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Louis SAHUC (1929-1992)

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    C’est le 27 mai 1929 que naquit Louis Sahuc, fils de Pierre-Louis et de Mélanie Laurent, domiciliés à Chosson, et qui avaient été mariés religieusement le 4 avril 1921 dans la paroisse de Moudeyres. Ils eurent deux enfants, une fille et un garçon. Celui-ci, né à Aiguille, est enregistré dans cette commune sous les prénoms de Louis, Lucien. Mais le 13 juin suivant, lors de son baptême à la paroisse de Saint-Laurent du Puy, ce sont les prénoms de Louis, Henri, Jacques qui seront retenus.

     

    Son enfance fut durement marquée par la mort prématurée de ses parents, en 1936 et 1943. Déjà adopté « pupille de la Nation » le 30 juillet 1937, par jugement du tribunal de première instance du Puy, il reçut le sacrement de confirmation le 9 juin 1940 des mains de Mgr Martin, évêque du Puy. En fait foi un certificat délivré pour son entrée aux Missions Étrangères par la Manécanterie de Notre-Dame, au Puy même, qu’il devait fréquenter alors. Il fit ses études secondaires, toujours au Puy, de 1941 à 1947, au pensionnat Notre-Dame de France, dirigé par les Frères des Écoles chrétiennes. Le directeur de cette institution, le frère Valour, donne, dès le 15 avril 1947, son point de vue sur la demande que le jeune homme compte adresser au Père supérieur des Missions Étrangères. Il lui accorde d’emblée « un témoignage favorable. C’est un garçon réellement bien disposé, pieux, serviable, désireux de se donner. Il s’est fait remarquer parmi les meilleurs jécistes, les plus dévoués et les mieux acceptés ». Sans doute doit-il encore réaliser des progrès, mais avec du travail il n’y a pas de raison qu’il n’arrive pas à des résultats convenables. Donc, « au total, un jeune homme... qui paraît avoir les dispositions foncières suffisantes d’une vraie vocation ».

     

    Lui-même, le 6 août suivant, fait part à Paris de son désir d’y faire sa classe de philosophie universitaire, car, dit-il, « je ne rêve que d’une chose, aller porter à nos frères d’outre-mer le Christ qui veut bien me choisir pour un de ses disciples ». Il fait état de ses travaux au service de la JEC, dont il assume depuis un an la responsabilité fédérale. Et signale également son cas particulier, comme « orphelin de père et de mère, et sous la protection d’un tuteur dont j’ai obtenu le consentement ». En finale, il signale avoir « eu l’honneur de parler au révérend P. Mourgue, tout dernièrement », lequel l’a sans doute conforté dans ses intentions missionnaires, puisqu’il déclare un peu naïvement : « Je sens que beaucoup d’âmes m’appellent à leur secours. » Sa demande est agréée, et il entre laïc au séminaire le 29 septembre 1947, à l’âge de 18 ans.

     

    Le voici donc à Bièvres, pour trois ans, qu’il passe sans grosses difficultés, et au bout desquelles, comme il est dispensé de service militaire, il est envoyé faire un stage comme enseignant, dans le même pensionnat d’où il est sorti ; à la Suite de quoi il rejoint Paris pour y poursuivre ses études. Les documents relatifs à cette période sont positifs quant à son caractère, sa moralité, sa piété, son esprit de discipline, son comportement ; il est noté comme « moyennement doué, mais appliqué au travail » ; quant à son état de santé, il est jugé « bon, sans être robuste ; tempérament nerveux ». Les observations personnelles du supérieur du séminaire indiquent un changement favorable entre le 6 mai 1952 et le 15 juin 1953, puisqu’elles signalent à cette date de « très nets progrès pour le sérieux et la maturité de jugement ». Il sera ordonné prêtre l’année suivante, le 30 mai, et recevra sa destination pour Rangoon le 13 juin. « Je sens, écrivait-il en 1947, que beaucoup d’âmes m’appellent à leur secours », mars avant que de pouvoir leur porter aide, il devra patienter encore deux longues années ! Car selon le vœu de l’Assemblée générale de 1950, un nombre accru de jeunes missionnaires sont retenus en Europe pour des études ou des activités : ce sera le cas pour Louis Sahuc, qui est envoyé en Angleterre en vue d’acquérir le « Lower Cambridge » qui lui permettra de s’exprimer couramment dans la langue de Shakespeare. Il faut dire aussi qu’en ce temps-là le visa birman se faisait attendre : il a fallu patienter dix-huit mois pour l’obtenir.

