l’imaginerait de prime abord. S’il est capable, réellement, de faire des études philosophiques et théologiques, ce sera une bonne recrue. Je suis du reste convaincu qu’en faisant appel à son esprit de foi, on obtiendra de lui un plus vigoureux effort que celui qu’il a fourni au collège. Il est vrai qu’à son arrivée ici, il ne savait à peu près rien ! » Son admission était prononcée le 30 mars, et il entrait à Bièvres le 6 septembre.

     

    Il fit son service militaire à Lorient, d’avril 1933 à avril 1934, et reçut à son terme les lettres testimoniales de Mgr Hippolyte Tréhiou, évêque de Vannes. Ses bulletins de vacances sont de la bonne veine. L’un d’eux indique : « Il faut vous rendre compte que Marcel Scoarnec, demeurant à quatre kilomètres de notre bourg, fréquentait la chapelle qui nous sert de desserte » ; au point de vue occupation, « il a donné beaucoup de leçons de latin, et des répétitions, trop peut-être, car la journée y passait » ; quant à son caractère, « ce qu’on pourrait lui reprocher, c’est de manquer de souplesse et de tenir trop à sa manière de voir ». Finalement, une remarque élogieuse : "Ce qui manque aux marins, c’est la tempérance…mais je dois dire que jamais je n’ai rien remarqué chez votre lévite ". Ce certificat lui est délivré par l’abbé L. Derrien qui devait être à ce moment le responsable de la paroisse. L'année suivante, c’est le curé-doyen, M. l’abbé H. Calvez qui, à défaut de formulaire, écrit de sa main, le 3 septembre 1936, un mot au supérieur : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que M. l’abbé Scoarnec a donné satisfaction sous tous rapports pendant ses vacances ».

     

    Rien n’étant venu assombrir son parcours d’aspirant, il est ordonné prêtre par Mgr de Jonghe d’Ardoye, à Paris, le 4 juillet 1937. Et le 14 septembre, a lieu la cérémonie du départ des jeunes missionnaires qui s’en vont joyeux vers leurs missions respectives : ils sont en tout 19, qui ont écouté attentivement l’allocution d’adieu prononcée par l’abbé Camille Risser, vicaire à la paroisse Saint-Séverin. Puis les jeunes partants se sont embarqués le vendredi 17 septembre, après avoir rempli de gaieté pendant trois jours la procure de Marseille.

     

    Accueilli par Mgr André Eloy, Marcel arrive en octobre 1938 à Vinh, frais et rose, souriant et enthousiaste ; la fraîcheur et la teinte des roses passeront sans doute, mais pas le sourire ni l’enthousiasme. Ses  confrères trouvent le jeune Père magnifiquement prédestiné à la mission de Vinh, où d’ailleurs il retrouve bon nombre de compatriotes, puisque son arrivée porte à dix le nombre  des Armoricains. Il est mis à l’étude de l’annamite à Bao-Nham, chez le père Alexandre Lambert, et poursuit sa formation à Van Hanh, sous la direction du P. François-Marie Gonnet. Il sera ensuite pour un temps assez court curé à Vinh Phuoc. En 1940, il est mobilisé, ce qui lui permet de voir du pays : on le trouve successivement à Tourane, à Langson, et à Savannakhet au Laos. Vers le 15 octobre 1941, il reprend du service comme curé à Minh-Câm. Lorsque la situation devint mauvaise et que le moment fut jugé opportun, ceux qui en avaient le plus besoin purent prendre un congé en France. C’est ainsi qu’il la rejoint le 4 septembre 1946 à bord du « Cap Saint-Jacques » qui le dépose à Toulon.

     

    Il prend d’abord, dans l’attente des événements, un poste d’aumônier dans une communauté religieuse de la Mayenne, à Launay-Villiers .

     

    Mais la situation ne s’arrangeant pas, et voyant qu’il n’a aucune chance de retourner en Indochine, il accepte, en 1953, à la demande du diocèse de Blois, la place du curé à Lanthenay, territoire étendu qui fait pratiquement le tour de Romorantin et absorbe sa banlieue avec Millançay, Veilleins, Mur de Sologne et les environs, où il reste neuf ans.

