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Pierre SANCTUAIRE (1877-1949)

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    M. Sanctuaire vit le jour le 7 février 1877 à Gerzat, non loin de Clermont-Ferrand. Le petit Pierre avait neuf ans, quand ses parents lui proposèrent de commencer les études au pensionnat des Frères ou au collège catholique de Saint-Pierre à Courpière. L’enfant opta pour le collège. C’est donc en cet établissement qu’il fit ses études classiques, puis il entra au grand séminaire de Clermont en 1896. Sa philosophie terminée, il accomplit son service militaire et en 1900, après une année de théologie dans son diocèse, il fut admis au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Le lendemain de son ordination sacerdotale, le 22 juin 1902, le jeune partant recevait sa destination pour la Mission de Cochinchine orientale, aujourd’hui Quinhon. Au mois d’août suivant, le nouveau missionnaire atteignait la côte d’Annam avec un autre confrère, M. Lalanne, lui aussi destiné à cette Mission. Mgr Grangeon reçut avec grand plaisir son jeune compatriote et quelques semaines plus tard l’envoya dans une paroisse proche de l’évêché pour y apprendre la langue.

     

    Dès le début de 1903, le Vicaire apostolique jugeant son missionnaire apte à rendre déjà quelques services l’envoya à l’extrême-sud de la Mission pour aider M. Labiausse qui se trouvait dans un pays sans route et par le fait très difficile à desservir : seule la ville de Phanthiêt est un centre peuplé avec quelques chrétientés aux alentours. Notre jeune confrère s’embarqua sur un petit bateau à destination de Phanthiêt, heureux de pouvoir se dévouer au bien des âmes ; mais la mer était mauvaise. A proximité du cap Varella, l’embarcation fut projetée violemment sur un banc de sable ; marins et passagers durent gagner le rivage par leurs propres moyens. Cet accident obligea notre voyageur à faire demi-tour et à rentrer à Quinhon. Il attendit une autre occasion, plus sûre celle-là un bateau des Messageries maritimes qui le déposa au port de Phanrang, à cent cinquante kilomètres de son poste ; il lui fallut donc parcourir cette longue distance par étapes et à cheval. Quelques jours après il arriva enfin à Phanthiêt.

     

    En 1905, Mgr Grangeon ayant besoin d’un missionnaire robuste et zélé pour le nord de la Mission, fixa son choix sur M. Sanctuaire. Là, dans cette partie de la province de Quang Nam, il commença d’abord avec son zèle d’apôtre à administrer les anciennes chrétientés de Van-Doa, puis en 1908, au départ de M. Seiller, dans celles de An Son situées à l’ouest, au pied des montagnes ; mais son activité débordante de missionnaire demandait un champ d’apostolat plus vaste encore. Il fut heureux lorsque son évêque lui surajouta cette partie montagneuse où il avait à entretenir la foi de chrétiens récemment baptisés et à convertir les païens très nombreux dans ce coin perdu de la Mission. Il s’installa à Thuan Yên en pleine forêt, loin de toutes voies de communications où tout restait à faire : installation de centres chrétiens, enseignement et formation religieuse des catéchumènes, rayonnement de la foi chrétienne au milieu des païens, acquisition pour les principaux villages de quelques terrains achetés avec ses économies pour subvenir aux frais de la paroisse. Il eut à surmonter beaucoup de difficultés provenant de la famine et de la fièvre. Malgré tout, les années passées dans la brousse, dans le dénuement le plus complet, restèrent toujours pour notre intrépide missionnaire les plus belles années de sa vie apostolique. Il était aimé de ses chrétiens et des païens, et il ne s’inquiétait pas de la fatigue qu’il pouvait éprouver dans ses voyages à cheval ou à pied, entrepris souvent pour le seul motif de rendre service et de faire aimer son divin Maître. Aussi, au moment de son départ en 1923, le nombre des catholiques de Thuan Yen avait plus que doublé et le district s’était enrichi de plusieurs chrétientés nouvelles. A la mort de M. Boivin, le supérieur de la Mission fit encore appel au dévouement de M. Sanctuaire pour succéder à M. Boivin. Mais les forces humaines ont des limites que la meilleure bonne volonté ne réussit pas à dépasser. Depuis quelques temps, notre confrère sentait ses forces diminuer sensiblement ; et pour le soulager Monseigneur pensait lui donner un district moins pénible et un vicaire pour l’aider. C’était un peu tard ; seul un retour en France pouvait laisser espérer une guérison. Il y resta deux ans et demi et revint dans sa Mission fin décembre 1928.

