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Laurent SAY (1873-1899)

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    M. Laurent Say, de Saint Marcellin, au département de la Loire, était tonsuré quand il entra au séminaire des Missions Etrangères. Il fut ordonné prêtre le 26 juin 1898, et, le 3 août il partait pour e Cambdoge où il arriva le 10 septembre.

    Tout de suite, écrit Mgr Grosgeorge, ses manières affables, sa façon d’agir bien pondérée lui gagnèrent le cœur de ses confrères et l’affection de son Vicaire apostolique.

    Il s’était mis à l’étude de la langue annamite et allât être, vers la fin de décembre, envoyé dans un poste pour se former au ministère apostolique, quand, au retour d’un petit voyage chez M.Lazard, dans la partie nord de la Mission, il parut comme accablé d’une fatigue extraordinaire. Le docteur de Pnom-penh à qui il fut présenté, constata un gonflement du foie, et retint le Père à l’hôpital. Journellement et à des heures différentes, les confrères allèrent l’y visiter.

    Il les recevait toujours avec un visage souriant et des paroles joyeuses ; il ne se plaignait que d’une chose : de n’avoir ni l’esprit assez libre, ni les forces suffisantes pour faire ses exercices spirituels et prier longtemps le bon Dieu.

    Après un mieux momentané, qui suivit l’évacuation d’un abcès, le docteur déclara qu’il allait se produire une éruption successive d’autres abcès au foie, et conseilla d’envoyer le malade dans un pays plus froid, de préférence à Hong-Kong, où il trouverait un chirurgien réputé à bon droit et habile pour les opérations nécessitées par cette sorte d’affection. M.Say consentit sans peine à faire c voyage, et, accompagné par M.Prodhomme, partit pour Saïgon où il s’embarqua pour Hong-Kong. La traversée, rendue moins triste par la présence de plusieurs religieux, lui fut plutôt favorable. Néanmoins, après quelques jours, une opération fut reconnue nécessaire. M.Holhann, supérieur du sanatorium de Béthanie, nous dira ce qui suivit :

    « La fièvre tomba aussitôt, et le cher malade n’éprouva plus que des douleurs assez supportables. Le premier pansement fut tout à fait satisfaisant, et le docteur n’hésitait pas à promettre la guérison.

    Mais vers la quatrième jour, une fièvre caractéristique commença à paraître ; des troubles du côté de la respiration se manifestaient aussi ; le docteur, moins rassuré qu’auparavant , se prit à craindre qu’un autre abcès se formât. Les douleurs ,en effet, n’étaient plus localisées du côté de l’ouverture de la plaie, et quoique celle-ci fût en très bonne voie de guérison et le pus très peu abondant, le Père se plaignait de douleurs dans toute la poitrine. Le mardi soir, vers deux pu trois heures, il y eut, dans son état, un changement notable : pouls très rapide, respiration également très accélérée, et du côté du cœur, un peu au-dessous, des râles et des bruits très perceptibles à l’oreille, même à quelque distance. Le docteur arriva dans la soirée, et, après la première inspection du malade, fut déconcerté. Il me prit à part et me dit : « Le Père est perdu ! Il y a inflammation de la plèvre ; il peut mourir cette nuit. » Il fit faire des injections d’huile camphrée pour le ranimer un peu, ordonna la morphine contre les douleurs que le cher malade ressentait d’une manière terrible, et demeura quelque temps près de lui afin d’observer l’effet du remède. Mais il vit bientôt que tout serait inutile. Le docteur croit qu’un second abcès a dû s’ouvrir dans le poumon, et n’a pu être expectoré. C’est la seule explication possible qu’il trouve à une complication si inattendue.

    J’avertis aussitôt le Père de la gravité de son état et proposai de lui administrer le saint viatique et l’extrême-onction. Il accepta, et me dit qu’il avait tout compris en voyant le visage soucieux du docteur.

    Il voulut encore se confesser, quoiqu’il l’eût déjà fait avant l’opération, et reçut, vers huit heures, les deux sacrements des mourants, ainsi que l’indulgence plénière. À partir de là, les douleurs devinrent presque continuelles et parfois intolérables. Il avait la poitrine en feu ; une sueur froide coulait continuellement de son visage, qu’il fallait essuyer sans cesse. Il joignait le mains, levait les yeux au ciel sous les tortures qui l’étreignaient, et répétait les invocations qui lui étaient suggérées.

    Quand on lui disait d’offrir ses douleurs au bon Dieu : « oh ! oui, faisait-il ; mais je ne puis m’empêcher de gémir. » C’était un bien triste et douloureux spectacle pour ceux qui l’entouraient : le voir tant souffrir et ne pouvoir le soulager !

    La nuit se passa dans ces angoisses. À l’aurore, il eut un peu de répit et put prendre quelque chose pour étancher la soif qui le dévorait.

    À plusieurs reprises, il s’écria : « Veni, Domine Jesu, veni, noli tardare ! »Vers les sept heures du matin, plusieurs confrères étaient entrés dans la chambre : « Approchez, leur dit-il, que je vous voie tous…Je vous dis adieu….J’étouffe ! » acheva-t-il en se tournant vers moi. La crise suprême approchait. J’avertis le cher Père que nous allions réciter les prières des agonisants. Nous avions à peine commencé le « Proficiscere » : Partez, âme chrétienne….notre bon confrère poussa trois ou quatre soupirs très prolongés et rendit son âme à Dieu, sans aucune secousse, sans aucun changement dans les traits du visage.

    Sa carrière était finie, très rapidement, il est vrai, mais d’une façon bien belle et édifiante. « Vous direz à mes parents que je meurs content », ce fut une de ses recommandations spéciales. Il n’a point craint la mort, son âme était si simple, si candide ! Ah ! mon Dieu, que je voudrais avoir une fin semblable à la sienne. »

    • Numéro : 2386
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1898