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Jules SAMOY (1861-1913)

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    À la fin d’avril 1887, un nouveau missionnaire, récemment arrivé de France, était placé par Mgr Dubail, à Leen-chan, pour s’y former au ministère apostolique et apprendre le chinois sous l’habile direction de M. Lalouyer, alors chef de ce district. Or, vingt-cinq ans plus tard, l’ancien titulaire de Leen-chan, devenu vicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale, conduisait à sa dernière demeure le missionnaire qu’il avait reçu à son arrivée en Mandchourie, et dont il avait guidé les premiers pas dans la carrière apostolique. Ce missionnaire était M. Jules Samoy. Dieu l’avait appelé à Lui le 27 septembre, jour anniversaire de sa première messe.

     

    M. Jules Samoy naquit le 6 novembre 1861 à Lauwe (Bruges, Belgique). Il était l’aîné de quatorze enfants, sept garçons et sept filles dont trois devaient embrasser la vie religieuse. Après avoir commencé ses études au pays natal, Jules vint les continuer à la petite communauté d’Issy, où il eut pour condisciples plusieurs futurs missionnaires. Il suivait les Cours du collège de Vaugirard, et occupait un des premiers rangs dans sa classe.

    Ses humanités terminées, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères ; où il se distingua par son application au travail et sa fidélité à la règle. Toujours aimable pour ses confrères, même pour ceux dont la nature exubérante ne cadrait guère avec la sienne, il se mêlait volontiers à leurs conversations et y apportait l’agrément de son esprit sagace et observateur. Le 27 septembre 1886, il reçut sa destination pour la Mandchourie, où il arriva à la fin de mars de l’année suivante.

    Après avoir passé quelques mois à Leen-chan, il fut envoyé à Se-kia-tse, province de Ghirin, pour remplacer M. Letort, qui avait eu les deux jambes brisées dans un accident de voiture. Le jeune missionnaire ne resta que trois ans à Se-kia-tse. En 1890, il passa de ce poste à celui de Siao-pa-kia-tse, qu’il ne quitta qu’en 1899 pour gérer, à Kouan-tcheng-tze, la procure de la nouvelle mission de Mandchourie septentrionale. Après un stage de quatre ans à Ghirin, il reprenait le chemin de Siao-pa-kia-tse.

    Dans les diverses charges qu’il occupa, M. Samoy fut toujours un homme d’ordre. Ses aptitudes spéciales pour la gestion du temporel lui permettaient de faire des économies et de soulager ainsi bien des misères. Les pauvres des différents districts qu’il a administrés, savent combien son cœur était sensible à leurs besoins. Il avait beau froncer les sourcils de temps à autre, sa bonté était trop connue pour que les miséreux qui imploraient la charité, se laissassent décourager par son air sévère et rude.

     

    L’œuvre de prédilection de M. Samoy a été l’Institut des religieuses du Saint-Cœur de Marie, dont la maison mère est à Siao-pa-kia-tse, et qui rend à la mission les plus grands services en lui fournissant des institutrices pour la plupart des districts. Quand, en 1890, notre confrère arriva à Siao-pa-kia-tse, le couvent n’était rien moins que florissant sous le rapport temporel ; mais la sage administration du nouveau curé lui rendit, en peu de temps, son ancienne prospérité. La congrégation du Saint-Cœur de Marie compte aujourd’hui plus de 100 religieuses, qui édifient non seulement les chrétiens mais encore les païens.

    Le missionnaire rencontre parfois, pour ne pas dire souvent, l’occasion de s’exercer à la patience, et il ne réussit pas toujours à garder le calme nécessaire pour dissimuler son mécontentement, M. Samoy, lui, se montrait d’un caractère toujours égal ; il ne connut jamais les éclats de la colère, et il paraissait aussi tranquille, dans les plus pénibles situations, que quand il conversait familièrement avec ses chrétiens.

