Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Charles SALOMEZ (1872-1924)

Add this

    Charles-Léon Salomez naquit à Fives-Lille le 27 novembre 1872. D’abord élève au pensionnat Saint-Gabriel, il entra en 1886 au petit Séminaire de Cambrai et passa au Séminaire de Philosophie de Solesmes en 1891. Tonsuré le 29 juin 1892, il fit sept mois de service militaire et fut nommé surveillant au collège d’Aire-sur-la-Lys. Six mois plus tard, en août 1894, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères.

    Ordonné prêtre le 27 juin 1897, M. Salomez partit de Marseille le 4 août et arriva à Quinhon le 10 septembre. Il apprit la langue annamite à Gothi et, le 2 février 1898, il monta chez les Sauvages.

    Après avoir étudié le banhar à Kon Monei, il accompagna, le 2 juillet de cette même année, M. Guerlach chez les Bonnuine où nos deux confrères essayèrent vainement, au milieu de privations sans nombre, de faire quelques chrétiens.

    Le 27 septembre 1899, M. Salomez malade dut redescendre en Annam et aller rétablir sa santé à Tourane. Il fut quelques mois curé de Leson, district voisin, puis le devint de Phuhoa au Quangngai, le 2 octobre 1900. En 1904, après un court séjour à Tourane et à Phanrang, il devint directeur de l’orphelinat de Gothi, puis, en 1906, de celui de Longsong.

    En septembre 1909, il reçut sa destination pour le poste de Cayvong, près de Nhatrang-citadelle, auquel devait s’ajouter plus tard celui de Hadua, vieille chrétienté où il devait mourir le 22 décembre 1924.

    Ce jour-là, vers une heure de l’après-midi, M. Salomez récitait ses vêpres sous la véranda quand, se sentant indisposé, il appela son petit serviteur. Des charpentiers qui travaillaient près de là vinrent aider le Père à gagner son lit. A ce moment il perdit l’usage de la parole, mais garda encore sa connaissance une dizaine de minutes. C’est alors qu’il fit sur ses narines et sur une oreille un signe de croix pour indiquer qu’il réclamait l’Extrême-Onction. Un vomissement se produisit, mais ne le soulagea point. L’infirmier de la Citadelle essaya vainement de le rappeler à lui ; après une quarantaine de minutes, M. Salomez s’éteignit doucement.

    On était allé chercher son confrère voisin, M. Garrigues, qui habite à cinq kilomètres de là ; malgré sa diligence, il arriva un quart d’heure après la mort et ne put administrer l’Extrême-Onction et donner une dernière absolution que sous condition. Le médecin annamite de Nhatrang, plus éloigné encore, ne put arriver que pour reconnaître que le Père avait succombé à une congestion cérébrale.

    Notre cher défunt n’a pas été surpris. Deux séjours récents à la Clinique de Saïgon l’avaient nettement instruit, et l’état de sa santé de plus en plus mauvais lui était au reste une indication qui ne trompe point. Ajoutons qu’il s’était confessé quatre jours auparavant.

     

    De son séjour chez les Sauvages, M. Salomez avait rapporté des accès de fièvre assez fréquents qui ne diminuèrent qu’avec les années. D’un caractère excessivement sensible, le moindre aimable procédé le ramenait aisément des préventions qu’il pouvait avoir, mais il souffrait plus que tout autre de certaines contradictions.

    Notre confrère lisait peu et ses livres de piété n’étaient pas ceux de nos auteurs modernes. Chevassu lui servait encore de livre de méditation sur la fin de sa vie. Très régulier dans ses exercices, dans ses confessions, il avait, en voyage comme chez lui, le chapelet toujours à la main. Il méditait longuement et, membre de l’Association des Prêtres adorateurs, il faisait chaque samedi son heure devant le Saint-Sacrement. Très zélé pour la confession, il lui arrivait souvent de quitter son repas pour aller à l’église et revenir le reprendre après avoir entendu quelques pénitents et ce, sans jamais se plaindre.

    Il dînait de bonne heure, se couchait tôt et, dès trois heures du matin, il était debout. Son repas de onze heures, à cause du marché, se voyait parfois retardé ; lui qui eût tant crié autrefois, au temps des accès de fièvre, ne se plaignait point, ne disait rien. Il recevait de son mieux — et ce mieux était bien — les confrères qui le venaient visiter ; mais quand il était seul, son repas était moins qu’ordinaire et vite expédié. Son matériel était si pauvre que, s’il survenait quelqu’un, il fallait emprunter au dehors un second bol pour le riz. Le surprenait-on au milieu du repas ? le boy stylé faisait tout disparaître et une demi-heure plus tard un bon repas était apporté. Il avait même remplacé le thé qu’il buvait abondamment autrefois par la seule eau claire.

