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Camille SANDRIN (1862-1938)

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    M. Camille-Emile Sandrin naquit à Delle, dans le territoire de Belfort, le 15 novembre 1862. Les renseignements sur son enfance manquent totalement. Tout ce que nous savons, c’est que Camille fit ses études secondaires dans un collège libre de la région, et que, sa rhétorique terminée, il entra au Séminaire des Missions-Etrangères. À la rue du Bac, il dut être un aspirant sérieux, studieux et régulier puisque ses Supérieurs l’ont choisi pour remplir la charge importante de réglementaire.

    M. Sandrin reçut l’ordination sacerdotale le 27 septembre 1885 et fut aussitôt désigné pour la Mandchourie. Quelques semaines plus tard il s’embarqua à Marseille à destination de Shanghai où il arriva en plein hiver ; mais il dut, comme ses prédécesseurs, venus à cette même époque, attendre à la Procure que le port de Ying-keou fût débarrassé de ses glaces. Ce n’est donc qu’au printemps suivant que le jeune missionnaire atteignit sa Mission. Après un assez court séjour dans la grande chrétienté de Chaling pour s’initier à la langue chinoise, Mgr Dubail l’envoya comme vicaire de M. Bruguière. En 1891, il devint chef du  district de Leao-tien-tse. En cette ville, la résidence, les écoles, le mur d’enceinte et surtout l’église, étaient en très mauvais état ; il fallait donc tout refaire. M. Sandrin se mit courageusement à l’œuvre ; et, deux ou trois ans après, à la place des anciennes masures délabrées, s’élevèrent de solides constructions en briques. L’église avec son clocher, sans être un chef-d’œuvre d’architecture, est très convenable. Les conversions en masse n’étaient pas connues à cette époque ; néanmoins, chaque année, un certain nombre de familles entraient dans le sein de la sainte Eglise.

    Vivre seul à Leao-tien-tse en ce temps-là, exigeait un certain héroïsme ; pour faire visite à un confrère voisin habitant à plus de 80 kil., le missionnaire n’avait comme moyen de locomotion que le cheval ou le chariot ; de plus, les routes étaient souvent infestées de brigands. Sur les huit années qu’il demeura à Leao-tien-tse, il fut seul environ pendant quatre ans, puis un vicaire chinois lui fut adjoint. La Procure de la Mission n’étant qu’à 1.500 lys de son district, soit 900 kilomètres, il est facile à comprendre qu’il n’ait fait le voyage que deux fois pour régler les affaires du poste. Il s’y rendait l’hiver par les grands froids de Mandchourie que n’adoucissait guère la toile qui couvrait le petit chariot traîné par trois mules vigoureuses. C’était une excursion de 15 à 20 jours. De retour à Leao-tien-tse, si les roues du chariot avaient tenu bon, si les mules se portaient bien, si les brigands ne l’avaient pas pillé, le voyageur s’estimait le plus heureux des hommes.

    En 1900, M. Sandrin reçut son changement pour la chrétienté de Sekiatse, à 90 lys au nord-ouest de Hsinking. Il y vint non sans regret, car il aimait son Leao-tien-tse. Les objets qu’il avait emmenés avec lui n’étaient pas encore déballés que de sombres rumeurs commençaient à circuler dans le pays. La secte des Boxeurs s’étendait jusqu’aux extrémités de l’empire. Un soir, un jeune missionnaire, M. Lecouflet, éloigné de 30 lys seulement arrive à pied et haletant chez M. Sandrin ; tout son personnel l’avait lâchement abandonné. Devant l’imminence du danger, les deux missionnaires décidèrent de se retirer provisoirement chez M. Cubizolles, dans la grande chrétienté de Siao-pa-kia-tse, située à 40 lys. Mgr Lalouyer venant de Kirin, accompagné par M. Gérard, les y rejoignit bientôt. Après mûre réflexion, il fut décidé de se retirer auprès de la colonie russe de K’ouan-tch’eng-tse qui allait se replier sur Harbin. M. Samoy, Procureur, rallia précipitamment le groupe. Cette fugue, pensait-on, serait de courte durée, car une armée russe venant du nord mettrait vite les Boxeurs à la raison. De K’ouan-tch’eng-tse à Harbin, environ 500 lys, il fallut faire le voyage en chariot, car les trains ne fonctionnaient plus. Les Cosaques veillaient à la sécurité du convoi. A Harbin l’autorité russe, ne se sentant pas encore en force pour résister à l’avance des Boxeurs, ordonna l’évacuation des civils et des missionnaires sur Habarovsk par voie fluviale. Aux environs de Sansing, le bateau fut accueilli par une terrible fusillade qui tua un passager et en blessa plusieurs. Mgr Lalouyer et ses missionnaires avaient  hâte de se rendre à la Procure de Shanghai où ils arrivèrent enfin par Vladivostock et le Japon.