     

    Enfin, le 6 juin 1956, sonne l’heure du départ tant attendu ! Dès son arrivée à Rangoon, à peine terminée une rapide visite de la ville, il se remet à l’étude, mais du birman cette fois, à Thonzé, un des deux postes au nord du diocèse, et centre d’un immense district, comprenant une centaine de villages, où, sous la direction du P. Michel Etchebéhère, il s’intéresse particulièrement aux enfants de l’école, s’appliquant à les imiter dans leur langage. Déjà, pour la préparation de la fête de Pâques, il aide son curé en visitant et en assurant confessions et communions pascales dans de nombreuses stations.

     

    Mais il est temps de faire un petit bilan médical : après avoir consulté les médecins à Rangoon, soigné avec force piqûres et comprimés une dysenterie amibienne rebelle, et pris quelques jours de convalescence dans l’institution hospitalière du P. Pierre Chevallier à Kemmendine, le voilà qui prépare ses malles, quittant définitivement livres et maîtres de langue à Thonzé et rejoignant Moulmein, où le P. Lucien Brun l’accueillera à Sainte-Marie, pour qu’il s’y refasse une santé en suivant plus facilement un régime approprié. Deux mois suffiront à le remettre d’aplomb, et le voilà, dès la fin de l’année 1957, qui va parachever son initiation au ministère chez Mgr Léo, vicaire général de Rangoon, et curé de Maubin, poste situé à quatre ou cinq heures de la capitale, selon les marées. Il le quittera cependant, en mars 1958, quand il sera appelé à l’archevêché de Rangoon, pour remplacer à la procure le P. Fernand Casseaux durant son congé en Europe. Puis, en octobre, lors du retour de celui-ci, il est nommé vicaire dans ce même poste de Thonzé qui l’accueillit deux ans plus tôt, tout fraîchement arrivé de France, et où il retrouve les élèves de l’école, cherchant principalement cette fois à développer leur vie chrétienne, sans négliger pour autant les innombrables visites aux villages des alentours.

     

    Enfin, lorsqu’il fut jugé tout à fait apte à se débrouiller par ses seuls moyens, Mgr Victor Bazin le fit passer successivement par la paroisse universitaire Saint-Augustin, où son compatriote le P. André Cuercq vint notamment s’initier à l’anglais, et par la paroisse Saint-Jude, dont la population se compose surtout d’ouvriers et d’employés. Dans la première, il organisa pour les étudiants et étudiantes des universités, en collaboration avec le P. Robert, jésuite, et les sœurs du Bon-Pasteur, tout un programme d’activités culturelles et sportives : réunions, carrefours, conférences, rallyes, jeux, etc. Il eut la joie de recevoir deux étudiants pour la préparation au baptême. Dans la seconde, il s’adonne surtout à l’enseignement du catéchisme, matin et soir, à l’école paroissiale que dirigent les sœurs carianes de Saint-François-Xavier, de Bassein, et qui compte plus de 900 élèves, dont une soixantaine de catholiques. En octobre 1961, il quitte la ville et les complications de la vie civilisée pour exercer son ministère en pleine brousse, à Twante, à 25 km de Rangoon, en compagnie du P. Stephens, le curé, de nationalité birmane. Il y reste jusqu’en septembre 1963, quand il retourne en ville, cette fois à la paroisse Saint-Jean, près de la Grande Pagode, pour prêter main-forte au supérieur régional, le P. Robert Ogent, tout en renouant aussi avec les livres de la procure diocésaine. Et c’est le moment de rentrer à son tour en France, en janvier 1965.

