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Aimé SALLIO (1860-1890)

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    M. Prodhomme, provicaire de Siam, écrivait à Mgr Vey : « Le bon Dieu vient de nous demander un bien douloureux sacrifice ; le bon P. Sallio est parti pour un monde meilleur. C’est à l’instant même que je viens d’en apprendre la nouvelle par une lettre de M. Rondel. Quand , il y a deux ans, la double mort de mon père et de ma mère me fut annoncée, je fus, ce me semble, moins impressionné que je ne le suis à présent.

    « M. Sallio celui qui par son zèle, sa piété, sa charité, sa santé robuste, promettait d’être longtemps un des meilleurs apôtres du Laos, celui-là même nous est enlevé le premier. Il est vrai que s’il fallait à Dieu une victime agréable, il a bien choisi. Que sa sainte volonté soit faite ! »

    Né le 14 août 1860, à Saint-Mayeux (diocèse de Saint-Brieuc), M. Sallio était entré au séminaire des Missions Étrangères , le 13 septembre 1881. Pendant les quatre ans qu’il y passa, il se distingua par sa tendre piété. Son aménité, qui le faisait aimer de tous, dissimulait une vigueur de caractère, bien faite pour une mission nouvelle où les privations et la souffrance sont de tous les jours .

    Un de ses confrères qui l’a intimement connu au séminaire écrivait de lui à l’annonce de sa mort.

    « J’avais vécu avec M. Sallio pendant deux ans au séminaire de Paris ; je l’avais en vénération ; tout le monde l’avait en haute estime à cause de sa piété angélique ; toujours modeste et doux, il prêchait d’exemple et faisait un bien remarquable. Que de longues heures nous le voyions passer au pied du Saint-Sacrement ou de Notre-Dame des Aspirants. De sa mortification de son amour de la croix, il donna des preuves à tout le monde et bien malgré lui. Quand exténué et à bout de forces, pendant le carême de 1883, il tomba malade , il dut suivre un long traitement pour se remettre de ses mortifications volontaires pendant deux ans. Tous ceux qui étaient à ses côtés, soit au réfectoire, soit ailleurs, n’ont jamais attribué  sa maladie à d’autres causes. Si le fait est imprudent et non à imiter, il ne révèle pas moins un saint qui veut dompter la nature et s’attacher à la croix de Notre-Seigneur . »

    Nous empruntons à une notice qui nous a été envoyée de Siam, les détails suivants sur la vie et la mort de M. Sallio.

    « Après son ordination au sacerdoce, ses supérieurs destinèrent M. Sallio à la mission de Siam. Le 18 novembre 1885, il partait pour sa nouvelle patrie d’adoption en compagnie de M. Cuaz.

    « Siam! Ce nom avait deux sons pour son cœur d’apôtre. Il y avait dans cette ancienne mission la partie déjà tant arrosée des sueurs du missionnaire ;  il y avait la partie dont l’évangélisation venait de commencer depuis peu de temps , que l’on appelle Laos ou province laotienne siamoise. Si son entière résignation à la volonté de Dieu le rendait indifférent par raison et par esprit de foi, pour l’une ou l’autre de cette double vigne à cultiver, néanmoins son zèle jeune et ardent lui faisait préférer les plages lointaines où la croix avait été récemment plantée. La décision dernière devait être donnée par la voix du Vicaire apostolique .

    « Peu de jours après son arrivée à Bangkok, la caravane venant annuellement du Laos y arrivait aussi. Le P. Dabin rencontrait donc MM. Sallio et Cuaz. Que ne pouvait-il obtenir les deux et les emmener avec lui ! Mais, hélas ! Les besoins étaient multiples tant dans la vallée du Menam que dans celle de Nam-khong. Le P. Sallio seul lui fut accordé.

    « En quelques jours les préparatifs de départ furent terminés et les deux voyageurs partirent sur leurs petits chars à bœufs, à travers la grande forêt et les plaines brûlées par le soleil. Ils portèrent à leurs confrères les provisions indispensables qu’on ne trouve pas dans ces pays isolés du monde, du moins jusqu’à présent. Après quarante jours de pénible marche ils arrivèrent à Ubon. M. Sallio fut reçu comme le sont  les nouveaux venus, c'est-à-dire comme un ange du ciel. Le lendemain de l’arrivée, quand les voyageurs eurent pris quelque repos, néophytes et catéchumènes se rendirent en groupe à la chapelle pour saluer, selon l’usage, le nouveau Père.

    « M. Sallio se mis tout de suite à l’étude de la langue avec toute l’ardeur dont il était capable. Ses progrès furent rapides ; sa prononciation juste et claire lui permit de se faire comprendre aisément ; en peu de temps il put rendre d’appréciables services au confrère sous la direction duquel il faisait ses débuts. Bientôt à même de surveiller l’instruction des catéchumènes et d’instruire, son amour pour le salut des âmes ne lui laissa plus de repos que celui qu’il prenait pour faire ses exercices spirituels auxquels il ne manquait jamais . Il travailla à Ubon, à Amnat, à Sa-kon, puis enfin fut envoyé à La-kon, où il eut pour tâche d’aller à Keng-sadok, chrétienté naissante sur les rives du Nam-kong, à cinq journées au-dessus de La-khon. C’est là que la divine Providence l’attendait afin de le faire passer de cette vie de misères à la vie du ciel.