    Si M. Salomez lisait peu, par contre il causait beaucoup avec les Annamites et il fut le meilleur collaborateur d’un de nos confrères qui publia des notes sur les mœurs et superstitions. Celui-ci n’eut le plus souvent qu’à mettre en œuvre ce qu’il lui disait quand ils étaient voisins, ou à recopier ce qu’il lui écrivait plus tard, de cette écriture à peine lisible, sur des bouts de papier formats divers qui semblaient être son papier à lettre ordinaire. Chose qui étonnera plus d’un de nos confrères et que nous pouvons bien dire aujourd’hui, M. Salomez avait sur la politique indigène et celle de la France en ce pays des vues étonnamment justes, sages, et parfois d’une prévoyance avisée. Nous pourrions citer tel article donné à un journal de Chine et qui fit le tour de la presse d’Indochine, article qui fut entièrement dicté par lui et que de tristes événements ne tardèrent pas à confirmer. Mais on ajoute rarement foi aux paroles des prophètes.

    Il aimait beaucoup les Annamites et ceux auxquels il a rendu service ne se comptent pas. Il aidait aussi le plus possible les prêtres indigènes, et allait jusqu’à écrire un peu de tous côtés afin d’avoir un peu d’argent à remettre, surtout au zélé prêtre qui, dans la partie du district qu’il lui avait cédée, avait courageusement et avec succès entrepris la conversion des sauvages.

    Au mieux aussi avec les Européens de la province, il était toujours prêt à leur rendre service, quelque gêne qu’il lui en coûtât ; aussi un journal cochinchinois, l’Impartial, écrit-il de lui, en publiant une de ses dernières photographies

    « Le R. P. Salomez était le meilleur homme de la terre ; brave, honnête et digne homme dans toute l’acception de ces termes, et il ne comptait que des amis parmi tous ceux de nos compatriotes qui passèrent à Nhatrang. Ce prêtre n’était point un homme morose, il respirait au contraire la gaîté et savait réconforter ses pénitents. Il était à la tête d’une paroisse très prospère en pleine citadelle annamite de Nhatrang, et il avait su se faire aimer des païens aussi bien que de ses fidèles. Indulgent à tous, il s’appliquait surtout à faire le bien.… Ce fut un  bon ouvrier de la propagande française. »

    Un autre journal, le Camly, s’exprime ainsi : « On n’oubliera pas qu’il y a quinze ans à peine, à dix kilomètres de la citadelle, il n’y avait que la forêt vierge. Aujourd’hui, grâce à l’énergie du pauvre Père, la haute vallée de la rivière de Nhatrang est peuplée et cultivée. Et c’est en réalisant cette œuvre gigantesque que le bon Père Salomez contracta les germes de la maladie qui vient de l’emporter. Puisse-t-il dans l’Au-delà trouver la récompense que les Pouvoirs publics n’ont jamais songé à accorder à ce vaillant Français, à ce grand pionnier de la civilisation qui tombe à son poste pour la plus Grande France. »

    Rectifions au moins ce détail : le gouvernement venait, il y a quelques mois, de reconnaître les services de notre cher défunt en lui accordant la décoration annamite du Kim Khanh.

    L’œuvre religieuse de M. Salomez n’est pas négligeable non plus. En 1909, il prenait trois paroisses avec 768 chrétiens. En 1916, il avait doublé le nombre de ses paroisses et il comptait 1.104 chrétiens. A cette date, Monseigneur lui confia deux nouvelles paroisses avec 512 chrétiens et, un peu plus tard, il eut un vicaire devenu aujourd’hui curéd’une partie de ce district. En 1909, y compris les deux paroisses ajoutées plus tard, il n’y avait que 5 paroisses et 1.329 chrétiens ; M. Salomez laisse à sa mort 9 paroisses et 2.046 chrétiens. Et dans ce district 13.258 confessions ont été entendues, 21.594 communions distribuées au cours de l’an dernier ; sa part personnelle dans ce travail fut de 9.643 confessions et de 17.322 communions.

    Au jour des obsèques, la veille de Noël, l’église s’est trouvée trop petite pour contenir la foule. Tous les Européens étaient là ainsi que les grands mandarins. Deux missionnaires étaient venus de Phanrang et tous les prêtres de la province avaient fait l’impossible pour venir apporter au cher défunt une dernière prière.

    Il repose maintenant dans l’église de Hadua qu’il avait restaurée et agrandie, devant la statue de la Vierge qu’il aimait tant à prier ; et nous aimons à croire que ses chrétiens sauront se souvenir devant Dieu de celui qui était toujours prêt à leur rendre tous les services matériels et spirituels qu’il pouvait.

    Requiem aeternam dona ei, Domine !

     

     

    • Numéro : 2305
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1897