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Michel SALDUBÉHÈRE (1919-2006)

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    M. Michel Saldubéhère, fils de Michel et de Jeanne Mariluch, naquit le 11 novembre 1919, aux Aldudes, une petite commune rurale proche de la frontière franco espagnole, dépendant du canton de Saint-Etienne-de-Baïgorry, dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Le 13 novembre 1919, il fut baptisé dans l'église paroissiale des Aldudes, du diocèse de Bayonne. Cette famille d'agriculteurs comptait dix enfants dont trois garçons et sept filles. L'une d'entre elles, Alicia, fut religieuse en Argentine.

    Michel fit ses études primaires dans sa commune natale. Il commença ses études secondaires dans les classes de sixième et cinquième, à la maîtrise de Bayonne, les continua au petit séminaire d'Ustaritz, et enfin les termina en classe de Première, au Petit Séminaire Théophane Vénard, à Beaupreau où il passa l'année scolaire 1937-38. Ce fut alors que, le 21 juin 1938, depuis Beaupreau, il écrivit au supérieur général de la Société des Missions Étrangères : "Je viens solliciter de votre bienveillance l'honneur d'être admis au séminaire de Bièvres pour la prochaine année scolaire. Je suis originaire du pays basque, élève de première à Beaupreau depuis le mois d'octobre dernier. J'ai l'ambition de venir renforcer le faible contingent des ouvriers apostoliques et d'amener quelques âmes de plus au Bon Dieu..." Pour appuyer cette demande, M. Jean Davias-Baudrit, supérieur de ce petit séminaire de la Société, dans sa lettre du 26 juin 1938, le présentait comme "bon élève, pieux, travailleur et discipliné. Son caractère est bon, son jugement droit, et durant l'année qu'il vient de passer ici, nous n'avons eu que des éloges à lui faire..." Le 28 juin 1938, une réponse positive était donnée à cette demande; le 17 septembre 1938, Michel Saldubéhère arrivait à Bièvres pour y commencer sa première formation sacerdotale et missionnaire.

    Le 3 septembre 1939, se déclenchait la seconde guerre mondiale. M. Michel Saldubéhère fut appelé sous les drapeaux vers mai 1940. Pendant environ deux mois, il servit sous l'uniforme militaire, en cette période douloureuse marquée par la débâcle et la défaite de l'armée française en juin 1940. Les évènements se précipitant rapidement, il ne fut pas dirigé sur le front. Mais après l'entrée en vigueur de l'armistice du 22 juin 1940, signée à Rethondes, ces appelés de mai 1940 furent regroupés dans ce qui porta le nom de "Chantiers de la Jeunesse" créés en juillet 1940 et placés sous l'autorité du général de La Porte du Theil. M. Michel Saldubehère revêtit alors l'uniforme vert forestier des Chantiers pour une période d'environ huit mois. Rendu à la vie civile, il reprit ses études de préparation au sacerdoce, et reçut la tonsure le 19 décembre 1942. Ensuite, pour échapper aux lois du travail obligatoire en Allemagne qui frappait les jeunes français, il passa en Espagne, où, durant l'année scolaire 1943-44, il continua sa formation au séminaire de Pampelune.

     

    Après la libération de Paris, le 25 août 1944, lors de l'ouverture de la nouvelle année scolaire, il reprit le chemin du séminaire des Missions Étrangères. Diacre, le 29 juin 1946, il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1946, et reçut sa destination pour le service du diocèse de Swatow, en Chine méridionale. Agrégé à la Société le 18 avril 1947, il quitta Paris, le 2 mai 1947, pour s'embarquer à Marseille et rejoindre sa mission.

