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François SAVINA (1876-1941)

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    À une dizaine de kilomètres de la Pointe du Raz, dans la chrétienne paroisse de Mahalon en Cornouaille, diocèse de Quimper, naquit le 20 mars 1876 François-Marie Savina, qui devait plus tard étonner l’Indochine par sa science des langues. Le missionnaire arriva au Tonkin en même temps que M. Aigouy qui devait mourir trois ans plus tard. Ce fut, dès les premiers jours, une émulation extraordinaire entre les deux nouveaux arrivés, doués l’un et l’autre d’une excellente mémoire et d’une volonté de travail peu commune. M. Savina sut bientôt par cœur son dictionnaire et entreprit de bonne heure l’étude des caractères chinois. Pour posséder les langues des nombreuses races du Tonkin, il n’hésita pas à passer des mois et des années parmi ces peuplades, vivant de leur vie, travaillant aux champs avec les paysans, son petit carnet toujours à la portée de la main. Quand il était en possession d’un dialecte, il recommençait le même travail ailleurs. Il arriva ainsi à savoir les langues de toutes les races du Tonkin.

     

    Il fit profiter de sa science les Pères Dominicains de la préfecture de Langson, lors de sa fondation. Le Gouvernement chinois le demanda comme interprète officiel pour la reconnaissance de la grande île de Hainan où il passa environ cinq ans.

     

    Il revint dans sa Mission vers 1929 et obtint de Mgr Ramond fa faveur d’être placé à Chape pour s’occuper des Mèos, dont il avait écrit l’histoire dans un ouvrage très curieux, que l’on recherche encore avec avidité.

     

    Notre confrère s’installa dans la vallée de Muongbo, y construisit une grande chapelle-école en bois et attira rapidement à lui la population mèo. D’un tempérament trop généreux, il ne savait pas compter. Il était revenu de Hainan avec une petite fortune : un an plus tard tout était dépensé. Les Européens qui venaient passer l’été à Chapa étaient heureux de rendre visite à leur bon ami. C’était un lieu de promenade pittoresque, où les grands marcheurs se rendaient à pied, les autres à cheval. Le missionnaire aurait pu profiter des restes abondants que laissaient les généreux visiteurs... Un jour, deux confrères décidèrent d’aller voir M. Savina. La veille, des estivants avaient offert un magnifique jambon de Chapa à l’ermite de Muongbo : « Inutile d’emporter de la viande », se dirent les deux missionnaires. Hélas ! du jambon, il ne restait plus que l’os, les Mèos du hameau étaient venus aider M. Savina à faire « plat net ».

     

    Au bout de quatre ans environ sa santé laissant beaucoup à désirer, il prit alors la direction de la Pointe du Raz qu’il n’avait pas revue depuis plus de trente ans. A Marseille, les journalistes interviewèrent le spécialiste des langues d’Extrême-Orient.

     

    Après une année de séjour en Bretagne, M. Savina se rendit à Hongkong pour préparer et faire imprimer son grand dictionnaire en huit langues. C’est un travail de savant, mais peu pratique, qui ne sera guère utilisé. On aurait tant voulu, au lieu de cet ouvrage monumental, qu’il fît des lexiques séparés pour chacune des langues qu’il possédait, des essais de traduction du catéchisme et des prières usuelles ; mais il n’a pas cru devoir répondre à ce désir de tous.

     

    Quand il eut terminé son dictionnaire, M. Savina revint au Tonkin. Mgr Ramond le désigna pour Hagiang, où jadis M. d’Abrigeori avait construit une magnifique église restaurée récemment par les militaires.

     

    Hagiang est tout près de la frontière de Chine, à l’extrémité nord-est du Vicariat de Hunghoa. C’est une petite chrétienté où se côtoient un grand nombre de races. Notre confrère avait donc de quoi utiliser son vocabulaire si varié. Il ne demeura pas longtemps à Hagiang. Moins de deux ans après son arrivée, un peu avant Pâques 1941, souffrant de la poitrine, il fut hospitalisé à la clinique Saint-Paul à Hanoi. Il ne devait pas guérir. Sa résignation à la Volonté divine n’a pas été d’abord immédiate, car il voulait encore travailler mais la grâce de Dieu finit par triompher, et M. Savina fit une mort édifiante. Il avait été soigné avec le plus grand dévouement par Sœur Françoise à laquelle les missionnaires de Hunghoa doivent tant de reconnaissance. Du ciel, il doit regarder avec amour la chrétienté mèo de Chapa où il avait semé, et où d’autres ont com­mencé à moissonner.

     

    • Numéro : 2566
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1901