    Par une lettre du 23 mars 1890, M. Rondel raconte ainsi la fin de ce jeune missionnaire enlevé à l’affection, à l’admiration de tous ses confrères et de tous les chrétiens qui l’ont connu.

    « C’est une bien triste nouvelle que j’ai cette fois à vous annoncer. Nous venons de faire une grande perte, surtout en ce moment où nous avons tant besoin de missionnaires. Dieu jusqu’ici nous avait donné santé et forces pour travailler à son œuvre. Mais , hélas ! Il vient de rappeler à Lui un de ses meilleurs ouvriers. Le P. Sallio, arrivé dans ces parages depuis huit mois à peine, vient de succomber à une seconde attaque de fièvre.

    « Déjà en septembre, vous le savez, il avait été sérieusement malade ; ramené à temps à La-khon, nous avons pu le sauver. Son rétablissement avait été rapide ; il se plaignait néanmoins de temps à autres que ses forces n’étaient pas complètement revenues, que les longues marches à pied le fatiguaient beaucoup plus qu’autrefois. Il retourna à Keng-sadok après la Toussaint, en revint trois semaines après à La-khon pour faire sa retraite annuelle. Au commencement de février, nous eûmes encore l’occasion de nous rencontrer et de passer quelques jours ensemble à Ban-kham-hom d’où je vous écris. Sa santé se maintenait fort bien , il n’avait eu que quelques faibles et rares accès de fièvre, résultat des fatigues ou des boissons d’eau malsaine. Il retrouva à Kam-khom son cheval de Ubon et désira l’emmener chez lui. Je lui en donnai un second et il partit accompagné d’un jeune homme. Je le conduisis jusque sur les bords du fleuve Song-kham et là nous nous séparâmes comptant nous revoir vers Pâques.  « Malgré les chemins détestables, m’écrivait-il, je suis arrivé à Keng-sadok en bonne santé. » Il fit ensuite un voyage à cheval par le Nam-san et le Nam-ngièle. Je viens de trouver dans son sac un tracé de sa route.

    « De retour, m’ont dit les chrétiens , il est tombé malade . Cependant le P. Xavier Guégo et moi nous recevions chacun une lettre de lui, où il parlait de ses anciennes courses à travers la Bretagne, courses et promanades que lui rappelait Keng-sadok. Il parassait bien portant et heureux. Quelle ne fut pas ma surprise, quand le 20 mars, vers cinq heures du matin, faisant ma méditation devant mon église, j’aperçus deux jeunes gens qui s’approchant d’un pas rapide, me dirent que le P.Sallio était arrivé à Nong-seng très malade de la fièvre.

    « Je savais que le P. Gabriel (prêtre indigène) était à cette église . Je fis néanmoins de suite seller deux chevaux, pris des remèdes et partis. Aux deux tiers de la route, deux nouveaux messagers venaient à notre rencontre. Ce fut comme un coup de foudre. Je compris que le danger était imminent et lançai mon cheval à toute vitesse. Quand j’arrivai, le P. Gabriel avait déjà administré les derniers sacrements au cher P. Sallio. Je ne pus saisir aucun signe de connaissance. Cependant le P. Gabriel, quelques instants auparavant, avait pu constater qu’il conservait son intelligence, mais la vue s’était tellement affaiblie qu’il ne reconnaissait plus personne. Ce fut donc en pleine connaissance qu’il eut le bonheur de recevoir les derniers sacrements . Dix minutes après mon arrivée tout était consommé. Les prières des chrétiens commencèrent immédiatement et continuèrent les deux jours et deux nuits qui séparèrent la mort de l’inhumation. Je célébrai immédiatement la saint Messe, et le P. Gabriel après moi. Nous revêtîmes le corps de la soutane et des vêtements sacerdotaux. J’étais brisé d’émotions.

    « Il fallut, ce matin même, repartir pour La-khon où j’étais appelé pour voir un Français gravement malade . J’arrivai et fus reçu par le capitaine Cupet et M. Lugan, membres de la commission de délimitation des frontières, qui me conduisirent vers leurs collègue malade , M. Couvillon. Le danger n’était pas grave. Après avoir administré l’ipéca au malade , je fis part de notre malheur à ces messieurs de la commission qui me promirent d’aller assister à l’inhumation. Je repartis le soir de ce même jour pour rentrer à Nong-seng. Le P. Combourieu put se rendre aussi à Kham-khom, où le corps avait été transporté. C’est là que repose la dépouille mortelle de notre cher P. Sallio. »

     

     

     

    • Numéro : 1671
    • Pays : Thailande
    • Année : 1885