    En juin 1947, M. Michel Saldubéhère arrivait dans sa mission de Swatow, en Chine Méridionale. Tout en assurant la charge de vicaire à Thung-Khê, il commença l'étude de la langue chinoise à Tai-Yong, où il resta jus- qu'en octobre de cette même année. En novembre 1947, il fut alors envoyé à Long-Khan. Mais l'action missionnaire dans le diocèse de Swatow devenait de plus en plus difficile en raison de la situation économique. Les récoltes avaient été mauvaises, on parlait de disette et de famine. L'avenir proche s'annonçait peu rassurant à cause de l'avancée rapide des armées communistes dans la Chine du Sud. De ce fait, un certain nombre de chrétiens émigraient vers Formose (Taiwan) ou ailleurs. Mgr Charles Vogel, évêque de Swatow, exprimait largement ses craintes dans son compte-rendu de 1948, lorsqu'il écrivait :"Cette misère générale fournit un bouillon de culture excellent pour le virus communiste. Les "camarades" très actifs dans la région, savent profiter de la bonne occasion pour intensifier leur propagande et répandre leur doctrine non seulement parmi la population ouvrière des villes, mais surtout parmi la classe laborieuse de la campagne, jusqu'aux hameaux retirés de la montagne. Actuellement, les Rouges sont partout. Ils circulent par petites bandes, désarment les petits postes de police isolés, ramassent les armes que les habitants des villages se sont procurées en vue de se défendre contre les brigands, procèdent à la distribution des terres et du bétail. Les pauvres, qui font partie de la population rurale sont enchantés de ces réformes. La jeunesse étudiante aussi se laisse entraîner par leur propagande. Parmi nos chrétiens, les réformes introduites sont saluées avec bienveillance. Jusqu'ici nos communistes n'inquiètent pas les missionnaires. En certains endroits, où il n'y a pas de prêtre à demeure, ils "empruntent" écoles et oratoires pour leur réunions et y installer leurs bureaux ; quand le missionnaire arrive, ils remettent tout en ordre et laissent la place libre durant son séjour."

     

    C'est probablement, en raison de cette situation mouvante et incertaine que M. Michel Saldubéhère fut envoyé continuer sa formation missionnaire d'abord à Hongkong du 4 août 1948 au 12 novembre 1948, puis à Canton, puis de nouveau à Hongkong jusqu'au 20 janvier 1949. Par prudence, Mgr Charles Vogel envoyait ses séminaristes poursuivre leurs études au petit séminaire de Hongkong. Cependant, malgré la présence communiste à Swatow, et leur action auprès de la population, un certain travail missionnaire semblait encore possible. Rappelé par son évêque, M. Michel Saldubéhère regagna alors sa mission et retrouva son poste de Long-Khan.

    Le 14 octobre 1949, les troupes communistes faisaient leur entrée dans la ville de Canton, sans rencontrer de résistance sérieuse. Vers la fin de ce même mois d'octobre 1949, sans coup férir, Swatow tombait entre leurs mains. Dans le courant du mois de novembre, les confrères avaient pu se réunir pour faire leur retraite annuelle commune ; puis, chacun, sans difficulté majeure, regagnait son district pour continuer son travail pastoral ordinaire. Mais en 1951, l'évêché de Swatow était confisqué. Mgr Charles Vogel, MM. Des- ruelle et Ginestet étaient placés en résidence surveillée à l'hôpital. Quant aux autres confrères, ils connaissaient le même sort dans leur paroisse respective, tandis que les prêtres autochtones étaient renvoyés dans leur famille. Après plusieurs mois de détention stricte dans sa résidence de Long-Khan,, M. Michel Saldubéhère était expulsé le 15 novembre 1951, et arrivait à Hong- kong le 19 novembre 1951.

    Après un temps de repos à Hongkong, M. Michel Saldubéhère reçut une nouvelle destination. Affecté à la mission de Bangkok, en Thaïlande, il quitta Hongkong le 15 janvier 1952 ; le 21 janvier 1952, il arrivait dans la capitale thailandaise. Quelques jours après, il était confié, comme vicaire, à son compatriote M. Jean-Baptiste Amestoy, curé de la paroisse du Rosaire, appelée encore "le Calvaire". C'était la plus grande et la plus importante de la ville ; elle totalisait environ 8000 fidèles parlant une huitaine de langues ou dialectes différents. Selon le chroniqueur de la Mission, on y comptait un millier de Thaïs, quelques Viêtnamiens, mais majoritairement des Chinois de diverses origines et dialectes : Hakka, Cantonnais, Haïnan, Hokien, Shan- ghaïens, Mandarins, et environ 5000 Tio-Tsiu chinois qui s'exprimaient dans le dialecte de Swatow.

    Au Calvaire, le travail pastoral ordinaire ne manquait pas, mais au dire du chroniqueur de la Mission, il y avait ceci de particulier. En effet, celui-ci écrit dans le Bulletin MEP de décembre 1954 :" Je crois bien que c'est la seule église où les confessions finissent ordinairement, non pas faute de pénitents, mais faute de confesseurs. Mettez en un à son confessionnal, automatiquement des pénitents se précipitent, comme des fourmis sur un morceau de sucre, et le mouvement ne cesse que lorsque le confesseur, appelé par d'autres devoirs de sa charge, abandonne la partie."