     

    Mgr Grangeon attendait son missionnaire pour lui confier la paroisse de Quinhon. Avec sa charité et son zèle habituels, il se mit tout de suite à l’œuvre et ce fut avec un grand regret que ses ouailles le virent partir en mai 1931, pour laisser la place à M. Labiausse nommé provicaire et aller à soixante-dix kilomètres au nord de Quinhon prendre la direction du district de Nuoc Nhi. Ce district comptait relativement peu de catholiques pour la plupart descendants des anciens chrétiens échappés aux massacres de 1885. Afin de développer la vie chrétienne de ses fidèles, il établit la Croisade eucharistique, et en peu de temps ses petits croisés devinrent des apôtres prêchant par l’exemple la fidélité à la prière et à la communion fréquente. Tout allait pour le mieux : curé et chrétiens étaient contents. Mais voici que M. Saulot, curé de Tourane, tomba malade et dut abandonner ce poste. C’est encore sur M. Sanctuaire que le Vicaire apostolique porta son choix pour occuper la place. Certes, c’est par obéissance qu’il quitta ses chrétiens auxquels il était très attaché ; mais à Tourane comme à Nuoc-Nhi, il se dépensa tout entier au service des âmes que le Bon Dieu lui confiait. Il commença par organiser avec le concours des Rédemptoristes une mission qui ramena beaucoup de brebis égarées au bercail. Pendant quatre ans et demi il travailla avec ardeur à augmenter la ferveur de ses ouailles jusqu’en août 1941, époque à laquelle il redevint curé de Quinhon après la mort de M. Labiausse. Naturellement il fut reçu avec une grande joie surtout par ses anciens et nombreux amis. Mais Quinhon avait un peu changé d’aspect : une grandiose cathédrale remplaçait la pauvre chapelle où les chrétiens ne pouvaient tous entrer les dimanches et fêtes. Un presbytère vaste et confortable l’abritait avec son vicaire. Hélas ! la santé de notre cher confrère déjà laissait beaucoup à désirer ; malgré tout il remplissait fidèlement sa charge de curé qui devenait plus lourde et augmentait encore par suite de l’installation à Quinhon des troupes françaises dont il fut nommé l’aumônier.

     

    Lors de la mainmise japonaise sur l’Indochine en 1945, M. Sanctuaire et les missionnaires de Quinhon furent tous évacués sur Hué. C’est en août 1946 qu’ils purent rejoindre une partie de la Mission délivrée. M. Sanctuaire s’installa à Nhatrang où il rendit de grands services. A Hué et à Nhatrang sa santé périclitait de plus en plus ; malgré tout, pendant deux ans et demi il s’occupa spécialement des enfants eurasiens : tous les matins il allait célébrer la messe pour eux chez les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ; deux fois par semaine, il leur faisait le catéchisme et se mettait à leur disposition pour les confesser. A la paroisse, tout le monde pouvait s’adresser au missionnaire que l’on trouvait toujours matin et soir récitant son bréviaire devant le Saint-Sacrement.

     

    En 1949 les fêtes de Pâques l’avaient extrêmement fatigué, et dès le début du mois de mai, il dut cesser d’offrir le saint sacrifice et de réciter son bréviaire ; certes, ce fut pour notre confrère une très grande épreuve. « Comme le Bon Dieu voudra, et quand Il voudra, » disait-il à son évêque venu lui dire au revoir avant son départ en tournée apostolique. Les derniers jours furent très pénibles. Le lundi 21 mai on lui administra les derniers sacrements et le lendemain comme une lampe qui s’éteint, notre cher confrère s’endormait dans le Seigneur.

     

    Pendant sa vie entière, M. Sanctuaire fut fidèle à tous ses exercices de piété comme un bon séminariste, ce qui lui valut sans doute le courage qu’il montra dans toutes les circonstances difficiles.

     

     

    • Numéro : 2663
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1902