    Lorsque, au mois de juillet 1900, il nous fallut quitter la mission pour échapper au fer des boxeurs, M. Samoy fut le seul à garder son sang-froid au milieu de l’épouvante générale : il ne s’éloigna de la procure de Kouan-tcheng-tze que sur les instances réitérées de M. l’ingénieur Prossynski, après avoir renvoyé à plusieurs reprises la voiture que cet homme charitable mettait sa disposition pour lui sauver la vie.

    Notre regretté confrère voyait froidement les choses, et son jugement ne se laissait pas égarer par certaines circonstances, qui auraient pu induire en erreur des esprits moins avisés que le sien. Ses avis portaient un cachet de prudence et de franchise, qui les faisait apprécier de tous ceux qui le consultaient.

    Les débuts du nouveau vicariat de Mandchourie septentrionale furent difficiles, comme, d’ailleurs, ceux de toute œuvre qui commence. Si maintenant la mission est en voie de prospérité, elle le doit en grande partie à M. Samoy. Il nous a donné à tous l’exemple du bon esprit, du respect et de l’obéissance envers l’autorité ; et je ne crois pas qu’on l’ait jamais entendu critiquer les actes de ses supérieurs. Il savait entretenir une conversation et la rendait intéressante par ses réparties, souvent originales ; mais son esprit ne s’exerça pas aux dépens de ceux qui ont en main l’autorité. Il voulait que ses chrétiens lui fussent soumis, et il savait que le meilleur moyen de leur apprendre à obéir était de se montrer obéissant lui-même.

    Les exercices de piété entretiennent la vie spirituelle dans l’homme apostolique : M. Samoy y fut toujours fidèle. On ne le trouvait jamais inoccupé, et les moments libres que lui laissait le saint ministère étaient employés à l’étude ou à la lecture. Aussi sa vie a-t-elle été remarquablement unie : ceux qui l’avaient connu au Séminaire de Paris le voyaient, après vingt-sept ans de mission, tel qu’il était à la rue du Bac.

     

    M. Samoy souffrait, depuis plusieurs années, d’une affection du cœur, qui s’aggrava pendant l’épidémie de la peste pulmonaire. Il consulta un médecin qui l’astreignit à un régime sévère qu’il suivait très fidèlement. Bien qu’il fût à la merci du premier accident venu, nous ne pensions pas que le dénouement fatal dût se produire d’une manière si subite.

    Le jeudi 25 septembre, M. Samoy était allé en promenade avec les confrères du petit séminaire et leurs élèves : le vent du nord avait rafraîchi considérablement la température. Au retour, il éprouva une grande fatigue, et, la nuit venue, il ne put pas dormir. Le 26, il dut garder la chambre et ne prit presque aucune nourriture. La nuit fut mauvaise comme la précédente. Le 27, convaincu que son indisposition venait d’un refroidissement, il demanda une potion pour provoquer la sueur et faire cesser son malaise. La veille et ce jour-là même, MM. Revaud et Graber, professeurs au séminaire, étaient venus lui tenir compagnie, entre les heures de classe. Après avoir pris sa potion, le malade s’étendit sur son lit, et recommanda à son domestique de ne laisser entrer personne dans sa chambre : il était 2 heures de l’après-midi.

    Vers 4 heures, le domestique alla voir le Père qui lui parut dormir, et se retira. Il retourna le voir plus tard, et, ne remarquant rien d’anormal, se retira de nouveau, pour ne pas troubler son repos. Une troisième fois après l’angélus, le domestique entre dans l’appartement du Père, et l’appelle. Pas de réponse. Il s’approche ; le Père ne respire plus et son corps est déjà froid.

    MM. Revaud et Graber, accourus aussitôt, ne purent que constater le décès de notre cher confrère qui était entré dans son éternité. Il n’avait pas fait un mouvement depuis qu’il s’était étendu sur son lit.

    Le cher défunt, revêtu des ornements sacerdotaux, fut exposé dans l’église paroissiale, où, pendant trois jours, les chrétiens en foule ne cessèrent pas, même la nuit, de prier pour le repos de l’âme de leur vénéré pasteur.

     

     

    • Numéro : 1733
    • Pays : Chine
    • Année : 1886