    Après plusieurs années au service de la paroisse du Calvaire, M. Michel Saldubéhère quittait Bangkok, le 16 février 1957. Il se rendait à Singapour en vue de s'embarquer, pour la France début mars, et d’y prendre un premier congé. Il débarquait à Marseille, le 18 juin 1957. Ce fut durant ces mois de congé que, le 1 avril 1958, il reçut une nouvelle destination. Ses supérieurs l'envoyaient à Formose pour le service de la jeune Préfecture Apostolique de Hwalien, établie le 7 août 1952, et confiée à Mgr André Vérineux. Hwalien, centre d'une nouvelle mission était une cité de plus de quarante mille habitants ; située sur la côte est de l'île, à peu près à mi-chemin entre le nord et le sud, elle se trouve adossée à une chaîne de montagnes, et s'étale face à l'océan Pacifique. Majoritairement, la population de l'Île était chinoise; c'était les chinois formosans originaires du Fukien et du Kwang-tung, fixés dans le pays depuis plusieurs générations, et d'autres natifs du continent venus se réfugier dans l'Île, à la suite des évènements qui venaient de bouleverser la Chine. Mais plusieurs minorités ethniques importantes étaient établies dans le pays depuis les temps anciens ; au cours de l'histoire, des conquérants les avaient refoulées dans les montagnes. Ces aborigènes étaient bien disposés à recevoir le message de l'Évangile.

     

    Le 10 mai 1958, M. Michel Saldubéhère s'embarquait à Marseille, il s'en allait rejoindre son nouveau champ d'apostolat. Arrivé à Hongkong, il eut l'agréable surprise d'y rencontrer M. Marcel Rondeau, qui s'y trouvait en instance de départ pour la France, en vue d'y refaire sa santé. Celui-ci connaissait bien la mission de Hwalien ; ardent pionnier des chrétientés amitsu, il y avait vécu cette période extraordinaire dite du miracle de Formose. Lui-même avait ouvert vers 1953, un centre d'évangélisation auprès des Amitsu, et autres aborigènes, à Yuli, une petite cité entourée de hautes montagnes. Mais, tous les deux avaient été missionnaires à Swatow. La prise de pouvoir des communistes en Chine les en avait chassés ; une nouvelle affectation les avait conduits en Thaïlande. L'un n'y avait séjourné que deux ans, M. Michel Saldubéhère un peu plus longtemps. Après quelques années de séparation, ils se retrouvaient tous deux mis à la disposition de la nouvelle Préfecture Apostolique de Hwalien.

    Arrivé dans sa mission, le 28 mai 1958, accueilli par son évêque Mgr André Vérineux, M. Michel Saldubehère fut envoyé à Yuli, au sud de la mission. Ce poste venait d'être vacant, en raison du déplacement de M. Marcel Flahutez envoyé à Lopushan dans le groupe ethnique des Bunun. Yuli, -le village de Jade- Yuli, le champ d'apostolat de son ami M. Marcel Rondeau, était une belle cité de quelque 20 000 âmes, vivant dans un cadre prestigieux de montagnes verdoyantes. M. Michel Saldubéhère y retrouva M. Marc Solvignon qui menait de front l'étude du chinois et de l'amitsu.

    Comme tout missionnaire nouvel arrivant, M. Michel Saldubéhère redevint étudiant en langue. Ayant une bonne connaissance du dialecte chinois de Swatow, il comprenait en partie le langage des chinois formosans. Il lui restait à faire connaissance avec le "Kuo-iu", langue officielle à Taiwan, et avec l'idiome de ses chrétiens amitsu. Pour apprendre la langue de ces derniers, pas ou très peu de documents écrits. Il fallait suivre l'exemple d'autres confrères devenus de bons "amitsusants". Une bonne oreille était nécessaire aidée d'une patience inlassable, soutenue par un entraînement quotidien de la mémoire, dans l'attente du jour où des livres pourraient être publiés par le truchement de l'alphabet latin. Cette langue amitsu romanisée était déjà employée avec succès par quelques confrères pour l'instruction des catéchumènes et leur correspondance avec les chrétiens. Ceux-ci avaient appris avec aisance et sans difficulté le maniement des caractères latins.