     

    Il ne remettra pas les pieds dans le pays de sa première mission puisque, durant son absence, les derniers arrivés, des missionnaires, ont dû abandonner le terrain, remerciés par le gouvernement. Seuls, les plus anciens ont pu choisir de rester ; quant aux autres, ils sont quatorze du diocèse de Rangoon à avoir été rapatriés, le plus jeune admis à séjourner sur place, le seul à n’avoir pas la cinquantaine, étant le P. Jean Bonney, ci-devant curé de Gyobingauk, et pour le moment incarcéré, condamné à sept années de prison pour avoir prétendument aidé un suspect à passer au Siam...

     

    Voici le P. Sahuc affecté maintenant à Bangkok, et s’y mettant une fois de plus à l’étude d’une autre langue, avec patience et courage, tout d’abord à Bangsaké, proche de la capitale, à l’ombre des cocotiers, les neuf premiers mois de 1966, puis à Bangkok même, dans la paroisse un peu excentrique de Notre-Dame de Fatima, où le P. Maurice Joly accueille depuis toujours avec joie les nouveaux venus ; il y résidera jusqu’en janvier 1968, avant un intermède à la paroisse Saint-Louis, celle de son saint patron, l’espace de quelques mois seulement. En effet, le démembrement, en 1967, de l’archidiocèse de Bangkok, a donné naissance au diocèse de Nakhon Sawan, le plus vaste de tout le pays — il couvre treize provinces, et était jusque-là un désert presque inexploré — , lequel a été confié dans sa totalité aux Missions Étrangères. Le transfert du personnel qui doit y étoffer le presbyterium de Mgr Michel Langer s’effectue en tenant compte des besoins de l’archevêque Mgr Joseph Khiamsun Nittayo ; le tour du P. Sahuc est venu en mai de l’année suivante : tel Abraham, il quitte donc sa région pour aller prospecter le terrain, à l’extrême nord du diocèse, à Sawankhaloke — le Paradis terrestre —, lieu investi par une forte communauté des sœurs du Sacré-Cœur de Bangkok, qui y tiennent école primaire et collège secondaire important, au service d’une population estimée à environ 800.000 habitants, pour l’immense district où sont noyés — « rari nantes in gurgite vasto » —, quelques chrétiens qui, semble-t-il, n’atteignent même pas le chiffre de 150 unités ! Ce n’est là qu’une brève halte dans le remue-ménage d’une organisation qui cherche à se structurer sans en avoir tous les moyens ; bref, 1969 renvoie le Père maintenant à l’extrême sud, dans le secteur de Saraburi-Lopburi, où s’éparpillent quelque 200 catholiques, mais sans école ni communauté d’aucun genre. Dès le mois de mars, il remonte un peu en direction de Nakhon Sawan, et fait escale à Takli, qui comporte plusieurs dessertes dignes de ce nom, avec un total de 400 fidèles ; il y remplace le P. Michel Coutand jusqu’au terme du congé de celui-ci.

     

    Progressivement, la situation s’éclaircit, et arrive l’instant où nul n’est fâché de renoncer à jouer au coucou dans le nid du voisin, pour enfin s’installer plus définitivement et pouvoir penser à créer quelque chose de stable. C’est le cas pour le P. Sahuc, en janvier 1970, quand il est désigné pour aller renforcer l’équipe qui se met en place à Maesod, sur la frontière birmane, tout à l’ouest du diocèse. Il se trouvera là, si l’on peut dire, en milieu de connaissance, au centre de la mission cariane, fondée au début des années soixante par le P. Edmond Verdière, et dont le P. Joseph Quintard a pris la charge. Il y a là aussi un ancien de Birmanie, le P. Gabriel Tygréat, arrivé en 1969 pour tenir le poste durant l’absence en France du titulaire. A eux trois, ce sera la fine équipe qui aura à se partager les voyages en haute montagne, par des sentiers qu’aucune carte n’indique, et où les villages, non contents d’être dépourvus d’un réseau de pistes, sont éloignés les uns des autres de plusieurs heures, quand ce n’est pas, pour certains d’entre eux, de cinq à six jours de marche, comme c’est le fait de Maewi, à 190 km. C’est un peu le bout du monde à tous égards, et la mission elle aussi en est à ses débuts. Le P. Sahuc a plus particulièrement la garde des lieux, de sa modeste chrétienté, et de l’école, où sont donnés les cours d’enseignement primaire et secondaire que viennent suivre les jeunes montagnards pour étudier le thaï.

