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Hippolyte SAUCET (1877-1921)

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    « M. Saucet naquit à Saint-Sauveur-des-Landes, en 1877. Lorsque ses parents allèrent se fixer à Saint-Georges-de-Reintembault, où Mgr Demange leur portait, en 1920, des nouvelles du missionnaire, il avait treize ans. Il resta avec eux, les aidant aux travaux de la ferme qu’ils occupaient au Plessis, jusqu’à l’âge de dix-sept ans. A ce moment, il partit à Fougères pour travailler comme ouvrier boulanger, chez un patron très chrétien. Elevé pieusement par ses parents, il avait puisé au foyer familial des principes religieux solides et durables. Le monde ne l’attirait nullement. La ville a pourtant bien des séductions pour la jeunesse : il les méprisa ou passa indifférent près d’elles. Il avait au cœur un idéal, et au lieu de considérer la vie, à l’instar de tant de jeunes gens, comme une partie de plaisir, il la considérait comme un devoir et une responsabilité ; elle lui apparaissait comme un talent donné par Dieu et qu’il faut faire fructifier.

    Au milieu de tous les attraits qui appellent vers la jouissance, un attrait plus puissant avait captivé son cœur : l’amour de Dieu et l’amour des âmes. Il voulait non seulement assurer son salut et rendre noble et haute sa vie par les pratiques persévérantes de la piété chrétienne, mais contribuer encore de toutes ses forces au salut de ses frères : il voulait être prêtre. Longtemps il garda ce secret dans le fond de son cœur. Cependant il s’en ouvrit auprès d’un vicaire de Saint-Léonard qui, mis dans les confidences, lui prêta quelques livres. Seul dans sa chambre, le soir, après la journée terminée, Hippolyte Saucet travaillait à s’instruire et commençait à étudier le latin. Quand il le sut plus tard, son patron lui fit un doux reproche de ne l’avoir pas mis au courant : il aurait été si heureux de lui procurer des loisirs pour lui permettre de travailler plus facilement.

    Les obligations de la loi militaire le contraignirent à aller passer un an à la caserne. Dans ce milieu si déprimant, si pernicieux aux jeunes gens, il resta aussi chrétien, aussi fidèle à ses devoirs religieux et à l’appel de Dieu entendu depuis plusieurs années. Il utilisa les loisirs que lui laissait le service pour continuer chez M. l’Aumônier de la garnison ses études de latin. Rentré à Fougères, une situation enviable lui fut offerte : prendre la succession de son patron, avec l’espoir d’être admis dans sa famille. Il refusa : son cœur et sa vie appartenaient à Dieu. Il entra donc au Collèges des vocations tardives, à Saint-Lazare, près de Montfort, où il resta trois années. Admis au noviciat des Père de l’Immaculée-Conception, à Bellevue, il s’en vit chassé par la loi inique qui dispersait les Congrégations religieuse. Le Grand Séminaire de Rennes lui ouvrit ses portes ; il n’y passa que peu de temps. Il s’en alla bientôt au Séminaire des Missions-Étrangères à Paris. Trois ans après, il en sortait prêtre et missionnaire. Le 20 novembre 1905, à l’âge de vingt-huit ans, le P. Saucet disait adieu à la France et à ses parents, pour aller en Corée prêcher l’Evangile, faire connaître et aimer Jésus-Christ. » (Bulletin paroissial de Saint-Georges de Reintembault. Mars 1922.)

     

    Il arriva à Séoul le 25 janvier 1907, et quatre mois plus tard, il fut envoyé à Kasil prendre la place d’un autre missionnaire breton, M. Joyau, emporté prématurément par typhus.

    Dans ce district très étendu, où les fatigues physiques et les difficultés ne lui manquèrent pas, il se montra, dès le début, ce qu’il devait rester jusqu’à la fin : l’ouvrier absolument sérieux, qui met le contrôle de sa conscience dans tout son ouvrage et ne transige jamais avec elle. Très dur pour lui-même, et un peu pour les autres, voulant avoir toutes les assurances pour l’observation de la loi par lui et par les autres, y tenant avec une fermeté qui ne connaissait peut-être pas toujours toutes les nuances, mais si évidemment inspirée par la charité, que ses fidèles l’aimaient malgré sa sévérité, il a été un modèle pour tous ses confrères. Ami très sûr, il fut très aimé d’eux, qui connaissaient quel cœur sensible se cachait sous une simplicité un peu réservée.

    En arrivant à Taikou, en 1911, le Vicaire Apostolique de la nouvelle Mission dut, de suite, envoyer en France M. Achille Robert, atteint de la maladie qui devait l’emmener quelques semaines après M. Saucet ; il appela le missionnaire de Kasil pour prendre sa succession. Notre confrère resta à Taikou pendant huit ans, d’abord seul, puis comme second de M. Robert, revenu de France. Le travail qu’il y fit, dans une assiduité sans bruit à tous les devoirs du ministère, a sa trace dans les chiffres des Sacrements administrés, à la cathédrale et dans les stations dont il eut seul le soin, puis dans le district de Yengtchyen, que le manque de personnel priva de titulaire et dont il ajouta la charge à ses autres charges en 1915 : mais Dieu seul connaît l’étendue d’un dévouement qui, en semblable matière, ne se remarque guère ; Dieu seul connaît aussi les peines que le contact avec les jeunes gens, dont l’esprit évoluait d’une façon inquiétante et qui semblaient ne pas l’apprécier, lui procura. Mais il est une œuvre reconnue par tous comme l’œuvre de M. Saucet et qui est bien la sienne, comme elle est jusqu’ici la plus consolante du district de Taikou : l’école des Sœurs. Son établissement, son entretien, tout est son œuvre et cette œuvre le dédommagea de tout le reste.