    En 1959, dans la région de Wanyong – Morisaka, desservie par une petite gare, vivait une population entièrement formosane, presque toute d'origine cantonaise. Chez eux, depuis quelques mois, un courant de sympathie extraordinaire envers l'Église s'était manifesté d'une manière spontanée. Ce mouvement chinois vers la religion trouvait peut être ses racines dans la conversion en masse des villages aborigènes des environs. Pour en savoir plus, M. Ferdinand Pecoraro, établi à Morisaka, connu comme le loup blanc dans la région, missionnaire chez les Taroko, fut invité par des membres de la communauté formosane à venir prêcher chez eux cette religion dont on parlait tant. Vingt et quelques familles formosanes se montrèrent disposées à rece- voir la Bonne Nouvelle. M. Michel Saldubéhère parlant couramment le dialecte hakka de Swatow commença l'instruction de ces nouveaux catéchumènes. Une fois par semaine, il venait passer quelques heures avec eux, en plus de son travail ordinaire auprès des amitsu. Ces derniers en effet, occupaient la plus grande partie de son temps. En 1960, il avait en charge pastorale, en dehors de sa ville, quelque 800 baptisés et 700 catéchumènes amitsu répartis en sept villages qu'il fallait visiter régulièrement.

     

    Dans le district de Yuli, dont M. Michel Saldubéhère était le pasteur, il y avait une fervente chrétienté amitsu qui comptait 300 baptisés, ainsi que quatre ou cinq familles sur le point de faire leur entrée dans cette communauté catholique. Ce village, situé dans un décor de rizières et de montagnes portait le nom de Sakko (Che K'eng). Un village voisin en majorité chrétien regroupait plusieurs centaines de catéchumènes et néophytes. À Sakko, Mgr André Vérineux avait fait construire une église solide, en dur. Entouré d'une vingtaine de confrères, le 24 mai 1961, il vint la bénir solennellement au milieu d'un étonnant concours de peuple. Ce fut un grand jour de fête. Des chrétiens étaient venus nombreux de très loin, dans une grande variété de cou- leurs des costumes Amitsu, Taroko, Bunun etc...

    Le 26 avril 1962, M. Marc Solvignon, rappelé en France, comme professeur au séminaire de Bièvres, quittait son district de Feng-pin, une région difficile à desservir en raison du manque de routes. Mgr André Vérineux fit appel à M. Michel Saldubéhère pour prendre la succession et la direction du district vacant. Celui-ci quitta Yuli pour se fixer à Feng-pin.

    Le compte rendu des travaux de 1963, faisant le bilan de l'année écoulée, nous retrace le travail humanitaire et pastoral de M. Michel Saldubéhère :" Dans son district excentrique de Feng-pin, situé sur une longue bande de terre à l'aspect sauvage et grandiose, le Père Saldubéhère mène depuis plus d'un an la rude vie d'un missionnaire pionnier. Aidé de ses sept catéchistes amitsu, il obtient de splendides résultats qui feront bientôt de cette contrée perdue une portion privilégiée de la Mission de Hualien, là où avait déjà si bien œuvré le Père Solvignon, son prédécesseur. Récemment, il a ouvert deux nouvelles stations à l'Évangile, ce qui fait un ensemble de 13 postes à diriger, à parcourir, sans autre moyen de locomotion que ses jambes qu'il a, Dieu merci, solides. Au 30 juin 1963, il comptait 1449 fidèles, dont 151 adultes baptisés au cours de ces derniers mois. De plus, il faut ajouter 1376 catéchumènes qui se préparent au baptême. Chiffre impressionnant ! Enfin, par son dispensaire, le Père Saldubéhère est le plus grand bienfaiteur de la contrée..."

    Depuis une dizaine d'années, la communauté catholique, dans l'île de Taïwan, connaissait un développement et un essor remarquables. En 1963, sur une population totale évaluée à quelque 12 millions d'habitants, on estimait à 245000 environ le nombre des baptisés, et à plus de 50000 celui des catéchumènes. De plus, l'Église catholique était bien présente dans l'île, tant dans le monde chinois que dans celui des minorités ethniques ; cinq évêques étaient chinois et deux étrangers épaulés par un clergé autochtone et missionnaire. Elle rayonnait par ses séminaires, son université catholique, ses écoles, ses centres de formation spirituelle et intellectuelle pour les laïques, ses services caritatifs, ses hôpitaux et dispensaires.