     

    Le travail ne manque pas, on s’en doute, dans ce milieu animiste, si différent du milieu thaï traditionnel ; il est vrai que les deux, sous l’angle de l’évangélisation, ont en commun ceci : pas plus chez les montagnards qu’ailleurs on ne peut se placer pour elle dans la perspective d’un quelconque prosélytisme, qui risquerait de donner aux uns comme aux autres l’impression qu’on veut empiéter sur leur liberté. Ici, chez les Carians, dans les premières années, le but unique que l’on a en vue est de faire connaître la religion chrétienne, de détruire le royaume des esprits et de former petit à petit un noyau de bons catholiques. C’est à quoi se consacrera le P. Sahuc durant les deux années qui le séparent de son second retour en congé, qu’il passe en France du 1er mars au 9 novembre 1971.

     

    Rentré à pied d’œuvre, il découvre peu à peu, avec ses confrères de l’équipe, d’autres nécessités tout aussi évangéliques, et ils s’attacheront de plus en plus à tenter de les combler. C’est une longue et patiente tâche par laquelle ils amènent progressivement cette minorité ethnique à s’intégrer dans le XXe siècle, à prendre sa place dans la société majoritaire, à sortir de son complet dénuement. Ce sont là des problèmes auxquels ils accordent priorité, car ils estiment qu’il les faut résoudre rapidement, sous peine de voir les particularités carianes rigoureusement absorbées par l’ensemble de la société, au détriment de la langue, des coutumes, et de la culture de ce peuple. Dès lors, l’activité du trio de missionnaires exerçant dans cette région devient-elle spécifiquement un apostolat du milieu par le milieu, selon le principe même de l’Action catholique. Aussi s’efforcent-ils de la mettre en application, avec des moyens réduits, bien sûr, mais visant avant tout à établir un encadrement de dirigeants naturels, formé de jeunes issus de la population même de l’endroit. Leur ayant fait percevoir quasiment par eux-mêmes les valeurs libératrices du christianisme, ceux-là se voueront désormais à les faire découvrir à leurs congénères, tout en vivant au milieu d’eux. C’est ce genre d’initiation, dont les résultats concrets ne s’atteignent pas d’un coup, que les Pères de la mission cariane, et le P. Sahuc parmi eux, réussissent tant bien que mal à faire pénétrer dans le subconscient de leurs familiers, pour qu’ils se rendent compte que les marginalités dont ils souffrent ne sont pas irrémédiables : il leur suffira de secouer leur inertie, d’abandonner leur soumission à la fatalité, de s’insurger contre une trompeuse hérédité, et de prendre enfin leurs responsabilités d’êtres conscients pour accéder, en suivant les traces et l’exemple du Christ sauveur, à une libération complète et un total épanouissement de l’esprit, de l’âme et du corps. Rôle passionnant, auquel personnellement le P. Sahuc s’adonne avec allégresse, sachant pertinemment que lente à mûrir est la vigne du Seigneur Sabaoth, et tardives, mais combien plantureuses ses vendanges. En les attendant, et pour la troisième fois depuis ses débuts missionnaires en Birmanie, il rejoint la France pour un séjour qui s’étend du 15 avril au 3 septembre 1974.

