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Casimir SALEILLES (1852-1916)

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    Originaire de Cruéjouls, au diocèse de Rodez, M. Casimir-Jean Saleilles avait été ordonné prêtre le 23 septembre 1876. Il allait donc compléter ses 40 années de sacerdoce et d’apostolat quand la mort est venue l’enlever à l’affection de ses confrères au mois de juin dernier.

    La mission de Malacca renferme des paroisses anglaises, des paroisses chinoises et des paroisses indiennes. Dès son arrivée en mission, M. Saleilles fut mis à l’étude de la langue chinoise qu’il réussit à parler avec grande facilité, et ce fut toujours parmi les Chinois qu’il exerça le saint ministère. D’autre part, tandis que la plupart des missionnaires de Malacca sont assez souvent obligés, de passer d’un poste à un autre, il resta presque toute sa vie en charge des mêmes chrétientés de Serangong et de Johore, puisqu’il ne passa que ses quatre premières années, de 1877 à 1881, dans le poste de Bukittimah. Et encore, pendant son séjour à Bukittimah, il commença à faire connaissance avec le territoire de Johore, en allant y visiter les quelques fidèles de l’ancienne chrétienté de Pountien. Cette station avait été fondée en 1863 par M. Périé ; malheureusement, elle était d’un accès difficile, aussi elle ne fut jamais bien prospère et dut enfin être abandonnée. Mais, dans le même temps, malgré des difficultés presque insurmontables de la part des Malais et des sociétés secrètes chinoises, M. Saleilles prenait pied dans la nouvelle ville de Johore, située sur le détroit de même nom, en face de l’île de Singapore.

    En 1881, notre confrère fut nommé titulaire de la belle chrétienté de Serangong, à 7 milles de la ville de Singapore. Fondé par M. Maistre vers l’an 1853, ce poste comptait alors 520 chrétiens chinois. D’après le dernier recensement, il forme une grande paroisse de 1.200 âmes, avec deux écoles fréquentées par 70 garçons et 40 filles.

    Ce fut à ces enfants des écoles que M. Saleilles consacra les premières améliorations matérielles réalisées par lui dans cette paroisse. Ses locaux scolaires n’étaient pas des palais, mais ils étaient bien adaptés aux besoins de cette population rurale ; et un des plus grands soins du missionnaire était de veiller à ce que les parents fussent fidèles à envoyer leurs enfants à l’école.

    Cependant, à mesure que le nombre de ses paroissiens s’augmentait par des baptêmes d’adultes et d’enfants de chrétiens, sa vieille église devenait beaucoup trop petite. Bâtie dès le début dans des proportions tout à fait modestes, elle avait, il est vrai, été agrandie par M. Issaly ; mais elle ne suffisait plus, même les dimanches ordinaires, à contenir les chrétiens de la région qui étaient très assidus à venir entendre la sainte messe. Deux raisons firent longtemps hésiter M. Saleilles à entreprendre la construction d’une nouvelle église : d’abord, la modicité de ses ressources, puis sa volonté bien arrêtée d’avoir une église assez grande pour suffire aux besoins présents et futurs de sa chrétienté. Il se mit pourtant à acheter peu à peu les matériaux nécessaires. Puis il fit appel à la générosité de ses chrétiens et de ceux de la ville de Singapore, qui l’aidèrent très volontiers. Enfin la pose de la première pierre fut faite par Mgr Bourdon le 2 août 1898, et le 8 décembre 1901, Mgr Fée bénit cette nouvelle église placée sous le vocable de la Nativité de la Sainte Vierge. De plus, en l’année 1908, on ajouta un étage à la vieille église désaffectée, et elle devint un beau presbytère.

    Tout en étant curé de Serangong, M. Saleilles fut aussi, pendant une vingtaine d’années, chargé du grand hôpital chinois situé dans la banlieue de Singapore, sur la route qui va de cette ville à Serangong. Il s’occupait de ces pauvres malades avec un zèle au-dessus de tout éloge. Il avait un catéchiste en résidence parmi eux, et lui-même les visitait le plus souvent possible. On peut évaluer à 350 la moyenne annuelle des baptêmes in articulo mortis qui furent le fruit et la récompense de son infatigable dévouement. Quelle belle couronne que celle de ces milliers d’âmes régénérées au seuil de l’éternité !