     

    Dans ce même espace de temps, la Préfecture Apostolique de Hwalien, sous la direction de Mgr André Vérineux, avait connu, elle aussi, une expansion extraordinaire, principalement dans le monde des minorités ethniques. En 1963, on évaluait à environ 46000 le nombre de catholiques et à quelque 20000 celui des catéchumènes. 142 lieux de culte d'importance majeure et 332 chrétientés étaient disséminés dans l'étendue de cette Préfecture Apostolique couvrant le territoire des deux provinces civiles de Hwalien et Tai-tung. La vitalité chrétienne des districts donnait naissance à des vocations sacerdotales et religieuses aborigènes. Ainsi, le 1er mars 1963, le Saint Siège érigeait la Préfecture Apostolique établie le 7 août 1952, en diocèse de Hwalien.

    Cet évènement important ne fut célébré solennellement à Hwalien que le jour de l'Assomption en 1964, sous la présidence de S.E. Mgr Caprio, internonce. Cette cérémonie officielle d'érection avait été retardée, en raison d'un accident dont Mgr André Vérineux avait été victime le 25 mai 1963, et de son absence dans le diocèse pendant les deux premières sessions du Concile.

    Pendant que la Préfecture Apostolique de Hwalien passait au rang de diocèse, M. Michel Saldubéhère continuait son travail missionnaire à Feng-Pin. En 1965, il se sentait un peu moins isolé dans ce coin perdu ; en effet, la route tracée en pleine montagne, construite par de nombreux défricheurs, anciens soldats démobilisés, reliant son district de Feng-pin à Futien, était en voie d'achèvement. Là où il fallait trois pénibles heures de marche sur des sentiers abrupts et dans les lits des torrents, une petite demi-heure de moto suffisait. L'année suivante la route arrivait à Kuang-Fu. Un service d'autobus facilitait les communications et permettait de préparer l'installation d'un second missionnaire dans ce secteur, probablement dans le grand village amitsu de King-Pu qui comptait déjà 600 chrétiens.

    Un grave incendie avait ravagé le village de Ting-Tzu Lu, situé dans son district de Feng-pin. M. Michel Saldubéhère entreprit de nombreuses démarches auprès des organisations caritatives, leur adressant des demandes de secours pour aider les malheureux qui avaient tout perdu. Ses bonnes relations avec les autorités officielles lui permirent de reloger les trente-cinq familles sinistrées qui furent dotées de solides maisons en dur.

     

    En avril 1967, M. Michel Saldubéhère remettait son district entre les mains du Père Gérard Cuerq et partait prendre un congé en France où il arrivait le 24 avril 1967. Le 6 novembre suivant, il regagnait sa mission.

    À son retour de congé, M. Michel Saldubéhère, qui connaissait bien la langue Hakka, fut envoyé à Feng-Lin, une petite ville située à une trentaine de kilomètres au sud de Hwalien. On estimait alors à environ 24500 habitants la population totale installée dans cette circonscription administrative. Composée majoritairement de Chinois taiwanais et continentaux, elle comprenait aussi une minorité aborigène importante. Le nouveau pasteur prenait la succession de M. Pierre Peckels, à la tête d'une grande paroisse mixte d'environ 1200 fidèles réunissant deux communautés : l'une minoritaire, regroupant des chrétiens de langue et de culture chinoise, et l'autre majoritaire, installée en cinq villages en bordure de la ville de langue et de culture aborigène Amitsu.

     

    En peu de temps, le travail d'évangélisation avait connu de rapides progrès chez les minorités ethnique de l'île. Mais l'action missionnaire auprès des Chinois formosans était plus difficile et plus lente. Comment annoncer le message évangélique dans ce monde chinois en général fort attaché à sa culture millénaire, fier de ses traditions ancestrales ; dans leur ensemble, ces Formosans étaient des commerçants en pleine voie de modernisation dans tous les domaines ; vivant dans une ambiance matérialiste, ils montraient peu d'appétit pour le spirituel. M. Michel Saldubéhère ne se découragea pas. Il intensifia son travail pastoral ordinaire, soigna l'instruction des catéchumènes ; avec grande patience, dans son district mixte, dans ses diverses chrétientés, il mit en place la nouvelle liturgie, selon les directives du Concile. On a parfois écrit que, dans le diocèse de Hwalien, les années 1968-1974 furent "la période des ombres", mais elles furent aussi un temps de progression du travail apostolique auprès des Taiwanais grâce à l'envoi de prêtres mieux préparés à cette tâche.