     

    En 1962, l’évêché lui propose Droué : là, curé-doyen, il dessert avec ce poste les six autres villages du secteur : Ruan-sur-Egvonne, Bouffry, La Chapelle-Vicomtesse, Fontaine-Raoul, Le Poislay et la Fontenelle. Il y tient bien sa place, mais s’en donne peut-être trop puisqu’il doit interrompre son travail pour être hospitalisé à la maison Saint-Claude à Vendôme, d’où sa sortie devra être confirmée par un ultime contrôle de cardiologie le 14 janvier 1981. Si tout se passe bien, de là il ira à la maison de retraite sacerdotale Saint-Jacques-Guiclan, à Landivisiau, en passant par Droué pour se munir du nécessaire. Il tient à prendre du repos, car son cœur flanche encore et il souffre d’une hernie hiatale et de diabète.

     

    Il se présente à  Saint-Jacques ; il est ravi de l’accueil : sa chambre est au rez-de-chaussée, et le calme de la maison fait contraste avec le bruit qu’il a connu à l’hôpital. Il a sa voiture qui lui permettra de faire des randonnées dans les environs quand le médecin le lui permettra. Mais il suit encore une rééducation de la main droite, légèrement immobilisée. Pour tout cela, il a besoin de disposer de son temps à sa guise. A Saint-Jacques , il a vraiment trouvé, avec d’anciens amis de séminaire, un cadre de vie qui correspond à ses besoins actuels.

     

    Sa santé cependant s’améliore plus vite qu’on ne le prévoyait, et dès le mois d’avril, il envisage de rentrer à Droué, en acceptant seulement une ou deux dessertes ; en tout cas, il estime déjà qu’il se porte suffisamment bien pour ne pas devoir envisager de retraite définitive sans le moindre dérivatif, ce qui arrange l’évêché de Blois qui espère bien pouvoir récupérer ses services un jour ou l’autre. Apparemment en bonne forme, il a quitté Saint-Jacques sur l’invitation pressante des autorités de Droué, du Conseil général et de certains de ses paroissiens. Le supérieur de la maison Sant-Jacques, le P. Yves Riou, est tout éloge en ce qui concerne son comportement : il s’est adapté en tous points et fraternellement à la vie communautaire des Pères et sera toujours le bienvenu s’il devait y retourner Il est donc rentré le Jeudi-Saint 16 avril dans sa paroisse et y a célébré les cérémonies pascales, heureux de retrouver ses amis qui lui ont fait un accueil enthousiaste.  Il revoit son médecin la semaine suivante, qui lui donne le feu vert pour une reprise d’activités, mais non plus toute la charge de son doyenné.

     

    L’évêque de Blois, Mgr Joseph Goupy, lui propose le centre hospitalier de Romorantin, nouvellement construit, et dont l’actuel aumônier a demandé d’être déchargé. Il est séduit par cette perspective : il sera nourri et logé sur place, avec la certitude d’être lui-même suivi médicalement, tout en assurant la visite des malades, et la messe dans une communauté franciscaine des environs : le tout l’enchante et il n’y voit que de beaux côtés ! Il prendra donc ses fonctions d’aumônier dès le 1er septembre.  D’ici là, il restera à Droué, dans ce coin du Perche dont il appréhende malgré tout la séparation ; mais il se résout néanmoins à cette solution. Le bulletin paroissial « L’Inter » des mois d’été, annonce déjà la nouvelle, pour que toutes ses paroisses soient au courant, et c’est à l’abbé Jean-Paul Gandouin, qui, en tant qu’assistant, l’avait parfaitement secondé pendant sa longue absence et la période après son bref  retour, qu’il en laisse la charge pastorale.

     

    À Romorantin, il trouve un travail qui correspond à ses aptitudes et à ses goûts. Effectivement, il y reçoit un accueil favorable, spécialement de la part de la directrice de la maison de retraite où il a son logement, avec bureau, chambre à coucher, salle d’eau, cuisinette où il se mitonnera des petits plats à sa convenance : tout ce qu’il lui faut pour être heureux.

     

    L’année suivante, en 1982, il prend ses vacances en Bretagne. Comme tout va bien, il rentre travailler à Romorantin dans son institut de soins qu’il détaille un peu plus systématiquement : d’abord un centre régional psychiatrique avec sept pavillons de 100 malades chacun, auquel sont joints une maison de cure médicale comprenant 300 lits, un hôpital chirurgical de 150 lits et deux maisons de retraite pour 160 personnes âgées. A tout cela s’ajoutent deux autres maisons de repos et une clinique privée sur un rayon de trois kilomètres à la ronde : il parle quelque part de 2000 lits ! Tout n’est pas sur place c’est quelquefois assez pénible d’aller d’un établissement à l’autre. En fin d’année, la saison d’hiver lui donne un surcroît de travail, mais il s’est payé durant l’été un voyage en Yougoslavie et ce fut un bon test pour son cœur. C’est en fin de l’année 1983 que meurt à Landerneau son frère Edouard âgé de 75 ans.

