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Louis SALADIN (1846-1880)

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    Au mois de juin 1869, un jeune prêtre, à la veille de quitter son pays et sa patrie, était prosterné aux pieds de son Évêque, Mgr Delalle, de sainte et illustre mémoire, demandant une dernière bénédiction . Lisant dans l’avenir du Missionnaire, le vénérable prélat prononça sur lui ces paroles du Missel : Ab illo benedicaris in cujus honore cremaberis. Cette formule était une leçon que M. Saladin devait mettre en pratique durant tout le cours de sa carrière et une prédiction qu’il allait réaliser.

    M. Louis-François-Émile Saladin naquit à Sergines (diocèse de Sens) le 17 février 1846. Sa famille s’étant fixée à Villefranche dans le diocèse de Rodez, il commença ses études au Petit Séminaire de Saint-Pierre et alla les achever à celui de Notre-Dame-des-Champs à Paris. Après une année de philosophie au Séminaire d’Issy, il sollicita et obtint son admission au Séminaire des Missions Étrangères où il entra le 7 juin 1866. Ordonné prêtre le 22 mai 1869, il partit le 3 août suivant pour la Mission de Siam.

    A son arrivée dans sa nouvelle patrie, M. Saladin se livra avec ardeur à l’étude du siamois et du chinois, et il acquit bien vite une connaissance plus qu’ordinaire de ces deux langues qu’il parlait avec une facilité remarquable. Après avoir exercé quelque temps le saint ministère dans le district de Pétriu, il fut rappelé à la capitale où il devint successivement professeur au Séminaire de la Mission et chargé de la colonie chinoise du Calvaire. Envoyé plus tard à Bang-Xang, là, comme à Pétriu et à Bang-Kok il sut gagner l’estime et l’affection des chrétiens par son zèle ardent et son dévouement infatigable.

    Bien que le district de Bang-Xang fût très vaste, d’une administration pénible et que Dieu y bénit ses travaux, M. Saladin aspirait à plus de fatigues et à de nouvelles conquêtes. Apprenant qu’au nord de la presqu’île de Malacca, il y avait quelques chrétiens abandonnés, sans prêtre et sans secours religieux, c’est au service de ces pauvres délaissés et à l’évangélisation de cette vaste contrée, jusqu’alors inexplorée, qu’il résolut de se consacrer. Son Vicaire apostolique ayant approuvé son généreux projet, il quitta Bang-Xang et s’embarqua avec un prêtre chinois pour ce pays inconnu.

    A leur arrivée, les voyageurs se rendirent d’abord à Muang-Kuy où quelques catéchumènes les attendaient avec impatience. De là ils longèrent la côte en se dirigeant vers le sud. Le voyage fut pénible, souvent périlleux ; les populations , au milieu desquelles ils cherchèrent à répandre la bonne semence, paraissaient peu disposées à les accueillir, et opposaient au zèle des Missionnaires une indifférence obstinée. Cela ne les découragea pas ; fixés à Song-Klé, le centre principal et le plus populeux, n’ayant qu’une hutte pour s’abriter, ils se mirent avec ardeur à l’étude de la langue du pays. C’est dans cette retraite, au milieu de ces occupations, que la maladie vint visiter notre Confrère. Le mal causé par l’excès de la fatigue, des privations de toutes sortes et le séjour dans ces contrées malsaines, devait être sans remède. Sentant la gravité de son état et ne pouvant, à cause du vent contraire, retourner à Bang-Kok, M. Saladin se mit en route pour Pinang, traversa à dos d’éléphant la presqu’île malaise et arriva au Collège général, où il reçut des directeurs de l’établissement les soins les plus empressés.

    Son Évêque, Mgr Vey, qui se trouvait à Syngapour pour le Synode, le fit venir dans cette ville et, par décision des médecins, le dirigea sur la France dans l’espoir que le cher malade y recouvrerait sûrement la santé. Ce ne fut pas sans peine que M. Saladin consentit à quitter un pays qui lui était si cher. Il conservait néanmoins l’espérance de le revoir bientôt.

    Cette espérance, hélas ! devait être décue. A son arrivée à Marseille, notre confrère était à bout de forces et sa mort parut bientôt imminente. Ni les bons soins qu’il reçut de tous, ni la tendresse d’un frère bien-aimé accouru à la première nouvelle de son arrivée du danger, ne purent le conserver à la vie et à sa Mission. Le 11 mars, il reçut les derniers sacrements, fit à Dieu le sacrifice de son existence, bénit ceux qui l’entouraient  et bientôt après s’endormit dans le Seigneur. Sa vie avait été consumée au service de Celui qui en avait béni et qui aujourd’hui en récompense les travaux.

    • Numéro : 1031
    • Pays : Thailande
    • Année : 1869