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Jean-Pierre SAURET (1870-1894)

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    M. Sauret (Jean-Pierre), né Champetières (Clermont, Puy-de-Dôme) entra simple laïque au Séminaire des Missions-Étrangères. Pendant le cours de ses études ecclésiastiques, il se montra d’une humeur toujours égale, d’une gaieté toujours franche, d’une exquise simplicité, d’une piété sans affectation.

    Saintement il gravit les degrés du sanctuaire. Nous l’avons vu, au matin de sa première messe, monter à l’autel, le visage transfi­guré, comme tremblant, ne pouvant retenir les larmes brûlantes qui tombaient de ses yeux. La veille de ce beau jour, il avait appris sa destination pour Pondichéry. Quelles qu’aient été ses aspirations d’apôtre, il se conforma, heureux, aux desseins de la Providence ; il fut, dès lors, Indien par le cœur et ouvrit son âme toute grande à l’amour de sa nouvelle patrie, de ce futur champ de bataille où il allait gagner la palme des cieux.

    Il partit le sourire aux lèvres, mais sans pouvoir cacher, sous le voile de la gaieté, les déchirements qui brisaient son cœur aimant à l’heure des suprêmes adieux. Puis, au dernier moment, il nous cria ces mots, son aimable devise : Joie, Espérance ! Il ne pensait pas toucher de si près au terme de tout espoir, au couronnement de toute félicité.

    M. Sauret, arrivé à Pondichéry en novembre 1893, fut aussitôt placé au collège colonial comme professeur de seconde. Cette situa­tion n’était pas sans doute celle qu’avait rêvée son âme ardente et généreuse, lorsqu’il priait, le soir, à Paris, devant le glorieux tom­beau de nos martyrs. Il accepta néanmoins avec joie le poste que la Providence lui avait assigné et se mit aussitôt à la besogne.

    Ses élèves n’oublieront jamais le grand exemple de travail et de mé­thode que leur donnait ce jeune maître, les résumés, les tableaux synoptiques qu’il dressait à leur usage, les corrections précieuses dont il couvrait leurs copies. Ils n’oublieront jamais surtout cette affabilité qui lui avait gagné tous les cœurs, au point que la plus grande partie des enfants du collège l’avaient choisi pour directeur de leur conscience.

    Ce zèle pour le bien des âmes, cet amour des enfants que le Bon Dieu lui avait confiés, il les puisait dans la prière et dans la fidélité constante à ses exercices de piété. Levé, tous les matins, à quatre heures, il donnait largement ses trois quarts d’heure à l’oraison, di­sait ensuite la sainte messe avec grande ferveur, et, chaque jour, il savait trouver le temps nécessaire à la lecture de l’Écriture Sainte et des auteurs de la vie spirituelle.

    Ses confrères l’admiraient et l’aimaient. Aussi, il serait impos­sible de peindre la douleur qui les accabla, lorsque le lundi de Pâques, au matin, un boy vint leur annoncer que le M. Sauret s’était noyé accidentellement au Grand Étang d’Oussoudou.

    Le cher Père était parti la veille au soir avec un autre confrère pour passer ce jour de congé à la campagne. Les cérémonies de la semaine sainte, celles du samedi surtout, les confessions plus nom­breuses que jamais ce jour-là, les répétitions de musique pour la fête de Pâques (car ce cher ami, comme s’il eût pressenti une fin prochaine se prêtait de bonne grâce à tous les services qu’on lui demandait), l’avaient accablé.

    « — J’ai la tête en feu, nous disait-il le dimanche au soir. J’ai be­soin de repos. Je vais profiter du jour de congé pour aller au Grand Étang. Sans cela, il me sera impossible, je crois, de reprendre ma classe, mardi matin.

    « — La belle manière de se reposer que d’aller faire une pareille expédition !

    « — Vous verrez que je m’en trouverai bien. »

    Pauvre ami ! il avait bien dit, il allait là chercher le repos, mais le repos éternel...

    Après une nuit d’insomnie, il célébra la sainte messe — sa der­nière — dans la petite chapelle du bungalow. Son action de grâces achevée, sentant sa tête brûlante de fièvre, il eut la malencontreuse idée d’aller se baigner à l’étang, espérant mettre fin à ses douleurs par ce traitement énergique.

    Il était à l’eau depuis quelques minutes à peine, quand soudain son compagnon le vit disparaître. Celui-ci crut qu’il s’amusait à plonger ; aussi le voyant revenir à la surface, il lui dit d’une voix que l’émo­tion faisait trembler :

    « — Je vous en prie, Père, ne recommencez pas, vous m’avez effrayé. »

    Ces paroles n’étaient pas achevées que M. Sauret disparut encore ; de nouveau il reparut, lançant vers son ami un regard indéfinissable, puis il retomba lourdement, foudroyé par une congestion cérébrale.

    Affolé, son malheureux confrère veut se jeter à son secours. Il fait quelques pas vers lui, mais sentant qu’il perd pied et qu’il va périr lui-même, il revient sur la berge. À ses cris, des Indiens accou­rent, et ce n’est qu’après une demi-heure de recherches que le corps est retrouvé. Quelques Européens, informés de l’accident, viennent en hâte. Tous les soins sont inutiles, le cher Père n’était plus.

    Sa dépouille mortelle fut rapportée en palanquin à Pondichéry. La nouvelle de la catastrophe s’était répandue déjà dans la ville et aux environs ; aussi voyait-on la foule accourir de tous côtés. On saluait respectueusement ; une Indienne s’écria en sanglotant :    « Pauvre enfant ! il vient de quitter sa mère pour nous instruire, et le voilà déjà mort ! »

    Quand le cortège arriva à la Mission la foule était immense et on lisait sur tous les visages le regret et la sympathie. M. Dury, principal du collège, suivi de ses professeurs et des autres confrères, fit la levée du corps et conduisit le cher Père à sa dernière demeure. Le Gouverneur de Pondichéry, les membres de l’administration co­loniale, les notabilités de la ville, avec les élèves du collège, formaient le cortège que suivaient les Indiens en rangs pressés. Tous avaient tenu à donner cette marque de respect au jeune prêtre qui venait de mourir et un témoignage de sympathie à ses frères désolés.

    La modestie, la charité, l’esprit de sacrifice, la fervente piété, l’a­mour du travail, qui étaient les vertus carastéristiques de M. Sauret faisaient espérer un excellent missionnaire. Dieu l’a ravi à notre affection, adorons sa volonté sainte et baisons la main qui nous a frappés. Nous avons la ferme confiance que le diocèse de Pondi­chéry compte un intercesseur de plus au Ciel.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2075
    • Pays : Inde
    • Année : 1893