     

    Quant à lui, il se voit plein de santé. Cependant, il note que sa vue baisse très fort du côté droit. Cela ne l’empêche pas de reprendre carrément goût à la vie et d’entreprendre une série de voyages : un en Andalousie, un second à l’autre extrémité de l’Europe, en Norvège, et puis de passer huit jours de vacances en Bretagne, sans doute pour se reposer de ses excès ! Toujours est-il qu’il se plaint de nouveau d’ennuis vasculaires et de la perte totale de l’œil droit, ce qui lui interdit désormais de conduire une voiture. Il caresse un moment le rêve de se rendre en Chine, mais l’agence de voyage le lui refuse, et il doit se contenter de dix jours en Égypte, dont il garde le meilleur souvenir : Assouan, Abou Simbel, et les imposantes pyramides …

     

    Ses activités pastorales ne souffrent pas de ses voyages et arrive 1987, l’année de ses 75 ans et de ses 50 ans de sacerdoce. C’est l’occasion de faire le point sur son travail, comment il le conçoit, comment il le réalise. Il avoue avoir de la difficulté lorsqu’il parle aux enterrements de jeunes ou d’accidentés, de deviner ce que sait l’assistance sur le plan religieux, pour lui faire découvrir ce qu’il souhaiterait qu’elle apprenne ; comment imaginer le message à transmettre. La famille a besoin de réconfort, il faut bien la comprendre pour s’adresser à elle de façon convaincante. C’est la partie la plus pénible de son ministère. Chaque matin, il assure la messe dans une maison de retraite pour six religieuses et plus d’une soixantaine de pensionnaires. Le samedi soir, la messe dominicale est très suivie dans leur chapelle. Chaque jour, il leur délivre une petite homélie préparée selon l’inspiration donnée par le sujet des lectures. Les après-midi, il est dans l’un ou l’autre des services à la disposition des patients. Il tient à ce qu’on le voie partout, le plus souvent possible, pour que sa présence devienne habituelle à la clientèle, et sans la trousse des derniers sacrements que d’aucuns pourraient trouver traumatisante. Puis, à l’occasion, il s’entretient, avec des familles angoissées qu’il réconforte tandis qu’elles attendent la sortie d’un parent de la salle d’opération. Cet emploi du temps est très absorbant, certes, mais enthousiasmant aussi : c’est lui-même qui le dit.

     

    Il annonce sa venue à la retraite organisée en juin à Chantilly et il est fêté en jubilaire le 26, de même que les PP. René Brard et Raoul Mauger ; ils concélèbrent la messe de la solennité du Sacré-Cœur avec le prêtre le plus récemment ordonné dans la Société, le P. Christophe Kelbert ; la cérémonie est présidée par le prédicateur, Mgr Léon-Arthur Elchinger, évêque émérite de Strasbourg, avant qu’avec le champagne, de rigueur en la circonstance, ne soit remis aux jubilaires, par le P. Jean-Baptiste Etcharren, vicaire général de la Société des MEP, le certificat de la bénédiction spéciale du Saint-Père.

     

    Il pensait tenir encore un an ou deux. Mais la faculté a tranché : avec sa vue qui diminue de façon inquiétante, mieux vaut ne pas jouer avec le feu. Pour kilomètres, il ne peut plus prendre sa voiture. Il décide donc de donner sa démission et de se retirer dans sa famille en Bretagne. Il y va vers la fin de novembre 1988.

     

    Le 23 mars, le recteur de Portsall, M. l’abbé l’Hostis, communique au P. Georges Mansuy, secrétaire général, que l’état de santé du P. Scoarnec se dégrade beaucoup au point de vue psychique et mental, sans compter que son état cardiaque laisse à désirer : il en est à son troisième infarctus et devient une charge trop lourde pour sa belle-sœur, chez qui il a pris sa retraite. II  sera transporté à l’hôpital de Brest, où il décédera sereinement le 28 avril 1994.

     

     

    • Numéro : 3592
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1937