     

    Mais cette fois, lors de son retour, il ne rejoint pas Maesod : on l’oriente dans une direction tout à fait opposée, du nord-ouest au nord-est, des montagnes sauvages de la frontière birmane à la bucolique douceur de la vallée de la Pasak, à proximité du diocèse d’Udonthani. C’est, au centre d’une sous-préfecture importante de la province de Petchabun, le poste de Lomsak, dont il hérite du P. Victor Larqué, qui l’a fondé une dizaine d’années plus tôt, lorsqu’il était chargé de la grosse chrétienté de Vixien, une centaine de kilomètres plus au sud. Il reçoit ce cadeau tout frais des mains du fondateur lui-même, et en devient le premier prêtre résident.

     

    Il retrouve là en quelque sorte l’esprit qui régnait dans le « paradis terrestre » qui fut le sien, lors de son arrivée au diocèse de Nakhon Sawan, à Sawankhaloke, à la différence qu’ici manque l’école des sœurs qui là-bas donnait à l’environnement une animation catholique particulière. Se souvenant plus tard de son séjour dans cette région, il écrira à son sujet :  « L’apostolat est avant tout celui de la présence et de l’écoute des populations, comme aux temps de Nazareth, dans l’espoir que l’Esprit Saint fasse un jour jaillir sa lumière », que lui-même s’efforcera, au jour le jour, de faire luire tant que faire se peut, jusqu’en 1976, quand des raisons de famille le feront renter en France.

     

    Revenu au pays le 10 mai, il est versé au service de son diocèse d’origine, Le Puy, et occupe d’abord, en Gévaudan, le poste de vicaire à Lempdes, à partir de juin 1977 ; puis celui de curé à Saint-Préjet-d’Allier, Monistrol et Champels, en juillet 1978. Il lui revient ainsi de coordonner le ministère sur le territoire des trois paroisses. Avec l’ardeur qui lui était naturelle, il ne tarde pas à intéresser la municipalité de Monistrol-d’Allier, où il a sa résidence, à la restauration de la vieille et belle église du lieu. Entrepris le 5 janvier 1981, le décapage en est terminé, grâce à la coopération bénévole des paroissiens, dès le mois suivant. Et le 6 juillet, Mgr Cornet, évêque du Puy, venait présider les festivités qui en célébraient la parure retrouvée. À peine ce succès remporté, voilà qu’il veut remettre ça dans la paroisse voisine, celle de Champels, mais cette fois il s’agit d’un projet qui touche tous les habitants du pays de Saugues, puisqu’il affecte un centre régional de pèlerinage, et il lance à l’automne 1982 un appel pour les mobiliser pendant les mois d’hiver.

     

    Cependant, le 16 septembre 1983, il repart en touriste pour la Thaïlande. Il y constate une grande évolution à plusieurs points de vue : il est sidéré notamment par le développement rapide du système routier selon le modèle japonais ; et surtout, au plan religieux, il est frappé par la prolifération des prêtres thaïs, qui permet aux évêques de pratiquer une sélection. Sans pour autant vouloir juger, il note comme tel le changement de vie qui s’est manifesté depuis son départ dans les chrétientés prises en charge par le clergé local, et qui inévitablement reflète des points de vue apostoliques sensiblement différents de ceux qu’il aurait adoptés...

     

    Rentré le 29 octobre, il s’engage de suite dans les travaux qu’il a prévus à Champels, à la chapelle médiévale de Notre-Dame d’Estours, sanctuaire dont il est le recteur, et qui a bien besoin d’être rapproprié : les crépis en sont effrités, et l’autel, démodé depuis Vatican II, nécessite un rajeunissement en harmonie avec le beau cadre de granit Comptant sur la collaboration de tous, qui heureusement ne lui fait pas défaut, il y travaille d’arrache-pied, prêchant d’exemple aux Saugains piqués au vif, si bien que l’œuvre est achevée pour juillet, réussissant ainsi à commémorer d’un coup le 90e anniversaire de l’érection de l’antique statue sur le rocher, et le 70e anniversaire du couronnement de la vénérable image de Notre-Dame d’Estours, en même temps qu’à préparer un des lieux jubilaires du diocèse pour l’année sainte. Le 4 septembre, le P. Pierre-Marie Fayolle, abbé de Notre-Dame des Neiges, fêtait solennellement ce succès au cours du traditionnel pèlerinage à Marie.

