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Michel SAURET (1850-1917)

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    M. Sauret naquit en 1850, dans le diocèse de Clermont. Après avoir obtenu, non sans de grandes difficultés, la permission de son évêque, il entra prêtre au séminaire des Missions-Etrangères en 1878, et arriva à Nagasaki vers la fin de l’année suivante. Il étudia les premiers éléments de la langue japonaise sous la direction du vénéré Mgr Petitjean. Doué d’une robuste santé, de beaucoup d’activité, d’une grande charité, il s’occupa, tout en se livrant à l’étude, de plusieurs petites industries pour venir en aide à ses confrères.

    « Je me rappelle l’impression que j’ai éprouvée, quand je fis à M. Sauret ma première visite à mon arrivée à Nagasaki en janvier 1881, écrit M. Ferrié. Au bout d’une grande table, il y avait des livres, du papier, tout ce qu’il fallait pour écrire et étudier. Ce coin de table était son bureau de travail. Le reste était occupée par des objets les plus disparates : casseroles, cafetières, crucifix, ciboires, montres, etc…

    « Sur le plancher étaient rangés d’un côté tous les instruments qu’exige l’art de rétameur, de l’autre des piles et un bain pour la galvanoplastie.

    « Ces instruments étaient tout à fait primitifs : des tronçons de bambous, dont les nœuds servaient de fond, étaient les récipients des piles.

    « C’était un vrai régal pour M. Sauret de montrer à ses jeunes confrères surtout, cette installation et les diverses manières d’opérer. On ne pouvait lui causer un plaisir plus grand que d’assister, du commencement à la fin, au rétamage ou à la soudure d’une casserole ou bien à la dorure d’un ciboire, l’écoutant expliquer la théorie et examinant la pratique de chacune de ces opérations. Il fut le premier, je crois, qui apprit à un ouvrier de Nagasaki l’art de la galvanoplastie, et le disciple ne tarda pas à surpasser le maître.

    Entre temps, pour s’initier plus immédiatement au ministère apostolique, M. Sauret, muni d’un passeport accordé par le Gouvernement japonais, avait  parcouru avec M. Pélu le grand district de Hirado.

    Il fut ensuite nommé à Imamura au Chikugo. C’était un gros village de plus de 2000 habitants, presque tous descendants d’anciens chrétiens. Un grand nombre venait de rentrer dans le giron de l’Eglise. Plusieurs avaient déjà été baptisés ; mais la plupart manquaient encore d’instruction religieuse et de formation à la vie chrétienne. M. Sauret allait trouver là un vaste champ pour exercer son zèle et déployer son activité. Ravi de joie, il dit adieu à son métier de doreur.

    Les chrétiens d’Imamura, avertis de la prochaine arrivée d’un missionnaire, se mirent en frais, pour lui préparer un logement. Dans leur inexpérience, ils visitèrent les chrétientés des environs de Nagasaki pour prendre le modèle d’une installation. Ils crurent certainement faire un petit chef-d’œuvre en construisant une chambre de quelques mètres carrés, qu’ils adossèrent à l’une des plus grandes maisons du village, de telle sorte qu’en ouvrant un paravent, ceux qui étaient dans la maison eussent vue dans la chambre du Père. Celle-ci devant servir de chapelle, on avait placé dans le fond une table comme autel, et dans la maison attenante se réunissaient ses chrétiens pour l’assistance à la messe et les catéchismes. La messe terminée, on couvrait l’autel, et la petit chambre devenait l’habitation de M. Sauret. C’est là qu’il travaillait, prenait ses repas et son repos. Dans un coin de la chambre, entre celle-ci et la maison contiguë, un treillis en bambou servait de confessionnal. Le pénitent se tenait dans la maison et le prêtre dans la chambre. Si les fidèles étaient nombreux, il fallait les recevoir dans la maison voisine, au risque de gêner la famille qui l’habitait.

    Je me suis permis cette petite digression pour rappeler aux jeunes confrères, qui ont de la peine à y croire, quels furent les débuts de l’évangélisation dans toutes nos chrétientés, et le manque absolu de confortable que supportaient gaiement nos aînés.

    Arrivé dans son district, M. Sauret se mit courageusement à l’œuvre. Sa connaissance de la langue était encore bien imparfaite. Il sut compenser cette lacune, et gagner l’affection des chrétiens et des païens par son dévouement .

    Il avait été infirmier volontaire en 1870 et avait acquis des notions de médecine qu’il ne cessa de développer. Pour arriver à guérir les maladies de l’âme, il commença par guérir celles du corps. Il eut un grand succès dans ce pays où les médecins étaient fort rares, et l’on venait le consulter de loin, d’autant plus qu’il donnait les remèdes gratuitement.