     

    Le diocèse de Hwalien allait entrer dans une étape nouvelle de son histoire. Atteint par la limite d'âge, Mgr André Vérineux, après 21 ans d'activités au service de ce diocèse qu'il avait fondé, présentait sa démission au Saint Siège, le 2 février 1973. Acceptée par Rome, elle fut rendue publique le 25 juillet 1973. Le 27 décembre 1974, Mgr Matthieu Kia, évêque de Chia Yi, depuis 1970, était nommé évêque de Hwalien. Le 28 janvier 1975, il prenait solennellement possession de son nouveau diocèse à la tête duquel il ne restera que quelques années. En effet, le 18 novembre 1978, il était nommé archevêque de Taipei.

    Le nouvel évêque, réorganisant son diocèse en zones pastorales, et mettant en application les directives du Concile, confirma M. Michel Saldubéhère dans sa charge de curé, à la tête de la communauté chrétienne mixte de Feng-lin, mais, en plus, ce confrère trilingue reçut aussi en responsabilité un district de 1800 Taroko. En tout, il devait s'occuper de 3000 chrétiens environ.

    Pour succéder à Mgr Matthieu Kia, promu le 18 novembre 1978, au siège archiépiscopal de Taipei, le Saint Père, le 24 janvier 1980, nomma évêque du diocèse de Hwalien le P Paul Shan, de la Compagnie de Jésus, directeur du service des émissions religieuses.

    Son temps de congé arrivant, M. Michel Saldubéhère remit, en juin 1980, son district de Feng-lin aux soins de M. Jean François Poupon responsable de celui de Futien. Arrivé en France, le 3 juin 1980, il regagnait Hwalien le 20 octobre de cette même année.

     

    En 1982, M. Michel Saldubéhère se trouvait être en charge de 3 églises. Le district de Feng-lin avait la particularité d'être le seul district du diocèse où toutes les églises étaient en bois. L'état de deux d'entre elles, qui avaient mal résisté à l'usure du temps, laissait beaucoup à désirer. Ce fut pour le chef de district une période de préoccupations. D'abord, il se donna beaucoup de mal pour convaincre les autorités de la nécessité de les reconstruire. Ensuite, il connut le souci de trouver les fonds nécessaires pour l'exécution de ces travaux, cherchant à obtenir le plus possible la participation des communautés chrétiennes. Mais, il n'en négligeait pas pour autant ses devoirs pastoraux. Feng-lin était un centre hakka ; il parlait fort bien la langue de ses ouailles. Ses relations avec cette population chinoise s'en trouvaient facilitées. Malheureusement, les chrétiens hakka étant très peu nombreux, c'était en langue mandarine qu'il devait célébrer la liturgie du dimanche, et en amitsu dans les villages aborigènes environnants.

    En 1983, il accueillit dans son district deux religieuses américaines. Celles-ci désiraient faire connaître le message évangélique par leur témoignage de vie dans le monde chinois hakka. Pour mieux s'insérer dans ce milieu, elles louèrent un appartement et rendaient visite aux pauvres, aux malades ainsi qu'au gens du quartier. Elles se tenaient aussi à la disposition de leur paroisse, en aidant surtout leur curé à assurer l'éveil des enfants à la foi chrétienne. Il fallait aussi bâtir. Le Père Michel Saldubéhère grâce à des aides, espérait, cette année là, pouvoir commencer sous peu la construction d'une première église en dur au village de Cigaroan (Fengsinli).

     

    Au début de l'année 1984, M. Michel Saldubéhère quittait Hwalien pour aller prêter main forte à un condisciple de séminaire, curé de la paroisse St Louis – Roi, à Aragua, une ville dans la région de Caracas au Vénézuéla. Après un congé en France, en 1986, (25 avril – 14 octobre), il partit en Argentine , où se trouvait Alicia, sa sœur religieuse. Il devint aumônier dans une maison de retraite à San Andres de Giles, Province de Buenos-Aires. En 1993, de retour en France, il rentra à la maison Saint Raphaël de Montbeton où il décéda le 16 juin 2006.

     


    • Numéro : 3761
    • Pays : Chine Thailande Taiwan
    • Année : 1947