    À l’automne, grâce aux armées russes prêtes à intervenir, il y eut un calme relatif et les missionnaires de la Mandchourie débarquèrent à Ying-k’eou. Là, Mgr Lalouyer décida d’envoyer deux missionnaires en éclaireurs à K’ouan-ch’eng-tse. MM. Sandrin et Gérard acceptent bravement cette mission qui n’était pas sans danger. Après quelques jours passés à la Procure, M. Sandrin regagna sa chrétienté de Sekiatse que, par une protection toute spéciale de Dieu, il retrouva dans le calme et sans dégâts. Pour remercier la divine Providence, il fit élever un calvaire en face de son église.

    Les années qui suivirent l’insurrection des Boxeurs ne furent point un temps de tranquillité. Une terrible épidémie de choléra, en effet, décima la région et les brigands agissaient à peu près en maîtres. Puis vint la guerre russo-japonaise qui ne fit qu’augmenter la désarroi dans tout le pays. M. Sandrin se trouvant en pleine tourmente fit simplement son devoir et assura, dans la mesure du possible, les secours spirituels à ses nombreux chrétiens disséminés dans trois ou quatre postes, dont le plus éloigné était à 110 lys de sa résidence. Il réussit, malgré bien des obstacles, à acheter des terrains dont les revenus devaient servir à l’entretien de son district. Il répara sa maison qui en avait un réel besoin. Le toit de son église laissait passer les rayons du soleil ; il le refit presque à neuf en ajoutant un clocher qu’il désirait depuis longtemps.

    En 1911, Mgr Lalouyer demanda à M. Sandrin de quitter Sekiatse pour aller s’installer à 400 lys au nord, à Fouyu, où il ne fit guère que passer, puisqu’en 1913, il dirige le poste de Harbin avec Chouang-tch’eng comme annexe. Il aida de son mieux les Religieuses Franciscaines M. de M. à s’installer dans son ancienne résidence où elles établirent bientôt un dispensaire et un ouvroir. Quant à lui, il vécut plus d’une année dans une maison de louage qui n’offrait rien de bien confortable.

    En 1917, le poste de Payensou étant vacant, Mgr Lalouyer le confia à M. Sandrin. Onze années durant, il se dévoua tout entier à cette chrétienté qui avait connu de beaux jours, mais qui avait bien perdu de son importance depuis la fondation de T’ongk’en par M. Roubin. En 1928, Mgr Gaspais, successeur de Mgr Lalouyer, voyant le vieux missionnaire fatigué par 43 ans de mission, lui donna le petit poste de Chouang-tch’eng, plus proportionné à ses forces, au sud de Harbin. Là. M. Sandrin se plut à décorer son église et à organiser de belles fêtes. Il se réjouissait d’un mouvement de conversions qui se dessinait dans une bourgade éloignée et dont malheureusement, à cause de son grand âge, il ne put jamais s’occuper sérieusement.

    En 1935, nous fêtions joyeusement à la Procure ses noces d’or sacerdotales, les premières célébrées dans notre Mission. Nous lui souhaitions encore de longues années de vie, mais Dieu en avait décidé autrement. Sentant lui-même ses infirmités augmenter et ses forces diminuer, il demanda de venir terminer ses jours à Kirin, tout près de N-D. de Lourdes. Son état de santé était beaucoup plus grave qu’il ne le pensait lui-même. En effet, alerté par une lettre de ses catéchistes, M. Sagard se rendit au début de mai à Chouang-tch’eng où il trouva notre confrère sérieusement fatigué, et il n’hésita pas à le ramener à la Procure. A peine arrivé, l’état de M. Sandrin s’aggrava subitement. Le médecin appelé immédiatement diagnostiqua une affection de la vessie qui, étant donné l’âge avancé du malade, ne laissait aucun espoir de guérison. D’abord un peu surpris, notre vénéré confrère se résigna pleinement à la volonté de Dieu, et le 9 mai, il reçut l’Extrême-Onction des mains de Mgr Gaspais, qu’entouraient presque tous les missionnaires venus à Hsinking pour la retraite annuelle. Quelques jours plus tard, le 23 mai, à 9 heures trois quarts du soir, M. Sagard, qui chaque nuit veillait au chevet du malade, l’entendit pousser deux légers soupirs. Aussitôt prévenus, S. Excellence et les missionnaires se réunirent en hâte autour de notre vénéré doyen, mais son âme avait déjà paru devant son Juge.

    Le corps du cher défunt, revêtu des ornements sacerdotaux, fut exposé dans le salon de la Procure. Les funérailles ont été célébrées le mercredi 25 mai, en présence d’une nombreuse assistance. La grand’messe fut chantée par M. Lannay, son compatriote, et l’absoute donnée par Mgr Gaspais. M. Sandrin repose maintenant dans le nouveau cimetière de la Mission, laissant aux missionnaires de Kirin un bel exemple de régularité de vie sacerdotale.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1663
    • Pays : Chine
    • Année : 1885