    Une année, le choléra fit de nombreuses victimes dans la localité, car les habitants se servaient ordinairement pour boisson de l’eau des rizières. M. Sauret leur enseigna le moyen de faire des puits artésiens. Dès lors Imamura a été à l’abri de toute maladie épidémique.

    Tant de dévouement, la grâce de Dieu aidant, porta ses fruits. En quelques années, une belle chrétienté fut organisée, une église très simple, mais convenable, fut construite, ainsi qu’un presbytère.

    Le missionnaire fut secondé dans son travail par une petite communauté de femmes catéchistes, qui s’adonnaient à l’instruction des enfants, et préparaient les catéchumènes au baptême.

    Il ne se borna pas à établir sur de solides fondements la chrétienté d’Imamura, il se mit à rechercher partout les descendants des anciens chrétiens. Il visita même la partie limitrophe du Bungo, et établit çà et là quelques stations. Mais ses travaux n’eurent pas tous les succès qu’il espérait. L’heure marquée par la Providence n’avait pas encore sonné.

    En 1886, tout en restant à Imamura, il porta ses regards sur la grande ville de Kurume. Il s’y introduisit en qualité de professeur de français et de science. L’année suivante, il réussit à y louer une maison et à y établir sa résidence, confiant à un vicaire le soin de ses autres chrétientés.

    C’est là, désormais, que pendant 30 ans, il déploiera tout son zèle. Les premières années surtout de son séjour furent pénibles et hérissées de difficultés et de tracasseries de toutes sortes. Voici en quels termes il exhalait sa douleur dans une lettre à des bienfaiteurs : « A Kurume, le voisinage des descendants des chrétiens d’il y a trois siècles entretient une haine toujours vivace contre le christianisme, et partant le travail d’évangélisation n’avance que très péniblement. »

    Son zèle le détermina à créer un poste dans la ville nouvelle d’Omuta. Des aumônes lui permirent de s’y procurer un terrain et une maison. Il y plaça un catéchiste, et lui-même s’y rendait une fois par semaine. Les nouveaux habitants venant d’un peu partout et étrangers pour la plupart les uns aux autres, ne rencontraient pas d’obstacles à leur conversion dans les relations de famille ou de parenté. Aussi chaque année le missionnaire récoltait une belle gerbe de baptêmes.

    Pour gagner les infidèles à notre religion, et aussi pour former les néophytes à la vie chrétienne, M. Sauret s’ingénia à établir des œuvres. La première fut celle des catéchistes. Grâce à de généreuses aumônes il fonda des revenus capables d’entretenir un catéchiste à Kurume et un autre à Omuta.

    Après l’œuvre des catéchistes, il voulut élever un hôpital catholique à Kurume. Ses succès furent consolants. Aujourd’hui quatre religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, dont une Japonaise, et un médecin catholique continuent l’œuvre que la guerre a permis seulement d’ébaucher. L’installation n’est que provisoire, et bien que la somme de 4.000 yen, que le Père a laissée à cette œuvre, ne suffise point à la construction de l’hôpital rêvé, il faut espérer que des bienfaiteurs aideront le nouveau missionnaire à réaliser le projet du cher défunt. Le terrain nécessaire est déjà acheté. M. Sauret dut, à son grand regret, abandonner le projet de construire une école libre, car seules les écoles primaires du gouvernement ont le droit d’exister. Dieu ne lui a pas permis non plus de voir son dernier désir accompli, la construction d’une église à Kurume.

    Sous une certaine rudesse affectée et quelques manières brusques, notre confrère cachait une grande bonté. C’est cette bonté, dit-on, qui fut la cause de sa mort si rapide. Il souffrait depuis longtemps du diabète et se soignait lui-même. Les médecins enfin consultés, lui conseillèrent de se rendre au sanatorium de Hong kong. À regret le malade consentit à se séparer momentanément de ses chrétiens. Mais ceux-ci ne purent se résigner à son départ. Ils plaidèrent si bien leur cause que le voyage projeté fut abandonné. Le missionnaire mourut quelques jours après, heureux de rendre le dernier soupir au milieu de ses fidèles.

    À ses funérailles, présidées par Mgr Combaz, assistèrent outre ses paroissiens et les confrères voisins une députation des prisonniers de guerre allemands catholiques qu’il allait visiter chaque semaine, et quelques officiers japonais.

     

     

    • Numéro : 1418
    • Pays : Japon
    • Année : 1879