    Quand, à la suite du surmenage, il nous arriva un jour, rentrant de sa tournée qu’il avait dû interrompre, nous inquiétant moins par son air fatigué que par le fait que, pour une fois. Il avait dû s’écouter, quand, quelques semaines après, le médecin déclara que la mort n’était plus qu’une question d’heures, ce furent les prières de ses fillettes et la violence qu’elles firent au Ciel qui le ramenèrent des bords du tombeau, d’une manière que le médecin déclara absolument inexplicable.

    Il venait, au prix de beaucoup de sacrifices, d’agrandir cette école dont le succès allait toujours croissant, lorsqu’il dut la quitter. Il était envoyé à Napaoui, un des plus beaux districts de la Mission, remplacer le  Provicaire appelé à Taikou, en remplacement de M. Robert admis à la retraite. C’était à l’automne 1919.

    Là, non plus, il ne s’épargna pas. Ce district comptait alors plus de 3.000 chrétiens et, de la Toussaint à Pâque, M. Saucet était en route. Bien qu’il fût fatigué à la retraite, sa santé, qui était redevenue très bonne, ne donnait aucune inquiétude et il semblait devoir fournir une longue carrière, d’autant plus que, par l’arrivée de M. Parthenay, on venait de rétablir l’ancien district d’Antaitong, qui déchargeait Napaoui d’un millier de chrétiens. Moins de six mois après, il nous quittait d’une manière imprévue.

     

    Le 11 octobre 1921, M. Saucet  avait chez lui M. Vermorel,  Provicaire de la Mission, et ils causèrent de quelques randonnées à faire, jusqu’à une heure assez avancée ; jamais M. Saucet n’avait été plus gai. Le lendemain, à la question immanquable : « Avez-vous  bien dormi ? » il répondit : « Non. Hier  au soir,  juste  en me mettant au lit, j’ai ressenti au-dessus du genou droit une douleur intérieure, comme une fine piqûre qui n’a fait qu’augmenter toute la nuit. Mais  je pense  que ce  ne sera rien. » Il  dit la messe avec  gêne aux  génuflexions. La douleur continua toute la journée et la nuit suivante ; elle  devint  plus forte et le malade se décida à faire venir le médecin. Les remèdes ne  donnant aucun résultat, il  fut transporté à l’hôpital de Kokei, en vue d’une opération. Le 18, après avoir  reçu la sainte Communion, il se livra au chirurgien qui ouvrit  l’abcès intérieur. L’opération, supportée avec un courage et une maîtrise de soi admirables, réussit pleinement. Malheureusement, l’enflure qui avait disparu de la jambe se manifesta le lendemain au ventre, et le docteur s’en inquiétait. Le 21, de l’hôpital, on avertit M. Vermorel qu’il serait bon qu’il vint dans la soirée. Heureusement il s’y rendit de suite et, du premier coup d’œil, vit que le malade était en danger. Il l’en avertit ; pendant l’administration des derniers Sacrements le malade s’associa avec ferveur aux rites qu’il avait si souvent faits lui-même sur le autres. – « Eh bien ! lui dit le Provicaire, vous allez mourir ; est-ce que cela ne vous fait pas de peine ? – Aucune. – Avez-vous quelque chose à mettre en règle ou qui vous embarrasse ? – Non. – Quelque commission pour vos chers parents, pour Monseigneur ? – Non. »

    Et alors, presque sans transition, l’agonie commence. Le Provicaire lit les prières qui, finies, sont recommencées en Coréen par les chrétiens de M. Saucet qui ont accouru. Du reste, pendant ses quelques jours à l’hôpital, notre confrère eut toujours auprès de lui soit son domestique, soit un de ses catéchistes, sans parler de plusieurs chrétiens qui, avec la permission du médecin, venaient le visiter et restaient à sa disposition.

    A chaque minute, l’âme se détachait rapidement, mais sans violence, du corps qui l’avait si bien servie et, à quatre heures de l’après-midi, exactement, il ne restait plus sur le lit d’hôpital que la dépouille mortelle d’un missionnaire de Corée.

    Porté à la Mission, le corps fut placé, revêtu des ornements violets, sur la planche qui lui servait ordinairement de lit. Les deux nuits et le jour suivants, les chrétiens ne le laissèrent pas seul un instant et récitèrent près de lui les belles prières des morts.

    Dès qu’il eût reçu le fatal télégramme, Mgr Demange quitta Taikou et arriva dans la nuit noire, par un chemin boueux et coupé de fossés, auprès de la dépouille de son missionnaire. On avait attendu son arrivée pour fermer le cercueil. Aux funérailles assistèrent avec Monseigneur, sept missionnaires.

    Le tombeau est dans la petite montagne de Napaoui. Le tumulus gazonné regarde l’église, et les chrétiens ont fait devant la tombe une allée où les continuateurs du Père Hippolyte Saucet aimeront à réciter leur office.

     

     

     

    • Numéro : 2912
    • Pays : Corée
    • Année : 1906