     

    Dès l’année suivante, c’est le secteur de Vorey qui accueillait Louis Sahuc, nouveau curé de Lavoûte-sur-Loire, où il fut vite apprécié en tant qu’homme de contact et de prière, au point que ses confrères du secteur ne tardèrent pas à lui confier le soin de les représenter au Conseil presbytéral. Il n’a garde cependant d’oublier la Thaïlande, où il fait de nouveau une tournée en 1986, ce qui lui est une occasion de vérifier par lui-même que la route, construite récemment par les villageois, et à la réalisation de laquelle il a généreusement participé, permet bien à ses anciens confrères de Maesod de se rendre en « pick-up » — un genre de voiture très répandue dans le pays — et d’accéder plus aisément, du moins durant la saison sèche, à la station de Maewi.

     

    Et la vie continue à Lavoûte-sur-Loire, où le Père poursuit ses activités pastorales avec son ardeur et sa jovialité coutumières, portant intérêt à tous, aux enfants du catéchisme, aux familles, aux personnes seules, aux malades qu’il visite fréquemment à domicile ou dans les cliniques ; il participait d’ailleurs avec beaucoup de dévouement aux activités de l’équipe d’aumônerie de l’hôpital Émile-Roux, au Puy, y accomplissant des services de garde, selon ses disponibilités, pour permettre à l’aumônier en titre de se libérer quelques heures, de prendre des congés, ou d’assurer à l’extérieur ses responsabilités en pastorale de la santé. C’est l’élan de sa foi et son espérance, son désir profond de réaliser en vérité son ministère sacerdotal qui lui dictaient cette approche, parfois muette, de la souffrance d’autrui.

     

    Jusqu’à ce matin du 17 mars 1992 où une crise cardiaque le terrassait, au début d’une célébration eucharistique d’obsèques, aussitôt après avoir prononcé la triple invocation à la miséricorde divine.

     

    Ni en Birmanie, ni en Thaïlande, il n’avait été appelé à être un bâtisseur. Il avait fallu les hasards d’un retour imprévu en Europe pour que se manifestent ses qualités de constructeur, mieux encore de restaurateur. Mais de tout temps, il avait été meneur d’hommes, bon pasteur et excellent confrère. Les lignes qui suivent veulent résumer l’opinion de ceux qui l’ont intimement connu au cours de ses vingt-cinq années de réinsertion dans le ministère en pays ponot. Partout, on était content de le recevoir, car sa vivacité, son entrain étaient réconfortants, redonnaient courage. Partout, sa présence était stimulante, car il débordait d’idées, et avait des réactions dont la spontanéité et l’enthousiasme évoquaient la fraîcheur de l’enfance : il déridait les plus soucieux, bousculait les plus réservés. Il aimait la convivialité, s’efforçant dans la bonne humeur, avec fougue même, de vivifier la vie chrétienne de ses paroissiens. On le sentait toujours un peu pressé, impatient de faire encore plus, désireux de plus d’efficacité, en faveur de laquelle il voulait associer davantage les laïcs à son ministère, préparant ainsi l’avenir de l’Église. Au fond de lui-même, il avait conservé tout brûlant ce souffle missionnaire qui, dans sa jeunesse, l’avait conduit en Extrême-Orient, dont il avait, jusqu’au bout, gardé la nostalgie. Volontiers il secondait tel ou tel prêtre des environs, les remplaçant durant une absence, se voulant sans cesse partie prenante dans toutes les entreprises communes. Une de ses dernières joies pastorales avait été la réunion de carême, organisée dans son presbytère, et qui avait rassemblé une quinzaine de personnes sur le thème de la famille. Les jours suivants, il répétait à qui voulait l’entendre quelle agréable surprise, et aussi tout le réconfort, que lui avait procuré cette rencontre. Il ne se doutait pas alors que proche était celle, définitive, qui allait le combler pour l’éternité.

     

    • Numéro : 3996
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1956