    Nous avons dit que pendant son séjour de quelques années à Bukittimah, M. Saleilles avait entrepris de fonder une station à Johore. Après son transfert à Serangong, il continua de s’occuper de cette fondation, et grâce à sa ténacité, il eut la joie de pouvoir bâtir une petite église sur un terrain accordé par le Sultan. Dédiée à Notre-Dame de Lourdes, elle fut inaugurée le 29 mai 1883, et tout à côté, un modeste presbytère fut construit. Quelques années plus tard, le Sultan voulut bien encore concéder un vaste terrain situé à 3 milles de la ville. C’est là qu’est établie toute une colonie de familles chrétiennes, groupées autour d’une maison-chapelle qui leur sert de lieu de réunion. D’ailleurs, après les difficultés des premières années, cette chrétienté chinoise de Johore n’a cessé de s’accroître et elle forme maintenant une congrégation de 600 fidèles. Avant longtemps, elle sera aussi importante que celle de Serangong. Il y faudrait alors un missionnaire en résidence ; il aurait devant lui un magnifique champ d’action. Mais, hélas ! quand pourrons-nous voir ce rêve se réaliser ? Quant au poste de Serangong, il aurait pris un développement bien plus considérable, n’eût été la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de se procurer des terrains. Tous les moindres recoins de ce côté de l’île sont occupés. Les chrétiens ont cependant réussi à s’étendre jusqu’à Ponggol, à 3 milles de Serangong, et, en 1904, M. Saleilles y bâtit une maison-chapelle, dans un terrain baigné par les eaux limpides du détroit de Johore. En 1909, notre confrère sentant ses forces décliner demanda un compagnon de travail ; M. Laurent lui fut donné comme assistant. Deux ans plus tard, le mauvais état de sa santé le contraignit à rentrer en France. En 1913, il revint dans sa mission, mais il lui fut impossible de se remettre aux travaux du ministère. Il se retira alors à Ponggol.

    Dans le calme de cette retraite, son plus grand plaisir était d’y recevoir la visite de ses confrères, et d’entourer de soins empressés ceux que la fatigue ou la convalescence y conduisaient pour plusieurs jours. Quant à lui, il était atteint du diabète, qui l’affaiblissait graduellement.

    Au mois de juin 1916, il eut des attaques de fièvre accompagnées de soif intense. Le 15 juin, son vieil ami, le docteur Laporte, alla le voir à Ponggol. Il revint nous dire que M. Saleilles était très mal, et qu’il fallait immédiatement le transporter à  Singapore. M. Ruaudel, curé de la cathédrale, alla le chercher en toute hâte, et le conduisit au presbytère. Pendant que le malade reposait sur un lit, M. Ruaudel s’absenta pour entendre quelques confessions. Il fut tout à coup rappelé par son domestique lui disant que M. Saleilles gisait sur le plancher de la chambre. Il avait sans doute voulu se lever ; alors la crise finale s’était déclarée. A peine avait-il reçu l’Extrême-Onction qu’il rendait le dernier soupir.

    Sa dépouille mortelle fut transportée à Serangong et inhumée dans la belle église qu’il avait construite. Les chrétiens chinois de Serangong, de Singapore et de Johore vinrent en foule rendre les derniers hommages à celui qui avait tant travaillé pour eux. On remarquait aussi dans l’assistance un représentant officiel du Sultan de Johore. Son Altesse avait M. Saleilles en si haute estime, qu’Elle témoigna le désir de faire graver deux inscriptions, l’une en anglais et l’autre en chinois, en mémoire de celui qu’Elle appelait : « son très cher ami ». Ces deux tablettes sont maintenant dans la petite église de Notre-Dame de Lourdes, à Johore.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1302
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : 1876